Facebook nous invite à nous déconnecter !

Palo Alto, le samedi 30 juin 2017 – Nous évoquons dans ces colonnes cette semaine l’utilisation potentiellement parfois abusive du terme "addiction" appliquée aux jeux vidéo et/ou aux outils numériques. Pour se convaincre que la notion de "dépendance" est probablement en partie galvaudée quand elle concerne ces terrains, on pourra évoquer les résultats d’une enquête présentés cette semaine. Conduit par BVA pour la Fondation April, le sondage assure que 67 % des personnes interrogées se considèrent comme « dépendants » aux outils connectés de façon légère pour 38 % et totale pour 29 %. Face à un tel fléau, on ne peut qu’espérer que les sondés n’aient pas retenu une acception de cette expression semblable à celle habituellement considérée par les spécialistes de la dépendance et des addictions !

Pour que Facebook "reste" un espace de "bien-être"!

Quelle que soit la réalité pathologique du phénomène, il inquiète. Et notamment ceux qui profitent en premier lieu de cette "dépendance" réelle ou fictive : les célèbres moteurs de recherche et les non moins fameux réseaux sociaux. Alors plutôt que de nier l’existence de comportements excessifs et éventuellement néfastes pour les utilisateurs, les géants du numérique ont décidé de les soigner eux-mêmes ! Ainsi Facebook a confirmé travailler à la mise au point d’une nouvelle fonctionnalité dont l’objectif est d’aider les utilisateurs à contrôler leur recours au réseau social. Ce dispositif permettra notamment d’avoir une vision précise du temps passé chaque jour sur Facebook et pourra déclencher des alertes quand des limites (fixées par l’internaute lui-même ou de façon automatique) seront dépassées. Ce système s’inscrit dans la volonté affichée de Facebook de faire de cet espace un lieu de « bien-être » pour reprendre l’expression, citée par le Figaro, du créateur du réseau social, Marc Zukerberg. D’une manière générale, les discours des spécialistes du numérique multiplient les incitations (paradoxales !) à la déconnexion !

Et si au contraire, Facebook protégeait des addictions ?

Le système confirme en lui-même que nous ne sommes pas nécessairement face à des mécanismes assimilables à de la dépendance, si un "timer" suffit pour se déconnecter. Il témoigne en outre de l’inquiétude des géants du numérique de voir les critiques formulées contre eux devenir des arguments plus impérieux que leurs qualités supposées. Certains jugeront qu’il eut été peut-être plus judicieux de mettre en avant les multiples bénéfices d’une possible addiction à Facebook. Des analyses récentes ont ainsi suggéré que l’expérimentation plus tardive (et moins fréquente) des adolescents des substances psychoactives (auxquelles une dépendance bien réelle est possible !) n’est sans doute pas étrangère aux temps qu’ils passent sur les écrans et les réseaux sociaux !

Aurélie Haroche

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