Famine en Afrique : le choc des photos, le flou des mots

Paris, le vendredi 5 août 2011 – Le 2 août, les médias américains se sont principalement concentrés sur l’accord intervenu entre démocrates et républicains concernant le sauvetage de la dette. Exception de taille : la une du New York Times, bien qu’elle évoqua ces tractations, était consacrée à la famine en Somalie et était illustrée de l’image du corps décharné d’un enfant nu. L’audace du grand journal américain a été partout remarquée mais les commentaires n’ont pas tous été nécessairement laudatifs. Interrogé par l’Express, l’ancien responsable du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières, Léonard Vincent juge que le choix de cette photo est plus certainement « un geste de politique intérieure. Cela ressemble à une protestation contre le jeu politicien entre Démocrates et Républicains. C’est aussi un geste pour dire « On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas ». Il y a cependant quelque chose de gênant dans cette tonalité lyrique » estime-t-il.

L’ONU parvient enfin à mobiliser les médias

Tous les commentateurs sont loin de partager cette sévérité. Alors que la situation dans la Corne de l’Afrique et notamment celle de la Somalie ravagée par des conflits quasi incessants depuis vingt ans, connaît une inquiétante dégradation depuis plusieurs mois, les médias internationaux et français se sont montrés majoritairement silencieux. « La soudaine et récente focalisation des médias du monde entier sur la famine dans la Corne est à porter au crédit des organisations onusiennes. Elles sonnaient l’alerte depuis un an. En vain, le réveil médiatique s’est nourri des signaux d’alarme qu’elles tiraient, à commencer par le nombre de victimes à secourir d’urgence : 10, puis 11, maintenant plus de 12 millions », remarque l’éditorialiste René Lefort dans le Nouvel Observateur. Cependant, si l’alarme de l’ONU a enfin permis le réveil de la presse et de la communauté international, le journaliste du Nouvel Observateur comme d’autres pointe l’incertitude qui réside derrière ces chiffres.

Des chiffres si énormes qu’ils découragent

Telle est notamment la position de Rony Brauman, ancien président de Médecins sans Frontières (MSF), qui à travers plusieurs interviews données depuis le début de la semaine dénonce un discours « alarmiste » de l’ONU. « Il y a quelques semaines, l’ONU parlait de trois millions de personnes menacées par la sécheresse et la famine. L’organisation est passée de trois à douze millions de personnes menacées sans donner aucune explication », observait-il par exemple hier dans le quotidien le Figaro. Pour le responsable humanitaire, le martèlement de « ces chiffres frappants » ne peut être que contre-productive. « Cette approche globale est néfaste. D’abord, elle réveille les stéréotypes barbarisant, fatalité de la famine, de la guerre, du cycle de crise… Ensuite, elle décourage, car elle empêche de concevoir des moyens d’action pratiques. Que voulez-vous faire quand 12 millions de personnes sont immédiatement menacées par le sort le plus terrible ? C’est trop écrasant, vous passez votre chemin. Personne ne peut réagir à cette échelle-là », analyse-t-il.

Même « circonscrite », la crise s’aggrave

Dès lors, Rony Brauman considère que circonscrire le problème « à sa juste de dimension en parlant de poches de famine » permettrait de mieux rendre compte de la situation. D’ailleurs, l’ancien président de MSF reconnaît que « sur le terrain (…) l’approche [de l’ONU] est pragmatique et détaillée ». Ainsi, l’état de famine n’est officiellement déclaré que dans certaines régions précises. Cependant, signe tangible de l’aggravation de la situation, hier, l’ONU a décrété trois régions supplémentaires en état de famine. « Les trois régions sont le site de déplacés du corridor d'Afgoye, la communauté de déplacés de Mogadiscio, dans les sept districts de la ville, et dans les districts de Balaad et d'Adale dans le Moyen Shabelle », a expliqué Graine Moloney, chef de la cellule « Sécurité alimentaire et analyse de la nutrition » pour la Somalie. D’autres éléments permettent de mieux évaluer l’évolution de la crise : en mai, Action contre la faim (ACF) en Somalie indiquait avoir pris en charge 1 604 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, ils étaient 2 079 en juin et 2 572 en juillet.

Des donateurs en vacances

Il est à souhaiter que ces informations plus précises attisent une attention accrue des opinions publiques. En effet, pour l’heure, les résultats des collectes des Organisations non gouvernementales (ONG) à destination de la Corne de l’Afrique pourraient donner raison à l’analyse de Rony Brauman. La plupart des associations, à l’exception peut être d’ACF et de l’Unicef, déplorent le peu de fonds rassemblés. « La mobilisation n’est pas extraordinaire (…). Aucune des grandes entreprises partenaires n’a jugé utile de donner, malgré nos propositions » regrette par exemple, citée par la Croix, Fabienne Pouyadou de Care France. A la Croix Rouge, les 100 000 euros sont considérés comme un « faible » montant.

Une prise en charge plus efficace des victimes de la sécheresse

Si les donateurs se montrent plutôt timides, les ONG peuvent se féliciter de constater qu’une prise en charge plus efficace se met en place sur le terrain. « Une leçon a été tirée depuis la famine de 1991-1992 en Somalie : la nécessité d’une meilleure coordination pour que chacun, bailleurs et ONG, sache qui fait quoi et où » se félicite Pascal Bernard, directeur des opérations à Acted, tandis que Christina Lionnet, d’ACF renchérit : « Nous savons mieux traiter les crises alimentaires. De nouveaux produits sont apparus, comme les pâtes nutritives, et ils font vraiment la différence ». Derrière ces commentaires, des chiffres également réconfortants sont proposés par les associations humanitaires : 3 000 tonnes de nourriture ont commencé à être distribués par la Croix Rouge dans le sud et le centre du pays. Par ailleurs, à Daddab, au Kenya, plus grand camp de réfugiés du monde, le transfert des arrivants « vers une nouvelle extension du complexe tentaculaire des camps de réfugiés » a enfin commencé selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Famine en Afrique

    Le 06 août 2011

    L'Afrique! De multiples beaux pays, dirigés par des assassins qui font mourir de faim leurs peuples et concitoyens et qui eux roulent dans la richesse, des gros plein se sous, c'est à eux de donner, pas à moi. Pauvre peuples d'Afrique. LP

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