Fièvre élevée aux Urgences chez l’adulte, chaud devant !

La fièvre est l'une des plaintes et l'un des signes cliniques les plus courants chez les adultes qui se présentent aux Urgences, comptant pour 5 % des motifs de consultation et 15 % chez les personnes âgées. D’une part, réponse physiologique à un large éventail de pathologies infectieuses et inflammatoires, la fièvre peut avoir un effet positif sur le système immunitaire. D’autre part, elle augmente le métabolisme et a des effets délétères sur les systèmes cardiaque, respiratoire et nerveux. Elle est associée à une mortalité accrue chez les patients victimes d'un AVC, d'un traumatisme crânien ou d'un arrêt cardio-circulatoire.

Bien que la fièvre ne reflète pas nécessairement une pathologie infectieuse, la suspicion d'une infection sous-jacente augmente avec l’importance de la fièvre. L'association entre l'ampleur de la fièvre et les résultats cliniques a été évaluée dans des populations spécifiques. Chez les nourrissons, une fièvre supérieure à 40 °C est associée à un risque accru d'infection bactérienne grave. Chez les adultes admis dans les unités de soins critiques (USC) pour une maladie infectieuse, une température maximale plus élevée au cours des 24 premières heures de l'admission est associée à une mortalité hospitalière plus faible. Toutefois, pour les patients chez lesquels aucune infection n'est diagnostiquée, une température maximale supérieure à 39,0 °C est associée à une augmentation proportionnelle de la mortalité hospitalière. Une méta-analyse d'études portant uniquement sur des patients non-neurologiques et en état critique (avec ou sans infection) a montré que la fièvre élevée (39,3 °C à 39,5 °C) est associée à une mortalité accrue.

Peu d’études sur le pronostic de la fièvre aux Urgences

Il existe un nombre relativement limité d'études sur l'association entre l'ampleur de la fièvre aux Urgences et le devenir des adultes fébriles. Cette étude de cohorte rétrospective monocentrique a donc évalué la signification pronostique de l'ampleur de la fièvre aux Urgences chez les patients adultes hospitalisés dont la température enregistrée aux urgences était ≥ 38,0 °C, entre janvier 2015 et décembre 2020. Les patients présentant un coup de chaleur ont été exclus. Le résultat principal était la mortalité toutes causes confondues à 30 jours ; les résultats secondaires étaient l'admission en USC et l’apparition d’une insuffisance rénale aiguë (IRA).

Une fièvre a été notée chez 8,1 % des patients évalués aux Urgences. La fièvre élevée a été associée à un risque accru d'admission à l'hôpital (70,3 % vs 49,4 %, p < 0,001), de mortalité à 30 jours (12,3 % vs 2,6 %, p < 0,001), d'admission en USC (5,7 % vs 2,8 %, p < 0,001) et d'IRA (11,7 % vs 3,8 %, p < 0,001). Après exclusion de neuf patients présentant un coup de chaleur, 21 252 patients fébriles hospitalisés ont été inclus dans l'analyse finale, montrant qu’une température supérieure à 39,7 °C était progressivement associée à une mortalité accrue (Odds Ratio OR 1,64-2,22, intervalle de confiance à 95 % IC95 % 1,16-2,81, p < 0,005) par rapport à une température comprise entre 38,0 et 38,1 °C. Davantage d’épisodes d'IRA ont été observés chez les patients dont la température était supérieure à 39,5 °C (OR 1,48-2,91, IC95 % 1,11-3,66, p < 0,007). Une température comprise entre 39,2 et 39,5 °C a été associée à une mortalité plus faible (OR 0,62-0,71, IC95 % 0,51-0,87, p < 0,001). Dans une analyse de régression logistique multiple, la température supérieure à 39,9 °C était indépendamment associée à une augmentation de la mortalité et de l'IRA. Une température supérieure à 39,7 °C a été progressivement associée à un risque accru d'admission en USC.

Moins bon pronostic en cas de fièvre élevée

Une température supérieure à 39,5 °C aux Urgences est associée à 30 jours, à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues, de l'admission en USC et d’insuffisance rénale aigüe, par rapport aux patients présentant une fièvre de moindre intensité (38,0-38,1 °C). Ces patients doivent être repérés à leur arrivée aux Urgences et nécessitent probablement une évaluation et un traitement plus agressifs. Enfin, l'effet protecteur de la température entre 39,0 et 39,5 °C justifie des recherches supplémentaires.

Néanmoins, outre le fait de vouloir faire reposer un pronostic sur un seul signe, cette étude présente plusieurs limites : caractère monocentrique rétrospectif qui n’a porté que sur des patients hospitalisés après avoir été évalués aux Urgences et dont les résultats ne sont pas forcément généralisables à d'autres contextes ; absence de normalisation de la méthode de mesure de la température (voie orale ou rectale) ; absence de recueil d’autres signes vitaux (dont la fréquence respiratoire) ; absence d’ajustement en utilisant les scores de gravité ; absence de prise en compte des traitements antipyrétiques, anti-inflammatoires ou antibiotiques.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Erez Marcusohn et coll. : The association between the degree of fever as measured in the emergency department and clinical outcomes of hospitalized adult patients. Am J Emerg Med., 2022, 52 : 92-98, ISSN 0735-6757.

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