Faut-il privatiser les hôpitaux en difficulté ?

Longué-Jumelles, le mardi 8 octobre 2019 – Au centre hospitalier de Longué-Jumelles en Maine-et-Loire, les personnels retiennent leur souffle.  

Un hôpital « qui coûte très cher et ne sert à rien »

Dans un rapport publié en 2018, la Cour des comptes avait étrillé ce centre abritant 85 lits d’EHPAD (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), 35 en unité de soins longue durée et 30 de soins de suite et réadaptation. Les sages de la rue Cambon avaient ainsi calculé que les ratios d’endettement avaient atteint « un niveau insoutenable avec une durée de désendettement de 117 ans en 2016 ». Jugeant l’établissement « en grande difficulté depuis une décennie » et même « sous survie artificielle » après de « lourdes carences de gestion », la Cour avait appelé à un « repositionnement » de la structure et à une « fusion » avec l’hôpital de Saumur pour éviter la « fermeture pure et simple du site qu’impliquerait de fait une diminution significative des aides de l’ARS ». La Cour s’était même permise de résumer, en décrivant l’établissement comme une institution « qui coûte très cher et ne sert à rien » !

Dans ce contexte de difficulté chronique, un appel d’offre a été lancé  par le conseil départemental et l’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire. Deux dossiers de candidature ont été déposés. Un par le CHU d’Anger, l’autre par un groupe privé, le Noble Age (LNA), une entreprise spécialisée dans la prise en charge de personnes fragilisées et qui gère déjà 57 EHPAD.

Hôpital de proximité ou EHPAD privé ?

Dans le projet public, l’hôpital de Longué-Jumelles deviendrait un « hôpital de proximité pilote » et fusionnerait avec celui de Saumur, sous réserve d’une subvention annuelle dégressive de 600 000 euros par l’ARS. Le groupe LNA propose lui d’investir 18,5 millions d’euros pour reprendre les locaux et l’activité et promet de conserver l’ensemble des équipes. « Ce serait une très bonne chose pour l’hôpital de devenir privé. L’hôpital public a montré toute son incompétence à gérer notre hôpital local. Faisons confiance au privé qui saura faire », estime Frédéric Mortier, le maire de Longué-Jumelles.

Un enthousiasme loin d’être partagé par tous. Ainsi, une partie des agents hospitaliers s’élève contre cette possible « privatisation » qui entrainerait, selon eux, le départ des 80 fonctionnaires de l’établissement et une hausse des tarifs. « Un établissement public a des liens de coopération et de mutualisation avec ses homologues. Comment détricote-t-on les liens financiers qui se sont noués si l’établissement passe au privé ? Et que deviennent les agents qui y travaillent ? » résume, dans les colonnes du journal Le Monde, la députée LREM du Maine-et-Loire Stella Dupont.

Un passage au privé de l’hôpital de Longué « aurait inévitablement des conséquences négatives pour la population du bassin de vie et pour les autres établissements » publics voisins, renchérit pour sa part le groupement public dans son dossier de candidature.

Voulant rassurer, LNA indique pour sa part dans son dossier de candidature que concernant les 80 fonctionnaires titulaires « le cadre juridique de reprise du personnel devra être précisé ». Il assure encore qu’un groupement de coopération sanitaire (GCS), qui organise les rapports entre les secteurs public et privé, permettra de lever les difficultés. « Je finis par douter que nous puissions conserver notre statut, j’ai peur qu’ils nous demandent de faire une mise en disponibilité ou une demande de mutation », s’inquiète néanmoins Corinne Meignant, déléguée CGT de l’établissement. Pour ce qui est des tarifs, la CGT anticipe une hausse de 30 %.

Le dossier est désormais entre les mains du cabinet d’Agnès Buzyn pour une « expertise juridique », alors que le choix du candidat retenu était attendu pour juin. Ce sera ensuite à l’ARS de trancher et de décider de l’avenir du centre.

Mais, en juillet, à une question au gouvernement Agnès Buzyn avait tenu à rappeler : « Il n’existe à l’heure actuelle aucun mouvement visant à privatiser les Ehpad publics : ce n’est absolument pas ce que le ministère a décidé ». Pourtant, depuis, la Fédération hospitalière de France (FHF) a rappelé que déjà une dizaine d’EHPAD ont été cédés à des groupes privés…

X.B.

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Vos réactions (3)

  • Comme dans les autres pays ?

    Le 09 octobre 2019

    Une solution inédite chez nous mais pas ailleurs pour corriger le déficit de ces petits hôpitaux en difficulté, faute de médecins assez nombreux et assez qualifiés. Ouvrir les petits hôpitaux publics tels qu'ils sont aux spécialistes libéraux du voisinage les meilleurs en leur offrant des créneaux opératoires, des boites chirurgicales, des honoraires libres, attention sans redevances.

    La structure salariée MCO en place resterait salariée avec un service médical assez fourni; un service de chirurgie générale avec des anesthésistes réanimateurs en partie salariés en partie payés à l'acte, des gynobs selon les cas, un service de radiologie, un service de biologie, ces derniers organisés selon les circonstances.

    Les libéraux se feraient forts de remplir l'hôpital. Les cliniques privées souffriraient certes.

    Dr JD

  • Pourquoi ne pas tenter l'expérience ?

    Le 09 octobre 2019

    80 fonctionnaires pour 85 lits n'est ce pas beaucoup en EHPAD ? Comment oser dire que les tarifs augmenteraient ? Alors qu'un établissement hospitalier Privé ne coûte que si le Patient est présent et que le prix de journée est toujours très largement inférieur au Public même si on y ajoute les honoraires médicaux.

    Dr Lucien Duclaud

  • Pour information sur cet hôpital

    Le 14 octobre 2019

    Ne vous fiez pas à une lecture superficielle. Il y a effectivement 85 lits d'EHPAD mais l'établissement compte en outre 65 lits répartis sur d'autres services.

    En outre parmi le personnel titulaire il faut savoir qu'il y a du personnel non soignant, de bureau, de maintenance et notamment de direction toujours en nombre pour ces derniers en regard du ratio patients/soignants qu'il impose. Enfin, bien que cela soit de nos jours de plus en plus difficile, il existe un roulement par lequel le personnel bénéficie de jours de repos malgré les plannings bien souvent remaniés sans avis préalable du personnel concerné.

    Hélène d'Agostino (IDE)

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