France génomique : une désignation des plateformes entachée de polémiques ?

Paris, le jeudi 7 décembre 2017 – Alors que le retard de la France dans le développement de la médecine génomique a été déplorée fin 2015 par un rapport du professeur Yves Lévy, président de l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et la santé et de l’INSERM, un programme dédié doté de 670 millions d’euros a été lancé début 2016. Ce dernier s’est notamment donné pour objectif l’installation de douze plateformes de séquençage du génome à haut débit et de deux centres experts.

Dix groupements en lice

Confirmant sa volonté de prolonger l’élan insufflé par le précédent gouvernement, le premier Ministre, Edouard Philippe, a annoncé en juillet le nom des deux premières plateformes (Agnès Buzyn épouse d’Yves Lévy à la tête de l’INSERM se tient à l’écart de ce dossier). Il s’agit du projet SEQOiA, conduit par l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’Institut Curie, l’Institut Gustave Roussy et l’Institut IMAGINE, et du projet AURAGEN, conduit par les Hospices Civils de Lyon, le CHU de Grenoble, le CHU de Saint-Etienne, le CHU de Clermont-Ferrand, le Centre Léon Bérard, le Centre Jean Perrin et l’Institut de cancérologie de la Loire. La sélection a été opérée entre dix groupements candidats par un jury indépendant, présidé par Ivo Gut directeur en Espagne du Centre national d’analyse génomique (CNAG).

Un projet simpliste

Comment souvent, d’autant plus après un long travail de préparation et compte tenu des enjeux en présence, le choix final a fait grincer des dents.

Des doutes ont commencé à être émis sur la qualité des programmes retenus. Concernant notamment le projet parisien, selon le Canard Enchaîné du 6 décembre qui a eu accès au rapport final du jury, les dispositifs techniques présentés auraient été considérés comme « voués à l’échec ». Le texte signalerait encore une organisation trop simpliste pour la réalisation des 18 000 séquençages de génomes par an. Dès lors, comment Paris a-t-il finalement emporté la première place ? Grâce à la très haute qualité scientifique des équipes, signalent les membres du jury.

Tout était-il écrit d’avance ?

Cette bizarrerie a été signalée dans une lettre adressée par les directeurs des CHU de Dijon et de Besançon le 11 juillet au ministre de la Santé. Ces derniers ne veulent pas croire, écrivent-ils, que les « jeux étaient faits d’avance autour des équipes parisiennes et lyonnaises » pour satisfaire le ministre de l’Intérieur et la puissante AP-HP. Autres déçus, les directeurs des CHU de Toulouse, Montpellier et Nîmes se sont également adressés au ministre de la Santé pour rappeler qu’ils avaient obtenu la « meilleure note moyenne » ; ce qui n’a cependant pas suffi à leur permettre d’être désignés. Ces inquiétudes sont d’autant plus marquées que le président du jury, relate le Canard Enchaîné, est (selon son CV) est un des fondateurs de la société Integragen qui a signé un partenariat avec l’AP-HP.

Doutes et questionnements

Faut-il voir dans ces dénonciations la simple manifestation de spécialistes déçus de ne pas pouvoir participer à un projet d’innovation majeur, prometteur d’une reconnaissance nouvelle pour les équipes ? S’agit-il d’une nouvelle manifestation de la suspicion qui pèse depuis son arrivée au ministère de la Santé sur Agnès Buzyn, en raison de ses liens matrimoniaux avec Yves Lévy, même si le Premier ministre a choisi de la décharger des affaires liées à l’INSERM et notamment du dossier France génomique ? Ou faut-il y voir réellement des influences qui ont indument contribué à faire préférer une équipe au détriment de projets plus performants ? A voir.

Aurélie Haroche

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