Fausses couches à répétition, plutôt deux que trois ….

La fausse couche (FC) est une complication fréquente de la grossesse. L’incidence exacte des fausses couches dans la population est difficile à évaluer étant donné qu’une partie de ces accidents ne sont pas rapportés. Il est admis qu’une FC survient dans 15 % environ des grossesses cliniques, mais des modèles biochimiques suggèrent que ce chiffre pourrait atteindre 30 %. Par contre, l’incidence des FC à répétition est de moins de 1 % de toutes les grossesses. La FC à répétition est définie par trois épisodes consécutifs, mais une étude écossaise récente tend à remettre en question cette définition.

Cette étude rétrospective a évalué le risque ultérieur de FC ou d’accouchement prématuré chez les femmes ayant déjà eu au moins une FC, en ajustant ce risque en fonction de l’âge maternel et du tabagisme, deux facteurs de risque reconnus de FC et d’accouchement prématuré. L’étude porte sur les femmes enceintes de leur première grossesse entre 1950 et 2000 enregistrées à la maternité d’Aberdeen et sur le Neonatal Databank : 151 021 grossesses ont été incluses dans l’analyse, après exclusion de tous les cas ne présentant pas de données sur le devenir des grossesses précédentes.

Au total 143 595 grossesses n’avaient été précédées par aucune FC, 6 577 grossesses avaient été précédées par une seule FC, 700 grossesses par deux FC, 115 par trois FC, 24 par 4 FC consécutives, 8 par 5 FC et 2 par 6 FC.

L’âge était significativement associé avec le risque de FC, lequel augmentait fortement dans tous les groupes de femmes après 30 ans, et ceci indépendamment de l’histoire antérieure obstétricale. Les femmes qui fumaient présentaient un risque significativement plus important de FC (odds ratio ajusté ORA 1,13 ; IC 9 5 % : 1,05-1,22), par rapport aux non fumeuses. Par contre, avoir fumé dans le passé était associé avec une réduction significative de FC par rapport à celles qui n’avaient jamais fumé (ORA 0,61 : IC 95 % : 0,51-0,72).

Le risque de FC était significativement plus important après une première FC vs absence d’antécédent de FC (ORA 1,94 ; IC 95  % : 1,80-2,09). Il augmentait encore après la deuxième FC, (ORA 1,56 ; IC 95 % : 1,28-1,90). Toutefois, l’augmentation du risque n’était plus significative après la troisième FC consécutive (ORA 1,37 ; IC 95 % :0,86-2,17). D’autre part, le risque d’accouchement prématuré était plus important après une FC (ORA 1,37 ; IC 95 % : 1,36-1,69) mais aucun accroissement supplémentaire de ce risque n’a été observé avec l’augmentation du nombre de FC consécutives précédant la grossesse.

En conclusion, les résultats de cette étude montrent qu’un antécédent de FC augmente le risque que cette complication se produise à nouveau lors d’une grossesse ultérieure. Ce risque augmente après une première FC et après une deuxième FC consécutive, mais n’évolue plus après un nombre de FC supérieur à deux. Le risque d’accouchement prématuré est lui aussi significativement plus important après une FC mais ne croît pas  avec le nombre des FC. Ces constatations remettent en question la définition de FC à répétition et il est probablement temps de considérer que la prise en charge des « FC à répétition », doit intervenir non pas après la troisième FC consécutive mais après la deuxième. Ceci se justifie d’autant plus que l’âge moyen des femmes enceintes est de plus en plus élevé, ce qui constitue un facteur de risque supplémentaire de FC. D’autres recherches devraient se focaliser sur des modèles similaires en se basant sur des données récentes recueillies prospectivement.

Dr Viola Polena

Référence
Bhattacharya S et coll. : Recurrent miscarriage: Are three miscarriages one too many? Analysis of a Scottish population-based database of 151 021 pregnancies. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol., 2010;150 24-7.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article