Football : quand les téléspectateurs prennent la coupe du monde trop à cœur

Paris, le lundi 9 juillet 2018 – Dans un court clip humoristique, Médecins sans frontières montre une équipe de médecins et d’infirmières réunie dans une salle de repos en train de regarder avec passion un match de football. Mais avant que l’action ne se termine une sirène retentit et chaque téléspectateur se lève rapidement pour rejoindre son poste. « Tout le monde ne peut pas voir la fin des matchs » décrit le message de fermeture avant d’appeler les donateurs à aider MSF à poursuivre son but sur les terrains où l’organisation intervient.

Risques multiples

Sans que le décalage soit aussi marqué, les équipes de secours françaises et belges seront probablement sur le qui-vive demain soir et pourraient être fréquemment interrompues. Lors d’un match de phase finale d’une compétition de football international, le danger n’est en effet pas seulement sur le terrain avec les entorses, ruptures du ligament croisé et autres traumatismes qui menacent les joueurs. Il n’est pas non plus uniquement dans la ville où se déroule le match. Dans les pays en lice, l’animation est également souvent importante pouvant donner lieu à son lot d’alcoolisations massives, bagarres et autres accidents de voie publique. Mais au-delà de ces événements attendus, les accidents coronariens pourraient connaître une augmentation significative chez les téléspectateurs passionnés.

L’angioplastie : un mauvais but !

En se basant sur les données de quinze services d’urgence de Bavière durant la Coupe du Monde de football qui s’est déroulée en Allemagne du 9 juin au 9 juillet 2006, des chercheurs allemands ont pu constater une progression significative des urgences coronariennes chez les Bavarois (les touristes ont été exclus) les jours où jouait l’équipe allemande comparativement à des périodes contrôle comparables (mais sans coupe du monde !). Le risque était multiplié par 2,66. Sans surprise, les hommes étaient davantage concernés (avec un risque multiplié par3,6 versus 1,82 chez les femmes), tandis que des antécédents coronariens faisaient également accroître le risque. Les enjeux du match avaient eux aussi une incidence sur le nombre d’accidents coronariens ainsi que des rapports historiques complexes avec l’adversaire. Le lien direct entre visionnage du match et événement coronarien ne peut cependant être totalement établi. Difficile en effet de ne pas envisager l’action néfaste des facteurs adjuvants fréquents pendant un match (alcool, tabac, alimentation déséquilibrée) pour expliquer la tendance observée. De même, l’augmentation de la consommation d’oxygène liée à une tachycardie émotionnelle peut avoir une influence négative sur les plaques d’athérome vulnérables.

Mobilisation dans les USIC françaises et belges

Quelle leçon peut-on tirer de ces travaux pour le match France-Belgique de demain ? Alors qu’un record de téléspectateurs est attendu (14 millions selon les prévisions), un recours plus fréquent aux urgences pour des accidents coronariens ne peut donc pas être exclu. Il n’est cependant pas totalement impossible que la coupe ne se jouant pas en France (contrairement à ce qui prévalait dans l’étude allemande), les enjeux soient considérés comme légèrement plus faibles. De même, la Belgique apparaît comme un adversaire amical (sauf peut-être sur le terrain footballistique) moins susceptible de réveiller des animosités ancestrales comme lors d'un match Allemagne-Pologne en 2006.

Mais la passion attisée par les jeunes et dynamiques équipes française et belge et la soif de victoire seront peut-être des catalyseurs de risque puissants !

Aurélie Haroche

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