Faut-il annuler l’Open d’Australie ?

Melbourne, le mercredi 15 janvier 2020 – Alors que Melbourne est balayé par un épais nuage de fumées très irritantes si ce n'est toxiques, certains s’interrogent sur l’opportunité de repousser ou d’annuler le tournoi de tennis australien.

Terrassée, Dalila Jakupovic est à genoux, en larmes. Joueuse de tennis slovène de 28 ans, elle était en passe de remporter son match au 1er tour des qualifications de l’Open d’Australie ce mardi à Melbourne. Mais pris d’une quinte de toux violente et prolongée, elle a finalement dû abandonner. La sportive a été victime de l’épais nuage de fumées qui balaye Melbourne depuis plusieurs jours. Ces fumées sont provoquées, le monde entier le sait, par de gigantesques incendies qui dévastent le sud de l’Australie et qui ont déjà causé la mort de 28 personnes.

La joueuse slovène n’est pas la seule à avoir été affectée par la détérioration inquiétante de la qualité de l’air. Plusieurs joueurs se sont pleins de douleurs thoraciques pendant leurs matchs et ont nécessité la prise de salbutamol. Un ramasseur de balles a également fait un malaise.

Maria Sharapova, ancienne numéro 1 mondial qui disputait un match d’exhibition, a préféré arrêter sa partie après avoir ressenti des douleurs "pulmonaires".

Qualité de l’air dangereuse

Dans ce contexte, la décision de la Fédération australienne de tennis de maintenir les matchs de qualification a été vivement critiquée par de nombreux joueurs, alors même que les entrainements ont été annulés et que les autorités de la ville recommandent aux habitants de ne pas sortir de chez eux. Elina Svitolina, numéro 5 mondial, s’est montré la plus virulente : « Pourquoi devons nous attendre que quelque chose de grave se produise pour agir ? » interroge-t-elle, en reprenant les données d’une agence environnementale qui qualifie l’air de Melbourne de « très néfaste ».

Craig Tiley, président de la Fédération australienne de tennis, assure de son côté qu’il a à cœur de préserver la santé des joueurs et que toute ses décisions sont prises en accord avec des médecins et des experts environnementaux. Ce mercredi, les matchs de qualification ont été maintenus mais ont débuté avec une heure de retard.

Il faut dire que la situation s’est quelque peu améliorée, la qualité de l’air n’étant plus qualifié de « dangereuse » par l’agence de l’environnement de l’État mais seulement de… « très mauvaise ». Les organisateurs espèrent désormais que les pluies et les orages annoncées pour aujourd'hui vont permettre de dissiper un peu les fumées.

Les stars du tennis montent au créneau

Il y a quelques semaines, Novak Djokovic, légende vivante du tennis mais surtout président du conseil des joueurs professionnels, avait pour la première fois évoqué la possibilité de repousser voire d’annuler l’Open d’Australie si les conditions météorologiques mettaient en danger la santé des joueurs. Mais cette hypothèse avait été immédiatement écarté par Craig Tiley, qui souhaite que le tournoi principal, qui commencera véritablement lundi prochain, se déroule coûte que coûte.

En attendant, le monde du tennis se mobilise pour venir en aide à l’Australie. Les joueurs ont déjà réalisé plusieurs millions de dollars de dons et certaines grandes stars (Roger Federer, Rafael Nadal, Serena Williams et d’autres…) organisent ce mercredi un match de charité dans le stade de Melbourne…sous un toit fermé.  

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Etat de l'air à Melbourne

    Le 15 janvier 2020

    Aujourd'hui 15 janvier (21h à Paris, soit le jeudi 16 en début de matinée sur place), l'air est encore très mauvais sur Melbourne. On peut voir les chiffres de la pollution avec le lien :
    https://aqicn.org/map/melbourne/fr/
    Les PM 2,5 (qui sont les plus dangereuses pour l'arbre respiratoire), sont très présentes.
    Seulement deux panneaux avec une note inférieure à 100, dont l'un en centre ville. Tous les autres sites portent "Mauvais pour les groupes sensibles" ou pire: "Mauvais" (pour tous).

    Cet épisode critique et prolongé, avec ses conséquences, devrait faire améliorer la surveillance au niveau mondial. On a ici une situation où "les groupes sensibles" deviennent la quasi-totalité de la population, en particulier tous ceux devant faire des efforts physiques!

    JPHM, Biologiste

  • Particules fines

    Le 17 janvier 2020

    Alors que de fortes pluies ont fait chuter la pollution sur la côte sud-est de l'Australie, voici quelques précisions concernant les particules fines.

    https://www.medisite.fr/pollution-de-lair-elle-pourrait-tuer-160-000-personnes-ces-dix-prochaines-annees.5552848..html

    Au sein de l'Union européenne des mesures de sécurité atmosphérique ont pourtant déjà été prises : tous les pays doivent respecter un taux limite de particules fines dans l’air (PM2,5). Mais cela ne suffit pas. D’après l’OMS, il faudrait que ce seuil soit bien plus bas : à 10 μg m 3 en moyenne par an.

    https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/la-france-premier-emetteur-de-particules-fines-pm25-en-europe-70624/

    Preuve de la volonté d’action des pouvoir publics, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a récemment indiqué sur France Bleu que Paris serait très prochainement équipé d’une station de mesure des particules ultrafines.

    https://www.r-pur.com/blogs/air/particules-fines-pm25-en-france/

    En 2015 (en France), les particules fines PM2.5 sont directement responsables de 35 800 morts
    prématurées, ce qui en fait le troisième pays européen où ces particules sont les plus destructrices. Avec 48 000 morts prématurées dû à la pollution de l'air cette année-là, cela représente un total de 80% juste pour les particules fines PM2.5, il y a urgence à réagir.

    VOCABULAIRE:
    On trouve toujours dans les médias une erreur importante : Les particules (inférieures à 10µ) sont encore appelées « particules fines », qui désigne internationalement celles inférieures à 2,5µ.
    Exemple tout récent : https://www.lefigaro.fr/sciences/pollution-aux-particules-fines-la-vitesse-reduite-en-ile-de-france-20200101

    Airparif, de son côté, a ajouté l'adjectif « grossières » pour les PM10 dans un tableau consacré aux différentes particules, en se contentant de "particules" dans le texte.
    https://www.airparif.asso.fr/pollution/differents-polluants

    Dr JP Moreau

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