Exclusif : la majorité des professionnels de santé favorable à la transformation des petites maternités en centre de périnatalité

Paris, le lundi 12 août 2019 – La fermeture des petites maternités fait partie des sujets concernant l’organisation des soins qui ont le plus retenu l’attention des participants au grand débat. Cette focalisation n’est pas totalement étonnante si l’on veut bien se rappeler que l’origine de ce grand débat est une mobilisation des populations vivant à la périphérie des grandes villes et de leur banlieue et qui ont entre autres exprimé leur sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. Entendant cette préoccupation, le Président de la République a promis dans ses conclusions du grand débat que les fermetures de petits hôpitaux (et parmi eux des petites maternités) ne seraient plus possibles sans l’accord des maires concernés. Cette annonce a surpris ceux qui se souvenaient que lors des premières réunions publiques, Emmanuel Macron avait insisté sur l’importance de tenir compte des impératifs de sécurité dans toute décision de fermeture d’un établissement sanitaire. Or, c’est d’abord pour répondre à ses objectifs de sécurité que sont décidées depuis trente ans les suspensions d’activité des maternités réalisant un nombre d’accouchement inférieur à 500, voire 300 par an.

Sondage réalisé sur JIM entre le 5 mai et le 3 juin sur JIM

Comparaison des risques

La nécessité d’éviter que le maintien de petites structures ne représente un danger pour la prise en charge des futures mères et de leurs enfants semble reconnue par une majorité de professionnels de santé. Un sondage réalisé sur notre site du 5 mai au 2 juin révèle en effet que 57 % d’entre eux considèrent que les maternités réalisant moins de 300 accouchements par an devraient être systématiquement remplacées par un centre de périnatalité, tandis que 38 % rejettent une telle mesure et 5 % considèrent difficile de se prononcer. Ainsi, même s’ils connaissent l’attachement de leurs patients aux services de proximité, les professionnels de santé jugent néanmoins les restructurations indispensables (ne serait-ce que parce qu’ils constatent que même s’ils s’y disent attachés leurs patients sont également nombreux à essayer d’éviter le recours aux petits établissements). Tout en connaissant les failles de l’organisation de notre territoire, en matière par exemple de transports dans les zones les plus éloignées, les professionnels paraissent donc considérer que le risque associé aux petites structures est plus élevé que celui de l’allongement des distances. De fait, la plupart des travaux conduits sur le sujet confortent cette conviction. Comme nous le rappelait dans ces colonnes le docteur Pierre Blanié (ancien praticien hospitalier en anesthésie réanimation), « on peut probablement dire de façon définitive qu’à moyens égaux, un suffisamment grand site unique de soins aigus polyvalent sera médicament plus performant pour soigner des patients à risques ou instables qu’un établissement pavillonnaire ou multisites ».

Décalage

Les résultats de notre enquête témoignent d’un décalage entre les décisions politiques et la perception de ceux qui parviennent à une position équilibrée entre le fait d’entendre les aspirations des citoyens et la réalité médicale et scientifique. Ce sujet des petites maternités est sans doute loin d’être le seul où une telle distorsion peut être regrettée.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article