Fière Absolument de ses Orientations

Paris, le samedi 15 juin 2019 – Ce sont des instances mal connues du grand public mais qui revêtent une importance diplomatique majeure. Ainsi, la présidence de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est toujours l’objet d’importantes tractations diplomatiques et politiques. La prochaine élection qui doit se dérouler le 23 juin prochain ne fait pas exception.

Femme de science

Quatre candidats sont en lice pour remplacer José Graziano da Silva : l’Indien Ramesh Chand, le Chinois Qu Dongyu, la Française Catherine Geslain-Lanéelle, le Géorgien Davit Kirvalidze. Bien que la FAO soit traditionnellement dirigée par un ressortissant d’un pays en voie de développement, Catherine Geslain-Lanéelle, candidate de la France et de l’Union européenne (même si certains pays ont pris quelques distances), fait figure de favorite. Si elle l’emportait dans une semaine, elle serait la première femme à accéder à la FAO et probablement la candidate la plus attachée au rôle de la science dans la lutte contre la faim, objectif premier de l’agence onusienne.

4 pour 1 000

Née en 1963 à Toulouse, souvent remarquée pour son énergie et son franc-parler, Catherine Geslain-Lanéelle présente une expérience parfaitement appropriée pour prendre la tête de la FAO. Cet ingénieur agronome et de génie rural, des eaux et des forêts (AgroParisTech), après avoir exercé de hautes fonctions au sein du ministère de l’Agriculture, a notamment été Directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Elle a notamment été remarquée au sein de cette institution pour avoir mis en place des méthodes de gestion plus transparentes et pour avoir contribué au lancement de l’initiative « 4 pour 1000 » qui « vise à montrer que l’agriculture, et en particulier les sols agricoles, peuvent jouer un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et le changement climatique ».

Le rôle majeur de la science

Pour assurer les missions de la FAO alors que le nombre de personnes exposées à la malnutrition ne diminue plus (en raison notamment du prolongement de multiples conflits) et que la population ne cesse de croître, Catherine Geslain-Lanéenne prône une attitude pragmatique, s’appuyant sur les données de la science, au-delà de la nécessaire lutte contre le gaspillage, la régulation de la production et les réformes sociales. Ainsi, si certains ont voulu égratigner la force de sa candidature en présentant son adhésion aux OGM et aux biotechnologies comme une stratégie visant à gagner les voix des Etats-Unis, son discours en la matière dépasse très largement la simple tactique. Catherine Geslain-Lanéelle, qui aurait préféré que les commentaires autour de sa candidature ne se concentrent pas si exclusivement sur sa position vis-à-vis des OGM, défend en effet cependant régulièrement sans sourciller les apports de la science. « Je sais ce que la science et l’innovation ont apporté au secteur alimentaire (…). Avec les grands défis qui nous attendent, nous continuerons d’avoir besoin de plus d’innovations et de sciences pour les résoudre. (…). La biotechnologie est aussi très utile. Je soutiendrai les biotechnologies, OGM et l’édition génétique inclus bien entendu. Je pense que c’est important » a-t-elle ainsi déclaré lors de son discours de présentation à la FAO en avril dernier. De manière moins officielle, elle a récemment rappelé au journal l’Opinion : « Depuis 1960, on a multiplié par trois la production alimentaire grâce à la science ».

Pragmatisme

Cependant, celle qui a eu à gérer des crises sanitaires d’une très grande ampleur au sein de l’EFSA (telle celle de l’ESB) estime que le développement des OGM doit avoir pour objectif la protection de la santé, des consommateurs et des travailleurs. En outre, sa position favorable aux OGM n’exclut nullement un soutien aux autres formes d’agriculture. « Je ne crois pas qu’il y ait une solution. Il y a beaucoup de solutions, et ce qui compte pour moi c’est ce que cette organisation soit le lieu de débat sur les différentes solutions, à partir de faits et de la science. Et qu’évidemment on soit respectueux de la santé et de l’environnement ! » a-t-elle ainsi expliqué au Monde, que ses déclarations concernant les OGM paraît faire sourciller. Concernant les pesticides, elle envisage d’adopter la même orientation pragmatique, qui notamment reconnaît que les enjeux sont très différents en fonction des zones géographiques et économiques. Ainsi interrogée sur ce point par Libération, elle avait noté que si la réduction de l’utilisation des pesticides peut être à encourager « dans les ¬situations où tous les recours ont été épuisés, comme après les invasions de criquets en Afrique, cela reste une ¬solution pour assurer une ¬sécurité alimentaire ».

Ce discours empreint de pragmatisme et qui se fonde sur les données scientifiques les plus solides sera-t-il suffisant pour dépasser tous les autres enjeux politiques, économiques et diplomatiques de cette élection ? Réponse le 23 juin.

Aurélie Haroche

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