Exclusif : 78 % des professionnels de santé jugent négatif le bilan de Marisol Touraine I

Paris, le jeudi 10 avril 2014 – Pour les professionnels de santé, le maintien de Marisol Touraine au ministère de la Santé constitua l’une des grandes surprises du gouvernement. La déception de l’ensemble des professionnels à son égard est en effet telle qu’il leur était difficile de concevoir qu’en quête de nouvelles adhésions, l’Elysée et Matignon leur imposeraient de nouveau cette responsable politique. Il semble cependant que plutôt que les bonnes relations entre l’Avenue de Ségur et ceux qui font vivre la santé, les deux têtes de l’exécutif ont préféré privilégier la continuité et ont refusé de se séparer d’un membre qui au contraire de beaucoup d’autres a fait preuve d’une belle solidarité gouvernementale et en dépit de nombreuses erreurs a confirmé sa réputation de technicienne.

40 % des professionnels de santé jugent le bilan de Marisol Touraine « très négatif »

L’avenir dira si la stratégie de François Hollande et de Manuel Valls se révélera payante. Mais il est dès aujourd’hui certain que le premier bilan de Marisol Touraine l’inscrit au panthéon des « pires » ministres de la santé, si ce n’est le pire. Le sondage réalisé sur notre site tout au long de la semaine dernière confirme en effet que jamais l’action d’un ministre de la Santé n’avait été jugée aussi sévèrement par les praticiens. Ils ne sont que 6 % à considérer son bilan positif (2 % le juge même très positif). La part des mécontents est a contrario très importante : ils sont 38 % à qualifier son bilan de « négatif » et 40 % à le déclarer « très négatif ». On ne trouve par ailleurs que 13 % de professionnels de santé à estimer que son action a été « neutre » et 2 % qui signalent la difficulté de se prononcer sans plus de recul.

Marisol Touraine devrait prendre exemple sur François Hollande !

L’ensemble des professionnels de santé qui composent notre lectorat partagent la même analyse, qu’ils s’agissent des infirmières, des médecins, des pharmaciens ou des sages-femmes. On constate cependant que ce sont ces dernières qui sont les plus majoritairement hostiles au bilan de Marisol Touraine : elles sont près de 100 % à l’estimer « négatif ». Les plus indulgentes sont les infirmières, avec « seulement » 60 % de jugement négatif. Du côté des médecins, on relève également un fort taux de mécontentement avec 82 % de praticiens qui qualifient le bilan de « négatif » (ils sont 72 % chez les pharmaciens à partager cet avis). On remarquera par ailleurs que Marisol Touraine dépasse très largement François Hollande dans le niveau d’impopularité qu’elle rencontre. Aujourd’hui, 26 % des Français conservent leur confiance au Président de la République ; un niveau qui ferait figure de plébiscite pour Marisol Touraine, au regard des niveaux d’insatisfaction que son bilan obtient aujourd’hui.

Sondage réalisé du 31 mars au 6 avril 2014 auprès de 546 professionnels de santé

 

Un diagnostic général et particulier

Le très haut niveau de déception des professionnels de santé a très probablement des origines diverses. Il exprime tout d’abord probablement un mécontentement général qui va bien au-delà de la seule action de Marisol Touraine. C’est l’ensemble du gouvernement qui sans doute est sanctionné par des médecins et des pharmaciens qui se situent le plus souvent à droite et qui de ce fait pourraient plus encore que la majorité des Français partager le diagnostic d’incompétence qui est aujourd’hui porté contre l’équipe en place. Mais notre sondage est également une traduction de l’incapacité de Marisol Touraine à nouer un véritable lien de confiance avec l’ensemble des professionnels de santé, notamment libéraux. A cet égard, les résultats par profession montrent que ce sont les métiers qui ont connu les tensions les plus vives avec le ministre (sages-femmes et médecins) qui jugent le plus sévèrement son action. Enfin, on ne peut pas non plus écarter l’idée que c’est aussi le manque de lisibilité de l’action de Marisol Touraine en matière de santé publique qui lui vaut ce jugement sans appel. A la décharge du ministre, il est également possible que nos lecteurs ait jugé négativement Marisol Touraine en tant que ministre des professionnels de santé mais non en tant que ministre de la santé, de même qu'un l'action d'un ministre de l'éducation nationale peut-être négative pour les professeurs et positive pour les élèves.

Bref, pour la deuxième partie de son séjour avenue de Ségur, le ministre serait inspiré de ne pas continuer sur sa lancée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (12)

  • Et les dentistes ?

    Le 10 avril 2014

    Pour ceux qui considèrent les chirurgiens dentistes comme des professionnels de santé, notez que l'impopularité de cette personne auprès de ces professionnels est extrême.
    Non contente de prolonger l'abandon de notre discipline des politiques précédentes, elle aura signé un chèque en blanc aux mutuelles et autres vautours fossoyeurs de notre profession, pour toujours plus d'injustice et d'inégalité, et en contresens du progrès médical.

    Benjamin Knaebel

  • Ne pas oublier les dentistes

    Le 10 avril 2014

    Je partage cet avis très négatif. Mais je vous prie aussi de ne pas oublier les chirurgiens-dentistes qui dans l'ensemble sont très mécontents du fait que le gouvernement laisse proliférer les centres dentaires dit "low cost" (qui sont une véritable arnaque pour les patients) et veut mettre notre profession sous la tutelle des mutuelles (pour le bien des mutuelles ?

  • Il lui faut gérer le bilan du quinquenat précédent

    Le 13 avril 2014

    Le quinquénat précédent a été marqué par la loi HPST qui est à l'origine de dérives majeures du système de santé et d'inflations de couts. Cette loi mettait sous tutelle de façon explicite l'ensemble du corps médical (hospitalier et libéral). L'idée en étant que les responsables des couts de santé étaient les médecins. Malheureusement les coûts de santé et l'évolution de la morbidité (qui est bien réelle) ne dépend pas des médecins. A titre d'exemple : les médecins sont ils responsables de l'épidémie d'obésité (qui induit un surcout de santé annuel de l'ordre de 1300 €uros par personne) ? Bien naturellement que non. Les responsables en sont connus et sont plus liés au pouvoir politique (par leur puissance de lobbying) qu'au corps médical.
    Mme Touraine qui est compétente en sciences économiques et sociales devrait pourtant bien comprendre qu'une grande partie de la maladie et la morbidité sont essentiellement en rapport avec des choix et orientations politiques. La politique de la ville, la consentration urbaine, la malbouffe au sens large, la surconsommation sont des facteurs majeurs.
    Il faut que le gouvernement ait conscience que ce n'est pas en asservissant les médecins qu'ils vont régler les problème de santé liés à des décisions politiques calamiteuses.

    Didier Cugy

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