Faire baisser la pression artérielle nocturne à tout prix ?

Un certain nombre d’études indiquent que la pression artérielle (PA) nocturne pourrait être un meilleur indicateur du risque cardiovasculaire que la PA diurne ou encore que la moyenne des 24 heures. Une équipe espagnole a souhaité réévaluer le sujet et surtout tenter de déterminer laquelle de la baisse thérapeutique de la PA, nocturne ou diurne, est la plus efficace pour réduire le risque cardiovasculaire.

Pour ce faire, ils ont suivi de manière prospective quelque 3 300 sujets (1 718 hommes et 1 626 femmes âgés en moyenne de 52,6 +/- 14,5 ans) pendant une moyenne de 5,6 ans. Il s’agissait d’un échantillon représentatif de la population espagnole avec des sujets tout autant normotendus qu’hypertendus, bien traités, insuffisamment traités ou non traités.
Les patients hypertendus à leur entrée dans l’étude étaient randomisés pour prendre soit tous leurs médicaments antihypertenseurs au réveil, soit au moins l’un d’entre eux au coucher (la randomisation était équilibrée sur chacun des principes actifs).
La pression artérielle était mesurée par MAPA (mesure ambulatoire de la pression artérielle) pendant 48 heures à l’entrée dans l’étude, puis annuellement, ou trimestriellement en cas d’adaptation nécessaire du traitement.

Après ajustements, il est apparu que la PA nocturne était un marqueur prédictif indépendant d’événements cardiovasculaires, contrairement à la PA enregistrée dans la journée.
Les auteurs ont calculé que toute baisse de la PA systolique nocturne de 5 mm Hg était associée à une baisse de 17 % du risque cardiovasculaire (p < 0,001), et ce, indépendamment des autres modifications tensionnelles observées. Ce bénéfice serait même observé pour des chiffres tensionnels systoliques nocturnes moyens en deçà de 120 mm Hg.

Ce travail suggère que la PA nocturne pourrait être le meilleur marqueur tensionnel de morbidité et de mortalité cardiovasculaire. Il suggère également que la baisse de la PA nocturne pourrait devenir l’un des objectifs clé de tout traitement antihypertenseur.
Et les auteurs de recommander une utilisation plus large de la MAPA en routine quotidienne.

Dr Olivier Meillard

Référence
Hermida RC et coll. : Decreasing sleep-time blood pressure determined by ambulatory monitoring reduces cardiovascular risk. J Am Coll Cardiol 2011 ; 58 : 1165-73.

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Vos réactions (2)

  • Baisser la pression artérielle nocturne

    Le 25 décembre 2011

    C'est ce je dis et que je répète aux patients hypertendus, la majorité des antihypertenseurs (sauf les diurétiques) doivent être pris le soir. Pendant le sommeil, on n'est pas à l'abri de la survenue d'un accident vasculaire coronarien ou cérébral à 4h/5h. D'ailleurs, c'est à ce moment que surviennent dans la majorité des cas. Au réveil, les proches sont sidérés par l'hémiplégie ou la mort du patient.
    M. Fouali

  • Quid en cas de glaucome ?

    Le 26 décembre 2011

    La difficulté surgit quand on discute avec les ophtalmos, puisque selon leurs études, l'hypotension artérielle nocturne aggrave le glaucome. Que faire donc des patients avec glaucome évolutif ? Idem pour les AVC du petit matin : dus à l'à-coup hypertensif du petit matin ou à l'hypotension nocturne ? Les yeux et le SNC sont des territoires terminaux, sensibles au bas débit aussi !
    Alors, faut-il choisir entre l'hémorragie cérébrale, l'AVC et la cécité ? Pas clair... C'est le cas de le dire...
    M. Sprynger

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