Face au coronavirus : vive l’intelligence artificielle et le pre-print

Paris, le samedi 1er février 2019 – Contaminés par une forte propension au pessimisme, nos contemporains ont tendance à observer avec inquiétude ou condescendance les différents progrès et évolutions concernant la diffusion de l’information. Pourtant, quotidiennement, les nouveaux outils dont nous disposons prouvent leur utilité et leur capacité à renforcer les atouts de l’intelligence humaine. L’épidémie actuelle de coronavirus en a ainsi donné plusieurs exemples.

Des laboratoires immédiatement prévenus

Beaucoup ont manifesté leur admiration face à la rapidité d’intervention de la communauté scientifique, chinoise et internationale, face à ce nouveau virus. Cette célérité est directement liée aux nouveaux dispositifs de séquençage, mais également aux nouveaux modes de communication. Ainsi, dès le 30 décembre, les laboratoires du monde entier spécialisés en virologie et menant des travaux autour des coronavirus ont reçu une alerte du Program for Monitoring Emerging Disease, un programme de veille épidémiologique. Ce dispositif qui compte 80 000 abonnés a pu annoncer aux chercheurs en temps réel l’émergence de l’épidémie.

Pre-Print et prévention

Dix jours plus tard, des équipes chinoises présentaient sur le site Virological.org le séquençage du coronavirus impliqué. Le recours à ce site en accès libre s’est révélé décisif pour alimenter le travail de dizaine d’équipes à travers le monde. Ainsi, grâce à ces données, les chercheurs ont pu affiner leurs connaissances sur le coronavirus et publier régulièrement les séquençages des nouvelles souches, en particulier sur le site Nextstrain.org. Le « pre-print », où la revue par les pairs s’établit à posteriori, est décisif dans les cas urgents et permet de démontrer comment certaines évolutions des pratiques éditoriales peuvent se révéler pertinentes. C’est ainsi qu’un preprint publié hier sur le site du New England Journal of Medicine (que nous analyserons sur JIM dans les prochaines heures) démontre que les sujets porteurs du 2019-nCoV mais asymptomatiques peuvent être contagieux, ce qui aura des conséquences majeures sur les stratégies de dépistage et de prévention.

Quand une application va plus vite que l’OMS

Parallèlement, la recherche sur l’épidémie de coronavirus est facilitée par la rapidité d’analyse des multiples bases de données, analyses conduites par différents algorithmes et programmes « d’intelligence artificielle ». Il n’est d’ailleurs pas impossible que ce type de logiciel soit capable de dépister avant les autorités de veille les plus performantes du monde les alertes inquiétantes. Ainsi, la revue Wired révèle comment l’application BlueDot, mise au point par une entreprise canadienne en 2014, qui conjugue le passage en revue automatique de l’ensemble des flux d’actualité dans 65 langues et des bulletins épidémiologiques concernant les maladies végétales et animales avec l’expertise réelle d’épidémiologistes, a détecté un signal préoccupant concernant Wuhan quelques jours avant que l’Organisation mondiale de la Santé et les CDC sonnent l’alerte. Les promoteurs de Blue Dot avaient d’ailleurs transmis leur signal aux responsables sanitaires américains et de Genève, qui avaient estimé nécessaire qu’il soit complété. Ils ont pu constater l’efficacité de Blue Dot quand cette dernière en procédant à l’observation des flux aériens a pu prédire que les premières régions touchées en dehors de Chine seraient Bangkok, Séoul, Taipei et Tokyo.

Léa Crébat

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