Fin de la faim, yes we can

Paris, le 28 mai 2015 – Beaucoup avaient considéré en 2000 que les objectifs du millénaire fixés par l’ONU relevaient pour la plupart de l’utopie. Le premier d’entre eux signait cette tendance : il voulait croire à la division par deux du nombre de personnes souffrant de la faim en 2015. Quelques mois avant cette échéance, le bilan révèle que ce but était atteignable. Un rapport publié par l’organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) indique en effet que 72 des 129 pays pauvres ou en voie de développement concernés sont parvenus à remplir l’objectif fixé, tandis que neuf autres l’ont quasiment atteint. A l’échelle mondiale, les chiffres sont tout aussi encourageants : on compte aujourd’hui 216 millions de personnes de moins souffrant de la faim par rapport à 1990-1992, alors que la population n’a cessé de croître (avec 1,9 milliard d’habitants supplémentaires). Au total, on considère aujourd’hui que 795 millions d’habitants de la planète restent sous alimentés, soit 12,9 % de la population mondiale (contre 23,3 % en 1990-1992). « La quasi réalisation des cibles de l’OMD (Objectif du Millénaire, ndrl) relatives à la faim nous montre que nous sommes tout à fait en mesure d’éliminer la faim de notre vivant. Nous devons être la génération Faim Zéro » a martelé le patron de la FAO, José Graziano da Silva.

La clé du succès : croissance économique et politique volontariste

Les efforts à accomplir devront cependant encore être importants pour atteindre la disparition de la faim mais les résultats sont encore contrastés. Certains pays et régions du monde connaissent des résultats saisissants. C’est le cas notamment en Asie de l’Est, marquée par les progrès de la Chine où le nombre de personnes sous alimentées est passé de 289 millions en 1990 à 134 millions aujourd’hui. « Les pays d’Asie de l’Est et du Sud -Est ont réduit de façon constante et rapide les deux indicateurs de sous-alimentation (proportion d’enfants en insuffisance pondérale et sous-alimentation, ndrl) soutenus par l’investissement dans les infrastructures en eau et l’hygiène, ainsi que par des perspectives économiques favorables » indique la FAO. De même, les amélioration sont saisissantes en Amérique et aux Caraïbes, dominés par les exploits brésiliens. Au Brésil, la proportion de la population touchée par la faim est ainsi passée de 15 à moins de 5 % (tandis que la population s’accroissait de 150 à plus de 200 millions d’habitants). « Une forte détermination à réduire la faim s’est traduite par des programmes de protection sociale, qui assortis de la croissance économique, ont impulsé les progrès à l’échelle du continent » relève la FAO. Des progrès sont également à noter en Afrique du Nord. Ces résultats sont évidemment à mettre sur le compte de la croissance économique de ces pays, mais la FAO insiste sur le fait qu’ils sont également le reflet d’une politique volontariste, souvent déterminante.

Quand les crises politiques et autres catastrophes font le lit de la malnutrition

Parallèlement à ces progrès très encourageants, la situation reste inquiétante dans plusieurs régions du monde et notamment en Afrique subsaharienne où la faim continue à faire souffrir près d’une personne sur quatre. Les avancées restent ainsi trop faibles en Centrafrique, Côte d’Ivoire, Liberia, Madagascar, Namibie, Ouganda, Tanzanie et Zambie. La situation tend même parfois à s’aggraver, le nombre de pays connaissant une crise alimentaire a en effet doublé par rapport à 1990 en Afrique subsaharienne. La FAO alerte également sur la situation particulière des pays en conflit, notamment dans le Moyen Orient où la prolongation des guerres a entraîné un véritable recul de la sécurité alimentaire. Elle "souhaite" qu’une trêve puisse être observée en Syrie pour pouvoir mener à bien les moissons. D’une manière générale, les "crises" sont un facteur de risque majeur de sous-alimentation. « Les taux de la faim dans les pays victimes de crises prolongées sont trois fois plus élevées qu’ailleurs. En 2012, cette situation concernait quelque 366 millions de personnes, dont 129 millions étaient sous alimentés, soit 19 % de toutes les victimes d’insécurité alimentaire de la planète » constate la FAO.

On notera enfin que les différents résultats présentés par la FAO doivent être pondérés en tenant compte d'au moins deux biais. D’abord, les chiffres utilisés renvoient à des moyennes sur l’année et ne traduisent pas les difficultés ponctuelles souvent constatées. En outre, les seuils énergétiques retenus pour considérer qu’une personne est correctement alimentée sont faibles et ne correspondent pas nécessairement au profil de personnes connaissant une importante activité physique.

Face à ce bilan, la FAO formule différentes recommandations. Elle plaide pour une meilleure productivité agricole, une croissance économique associée à une redistribution plus juste des richesses et enfin l’expansion de la protection sociale.

 

http://www.fao.org/3/a-i4646f/i4646f.pdf

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article