Femme et chirurgien : moins facile de devenir mère

La place des femmes dans le milieu du travail n’a cessé d’augmenter depuis un siècle. Ainsi la médecine et la chirurgie ont-elles connu une féminisation croissante. Or, les nombreuses années d’étude et d’internat font que ces praticiennes envisagent souvent avec retard leur première grossesse. Mais, le taux de fertilité diminuant considérablement après 30 ans avec aussi une augmentation des risques maternel et fœtal après 35 ans, on peut augurer que ces premières grossesses tardives sont aussi plus souvent compliquées, voire impossibles donnant lieur à un recours plus fréquent aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA).

Pour tenter de préciser la situation des chirurgiennes à cet égard, une équipe du Boston Medical Center a envoyé en ligne un questionnaire avec 199 questions (nombre d’enfants, âge lors des grossesses, complications obstétricales, etc.) destiné à des praticiennes exerçant dans différentes spécialités. Au total, ils ont obtenu 1 021 réponses de 9 spécialités principales, les mieux représentées étant  l’ORL (240 réponses), la chirurgie générale (235),  la chirurgie orthopédique (223) et l’urologie (151).

Alors que le taux de difficultés à procréer dans la population féminine générale atteint 11 %, il a été trouvé nettement supérieur dans 4 spécialités chirurgicales : 29 % en ORL, 22 % en chirurgie générale,  18 % en orthopédie et 13,5 % en urologie. Des comparaisons ont été faites entre les groupes sauf quand le taux de réponses était trop faible pour être représentatif (chirurgie du pied, gynécologie, ophtalmologie).

Dans la cohorte totale, 630 femmes ont donné le jour à 1 453 enfants, dont au moins 185 (13 %) sont nés par PMA. L’âge moyen à la première grossesse était de 33 ans, (35 en cas de PMA) et toujours plus élevé, quelle que soit la parité, en cas de problèmes de fertilité. La PMA a fait appel soit aux inducteurs de l’ovulation, soit à la fécondation in vitro, soit à d’autres méthodes.

Chez les femmes à fertilité normale, 53 % ont eu leur premier enfant au cours de leurs études, vs 33 % chez celles qui ont été suivies pour hypofertilité, les grossesses tardives étant encore plus fréquentes dans certaines spécialités (neurochirurgie, urologie) que dans d’autres (chirurgie générale, ORL). Les causes d’infertilité, quand elles ont pu être identifiées (66 % des cas) étaient essentiellement des anovulations, des ménopauses précoces, des ovaires polykystiques, ou une cause liée au partenaire.

Les femmes chirurgiens ont moins d’enfants que la population générale, leur 1ère grossesse est plus tardive et leur recours à la procréation médicalement assistée plus fréquent.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Phillips E et coll. : Does a surgical career affect a woman’s childbearing and fertility ? A report on pregnancy and fertility trends among female surgeons. J Am Coll Surg., 2014; 219: 944-950.

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