Faut-il « sexuer » les recommandations sur le dépistage du cancer du côlon ?

Malgré des variations géographiques notables, le dépistage du cancer du côlon est recommandé dans la plupart des pays après 50 ans chez les sujets à risque moyen et à partir de 40 ans dans les populations à haut risque (essentiellement antécédents familiaux de néoplasie colique). Jusqu’à présent les recommandations ne variaient pas selon le sexe et les différents protocoles de dépistage (recherche de sang dans les selles suivie d’une sigmoïdoscopie ou colonoscopie tous les 10 ans) étaient proposés indifféremment aux hommes et aux femmes.

Une étude de grande ampleur menée en Pologne entre 2000 et 2004 va peut-être conduire à modifier cette pratique.

Jaroslaw Regula et coll. du centre Maria Sklodowska-Curie à Varsovie ont analysé les données issues du programme de dépistage polonais par colonoscopie initié en 2000.

50 148 sujets y ont participé dont 43 042 âgés de 50 à 66 ans sans facteurs de risque particulier et 7106 âgés de 40 à 49 ans ayant des antécédents familiaux de cancer (colorectal dans 2/3 des cas).

Certaines données confirment les résultats des études précédentes :
- le taux de coloscopies ayant atteint le caecum a été de 91,1 % ;
- chez 5,9 % des sujets de plus de 50 ans une néoplasie colique « avancée » (adénome de plus de 10 mm, dysplasie de haut grade, cancer) a été mis en évidence contre 3,4 % chez les sujets de 40 à 49 ans qui étaient pourtant à haut risque ;
- le taux d’accidents a été faible (0,1 %) avec seulement 5 perforations et aucun décès.

Mais ce travail a surtout mis en évidence une différence significative entre hommes et femmes. Quelle que soit la tranche d’âge, le pourcentage de néoplasies dépistées a été inférieur chez la femme. Ainsi, alors que chez l’homme, pour diagnostiquer une néoplasie colique il fallait réaliser 23 coloscopies entre 40 et 49 ans, 17 entre 50 et 54 ans, 12 entre 55 et 59 ans et 10 après 60 ans, chez la femme ces chiffres étaient respectivement de 36, 28, 22 et 18. Globalement le sexe masculin est apparu comme un facteur de risque indépendant de positivité avec un odds ratio de 1,73 (p<0,001).

Ces résultats seront bien sûr contestés par certains. Il faut en particulier souligner qu’alors que les méthodes de recrutement étaient les mêmes pour les deux sexes, les femmes constituaient les deux tiers de cette cohorte ce qui pourrait s’expliquer par une plus forte propension des femmes à accepter le dépistage à niveau de risque égal et pourrait donc conduire à un biais de recrutement.

En tout état de cause, ces données nouvelles ne peuvent être ignorées. Si elles étaient confirmées par des études dans d’autres populations elles pourraient mener à une modification des recommandations de dépistage systématique. Pour les auteurs on peut penser que cette différence de rentabilité de la coloscopie entre les sexes, pourrait conduire soit à élever l’âge du dépistage systématique à 60 ans pour les femmes soit à l’abaisser à 40 ans chez l’homme (même en l’absence d’antécédents familiaux), puisque le taux de positivité de la coloscopie est similaire chez la femme entre 60 et 66 ans et chez l’homme entre 50 et 54 ans ou chez l’homme entre 40 et 49 ans et chez la femme entre 50 et 54 ans.

Dr Céline Dupin

Référence
Regula Jaroslaw et coll. : “ Colonoscopy in colorectal-cancer screening for detection of advanced neoplasia.” N Engl J Med 2006; 355: 1863-72.

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Vos réactions (1)

  • "Faut-il « sexuer » les recommandations sur le dépistage du cancer du côlon ? "

    Le 06 novembre 2006

    Pour du dépistage, 0.1% d'"accidents" dont 5 perforations, on trouve ça : "faible" !!??
    Je serais curieux de savoir ce qu'en pensent les patients (ho, le joli mot!) concernés ?

    Michel Grzesinski
    kinésithérapeute, ostéopathe, naturopathe.

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