Évolution des homicides : la part de la maladie mentale

Au XIXe siècle, le mathématicien Adolphe Quételet assimilait les statistiques à une absorption des individus par le groupe : remarquant que le taux des délits annuels (comme celui des meurtres en Belgique) était toujours à peu près constant, il y voyait une caractéristique intrinsèque de la société. Tirant parti de ce phénomène sociologique, des avocats retors y perçoivent une atténuation statistique de la responsabilité individuelle puisque de toute façon, quels que soient les comportements moyens de ses membres, toute société « doit sécréter » un taux incompressible de délits. Comme si un « génie » statistique « s’arrangeait » pour que des crimes soient commis, malgré la prévention et la répression.

Dans un esprit proche, le British Journal of Psychiatry s’intéresse à l’évolution des meurtres en Angleterre de 1946 à 2004. Les auteurs ont recherché si le taux d’homicides dus à des malades mentaux a changé, et si ses variations sont corrélées à des modifications du taux d’homicides non imputables à des auteurs relevant d’une étiquette psychiatrique. Cette étude compare donc la fréquence des crimes commis par des auteurs « en état de démence » au sens juridique, et des auteurs présumés responsables de leurs actes par les experts.

Jusqu’au milieu des années 1970, on observe une augmentation régulière du taux d’homicides (global et sous « état de démence »). Puis la tendance s’inverse pour les taux d’homicides assignables à la folie « qui ont diminué à des niveaux historiquement bas », tandis que les autres homicides (d’origine non psychiatrique) ont continué d’augmenter. Ce constat confirme la « loi épidémiologique de Coid » * selon laquelle le taux d’homicides commis par des malades mentaux est inversement proportionnel au taux d’homicides global : quand la criminalité générale augmente, la « part des fous » décroît. Les causes de cette évolution sont inconnues, mais les auteurs avancent deux hypothèses : meilleure prise en charge des malades dangereux ou… changements subtils dans les critères médico-légaux de responsabilité.

 *Jeremy Coid est professeur de psychiatrie légale au Queen Mary College (Londres) http://www.googlesyndicatedsearch.com/u/queenmary?q=jeremy+coid .

Dr Alain Cohen

Référence
Large M et coll. : « Homicide due to mental disorder in England and Wales over 50 years » Br Journal of Psychiatry 193-8 : 130-133.

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Vos réactions (1)

  • Homicides : la part de la maladie mentale

    Le 09 octobre 2008

    Je ne sais pas ce qu'il en est en Grande-Bretagne, mais je sais que en France, les "changements dans les critères médico-légaux de responsabilité" ne sont pas subtils du tout, mais massifs, comme j'ai pu l'observer depuis cinquante ans que je suis psychiatre, dont deux ans comme responsable d'une unité médico-légale en Hôpital Psychiatrique. Les causes en sont multiples, parmi lesquelles le changement de la loi (le "code Badinter" introduisant la notion philosophique de "responsabilité" à la place de la notion factuelle d'"état de démence" du "code Napoléon"), les changements dans les conceptions psychiatriques règnantes avec disparition de la notion de "maladie mentale", et peut être surtout le désir des Psychiatres des Hôpitaux (que sont souvent les experts) d'être reconnus comme thérapeutes et non gardiens des fous dangereux. Avec le résultat que 20 à 30% des détenus sont des malades mentaux, et que par exemple le tueur en série Francis Heaulme, atteint d'un Klinefelter par 47XXY, a été "reconnu responsable" alors que sa maladie, modifiant à la fois son instinct sexuel et son architecture cérébrale, est évidemment la cause des actes qui l'on conduit devant la Justice.

    Jean François Foncin

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