Fermeture des petites maternités : faut-il céder à la démagogie ?

Paris, le mardi 26 février 2019 – Le 11 mars, la maternité de Bernay dans l’Eure fermera définitivement ses portes. L’établissement est l’objet d’une vigilance particulière des autorités sanitaires depuis de nombreuses années en raison de ses difficultés chroniques à maintenir une équipe suffisante et stable pour assurer une réelle sécurité des soins. Le verdict est finalement tombé.

Attachement populaire et soutien des élus

A Bernay comme ailleurs, la fermeture d’une petite maternité suscite toujours de fortes contestations, soutenues par les élus locaux. Craintes pour l’emploi, inquiétudes liées à une moindre proximité : les raisons de manifester sont nombreuses. Et pour peu que ces protestations trouvent écho auprès des médias (comme récemment les journalistes d’Envoyé Spécial qui ont décidé de traiter le sujet en s’intéressant principalement aux désavantages des fermetures plutôt qu’à leurs enjeux sanitaires), de larges mouvement de soutien s’organisent. Il n’est alors pas difficile de soupçonner que des impératifs économiques favorisent les fermetures d’établissements.

Sans pédiatre de garde

C’est occulter une grande partie de la réalité, que tente de rétablir une tribune signée d’une vingtaine de praticiens représentant des organisations et syndicats de gynécologues, urgentistes ou anesthésistes réanimateurs publiée dans Le Parisien. Ces maternités, rappellent-ils, sont d’abord des établissements qui connaissent des difficultés constantes à recruter des praticiens et à maintenir leurs équipes. « Nous assistons à une dégradation des conditions d’exercice dans les hôpitaux, avec pour conséquence une désaffection de l’activité obstétricale, une fuite des médecins et la difficulté de recruter » écrivent les spécialistes. Pour contrer ce phénomène, les directions des petites maternités ont recours à l’intérim, une solution précaire et qui ne permet pas toujours de garantir la qualité. « Ne pas accepter les restructurations, c’est passer sous silence l’assouplissement de critères de sécurité où des maternités fonctionnent parfois sans pédiatre de garde, la baisse de niveau de qualification des acteurs, la multiplication des contrats intérimaires aux coûts onéreux qui, malgré leur aide, ne peuvent remplacer une équipe multidisciplinaire stable » décrivent encore les auteurs de la tribune.

D’autres chemins pour répondre au souci de proximité

Cette situation contribue à une multiplication des dysfonctionnements (souvent sans gravité mais pas toujours) et affaiblit la réputation de petits établissements, qui quand cela est possible sont boudés par les populations (qui pourtant officiellement les soutiennent !). Ceci est d’autant plus envisageable que les distances ne sont pas nécessairement démesurées. Ainsi, le temps de transport médian entre les petites maternités (entre 300 et 500 accouchements annuels) est la maternité de type II ou supérieur la plus proche est de 20 minutes, selon le dernier état des lieux de la périnatalité en France, soit « seulement » 20 minutes supplémentaires à ajouter au trajet des futures mères (concernant les très petites maternités, le temps de trajet est plus important, d’une heure en moyenne). En outre, face à cette nécessaire préservation de la proximité, d’autres mesures sont possibles plutôt que le maintien de structures « dangereuses » (terme utilisé par les signataires de la tribune) : l’amélioration de la voirie, le transport en hélicoptère ou encore l’hébergement temporaire non loin des maternités.

Agir par ordonnance

Aujourd’hui, le gouvernement est déterminé à agir. Le projet de loi de santé qui doit être examiné par l’Assemblée nationale à partir du 18 mars doit accorder aux pouvoirs publics la possibilité de modifier le régime des autorisations des activités de soins et des équipements lourds. Cette évolution est saluée par ceux qui souhaitent une restructuration plus rapide et plus en phase avec les niveaux de sécurité des établissements mais est largement dénoncée par ceux qui dénoncent un déni de démocratie et la "mort" des zones isolées. Connaissant ces critiques, les praticiens signataires de la tribune invitent, pour la sécurité des patientes et de leurs nouveau-nés à ne pas céder à la « démagogie ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Absence de pediatre ça me fait pouffer !

    Le 26 février 2019

    Je suis anesthésiste depuis 92.
    J'ai vu une vingtaine de pédiatres à l'oeuvre en maternité : tous incapables d'intuber un nouveau-né ou de poser un KT central (sauf les rares pratiquant la réa néonat ou le smur pédiatrique). Ils m'ont tous passé la main en cas de vraie détresse!
    Alors absence de pédiatre, laissez moi rigoler. Trop rarement formés et entretenus en réa néonatale.

    Un nouveau né en grande détresse, il faut le désobstruer, l'intuber, lui poser un ktc, le réchauffer, lui faire un dextro et attendre le smur pédiatrique qui va le prendre en charge et l'emmener en néo-nat. Un bon anesthésiste sait faire cela. Maintenant il reste a trouver un bon anesthésiste! Parce que rémunéré une misère pour passer des nuits blanches et super-flippantes en mater (odeur de sang, hémorragies, cris, odeur suave du placenta,..) je n'en connais pas qui en rêvent! Bon, .. ça peut se passer très bien, je vous le souhaite!

    Dr BD

  • PMA

    Le 26 février 2019

    Que font les militaires en cas de conflit: ils créent des PMA : poste medicaux avancés.
    C'est le fruit de deux mille ans de Médecine de guerre et d'expérience pour améliorer la survie des cas graves. Mais il faut avoir de quoi remplir ces PMA.

    Dr Bruno Doucet

  • La médicalisation de la naissance est à son comble

    Le 27 février 2019

    Les sages-femmes ont un diplôme médical remis par la faculté de médecine dont la spécificité est l’obstetrique tels les dentistes pour les dents, elles ont toutes les compétences pour mener à bien la naissance (Elles forment les étudiants en médecine). Avec la fermeture des maternités à taille humaine, leur taux de chômage est en constante augmentation, 3% en 2016 et 4000 de plus prévues en 2021. Les maternités usines débordent, le stress des femmes est exacerbé, l’accompagnement est remplacé par la péridurale (82%) surveillée à distance, le taux de césarienne ...La médicalisation de la naissance est à son comble. Fermer les maternités à taille humaine va à l’encontre des recommandations de la HAS: limiter les interventions techniques et médicamenteuses au minimum nécessaires et respecter le rythme des naissances. Ces médecins au regard pathologiques feraient bien de regarder du côté des Pays Bas !

    La solution est ailleurs que dans les maternités de niveau 3 : https://www.magicmaman.com/,accouchement-dans-les-autres-pays-comment-cela-se-passe,3469684.asp

    Elisabeth Lehay (SF)

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