Fermeture des petites maternités : pourrait-il en être autrement ?

Paris, le mercredi 3 avril 2019 - Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche et la presse quotidienne régionale, le ministre de la santé, Agnès Buzyn a défendu, une nouvelle fois, la fermeture des petites maternités qui s’accompagnera, annonce-t-elle « d’une série de garanties ».

Elle réaffirme en préambule que là où la présence de pédiatres, de gynécologue-obstétriciens, de sages-femmes et d’anesthésistes est insuffisante pour assurer la sécurité des mères et des nouveau-nés, les maternités subiront une « transformation » puisque « maintenir localement une maternité sans médecins pour la faire tourner n'est ni un service à leur rendre ni l'idée que je me fais du service public ».

La maternité sans maternité

Elle promet, en contrepartie, de généraliser dès cette année « le pack de services Engagement maternité garanti pour chaque femme dont le domicile se trouve à plus de 30 minutes d'une maternité. Il comprend le remboursement par l'Assurance maladie du transport sécurisé vers la maternité en urgence ou pas, de l’hébergement des femmes et de leur famille en hôtel près de la maternité quelques jours avant le terme de la grossesse si elles le souhaitent, et de toutes les consultations de la grossesse à domicile ou non suivant les besoins de chacune ».

Aussi « pour éviter les risques liés à un accouchement inopiné, une permanence de sages-femmes sera mise en place dès 2019 dans tous les territoires éloignés, l'équipement nécessaire sera systématiquement disponible et une sage-femme libérale formera localement les professionnels du Samu à ce type d'intervention ».

La quadrature du cercle

Dans une tribune publiée par Le Figaro et une interview à la Radio RCF, le patron du CNGOF, le Pr Israël Nisand, arrive à la même conclusion après avoir évoqué un véritable casse-tête.

« Les données chiffrées sur les complications induites par la distance entre le domicile d’une femme et sa maternité convergent vers un seuil de 45 minutes de déplacement (quelle que soit la saison) au-delà duquel morbidité et mortalité périnatales seraient doublées. La pathologie augmente aussi quand il n’y a pas de pédiatre sur place ou quand les obstétriciens doivent se déplacer en urgence par absence de garde organisée sur place » rappelle-t-il.

Il y a donc un choix à faire entre développer les transports et déployer les moyens nécessaires à la sécurité sanitaire des parturientes sur place, mais l’équation a encore d’autres inconnues, puisque comme le souligne le Pr Nisand « poster un obstétricien dans un endroit isolé, qui va y périr d’ennui faute d’activité, y perdre son expertise et le faire manquer ailleurs, là où on a besoin de lui, est une décision impossible à prendre sauf à utiliser la contrainte, peu de mise dans notre pays ».

Semble-t-il la mort dans l’âme, l’obstétricien de Strasbourg conclut qu’il « faudra donc bien se résoudre à transformer certaines maternités en Centres périnataux de proximité (…). Il faudra hélas encore fermer d’autres maternités par manque d’obstétriciens, et les intérimaires très onéreux ne suffiront plus à éviter l’orage politique en vue dans notre secteur »…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (7)

  • DPPNI et petites maternités

    Le 03 avril 2019

    Tout ce qui a été dit est à retenir. Un centre de consultation reste, cependant, nécessaire, ne serait-ce que pour commander un hélicoptère en cas de DPPNI.

    En effet, le décollement prématuré du placenta normalement inséré (DPPNI) est une complication très grave de la grossesse, survenant dans 1 à 4 % des grossesses, mettant en jeu, presque toujours dans l'heure de l'apparition des pertes sanglantes, la vie de la mère (par choc hémorragique avec perte des réserves de fibrinogène et des thromboplastines) et du fœtus (par anoxie) du fait d'une hémorragie le plus souvent massive entre le placenta et l'utérus.

    Sans la présence 24/24 d'un chirurgien, qualifié en gynécologie, capable de césariser en urgence dans l'heure, et sans la possibilité de se procurer de très grosses quantités de provisions de sang et de fibrinogène, un DPPNI est, souvent, mortel.

    Reste à transférer en grande vitesse. Transférer sur un grand service éloigné me semble, dans ces conditions, assez risqué mais indispensable.

    Dr Jean Doremieux

  • Un service civil en fin d'étude

    Le 03 avril 2019

    Il y a danger à plus de 45 mn d'une maternité , c'est ce postulat qui doit déterminer la politique publique de santé. D'après les derniers travaux, plus de 700 000 éventuelles parturientes seraient dans cette situation.

    Nous payons des impôts pour que les ARS répondent aux besoins territoriaux de santé. Le manque de pédiatres, d'obstétriciens, d'anesthésistes, n'est pas le seul problème. Les déserts hospitaliers sont multiples, prés de 40% de postes vacants. Il faut donc repeupler les hôpitaux en médecins. Il n'y pas 36 solutions: le seul remède est un service civil en fin d'étude, ce qui permettra aussi de résoudre les détresses de la médecine scolaire et universitaire, de la PMI, de certains postes de médecine du travail... Les spécialistes en maternité, ne vont pas mourir d'ennui, il suffit qu'ils partagent leur temps entre l'établissement pivot du GHT et l'établissement plus petit, ce qui résout en plus le maintien de la compétence. Il est scandaleux que Madame Agnès Buzyn propose de fermer les maternités et de les remplacer par une sage femme libérale et un hélicoptère. Ce dernier, dans nombre d'hôpitaux des zones montagneuses ne peut atterrir une bonne partie de l'année et souvent le temps d'arriver dépasse largement les 45 mn fatidiques (exemple à Die: 3h et le bébé est décédé).

    Il s'agit en fait de la volonté politique dont manquent nos politiques de droite de gauche et du gouvernement actuel et du lobby des médecins qui oublient leur serment d'Hippocrate.

    Fermer un service à cause d'un manque de sécurité par un trop faible nombre de médecins, c'est prendre le problème à l'envers, il faut y mettre des médecins, c'est le devoir du gouvernement et des ARS.

    Dr Jean Scheffer

  • Sages femmes et SAMU

    Le 03 avril 2019

    Une sage femme devrait systématiquement accompagner l'équipe du SAMU et/où être d'astreinte pour évaluer très rapidement la situation et effectuer les gestes d'urgence de manoeuvres obstétricales pour siège, procidence du cordon...Mais aussi la réanimation neonatale que peu de médecins du SAMU pratiquent selon les régions ayant plus l'habitude des enfants et adultes et peu d'interventions sur des accouchements.

    En effet de par leurs compétences à la fois pédiatriques et obstétricales les sages femmes pourraient rapidement réagir dans diverses situations et prendre en partenariat avec le médecin du SAMU des décisions de transfert par hélicoptère ou autre en fonction de la situation. (Exemple de Mayotte avec les dispensaires gérés uniquement par les SF).

    Pour les transferts entre les différents niveaux de maternité c'est déjà une sage femme qui gère au sein d'une cellule de régulation donc à adapter au terrain.

    Sophie Le Berre (SF)

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