Gonarthrose et AINS, à lire entre les interlignes…

L’arthrose se caractérise principalement par la combinaison d’une inflammation plus ou moins évolutive, d’une perte de cartilage et d’un remodelage osseux. L’atteinte du genou est l’une des plus fréquentes, puisqu’elle elle concerne au bas mot un adulte sur trois à partir de l’âge de 45 ans. Aucun médicament ne permet d’influer sur l’évolution de la maladie, de sorte que seuls des traitements pharmacologiques ou autres à visée purement symptomatique sont recommandés à la fois pour soulager la douleur et améliorer la fonction articulaire, avec un succès variable. Leurs effets à long terme sur la progression des lésions structurelles sont d’ailleurs  mal connus. C’est le cas notamment des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui, à tort ou à raison, sont souvent prescrits en première intention face à une poussée évolutive particulièrement douloureuse, notamment quand elle implique le genou. Selon certaines études menées in vitro et d’autres données pas toujours concordantes, les anti-inflammatoires quels qu’ils soient et pas seulement les AINS, pourraient favoriser la progression de l’arthrose, notamment quand ils sont administrés in situ en infiltrations ce qui est le cas des corticoïdes. Rien n’est cependant sûr et il en va de même pour le rôle potentiel de l’HTA ou du diabète dans la pathogénie ou l’aggravation des lésions articulaires.

Une étude d’observation

Une étude d’observation exploratoire basée sur les données longitudinales du projet OAI (Osteoarthritis Initiative) apporte des éléments de réponse à certaines des interrogations précédentes, tout au moins dans le cas de la gonarthrose. Parmi les critères de sélection, figuraient ce diagnostic, mais aussi des lésions ostéo-articulaires radiologiquement décelables qui à l’état basal  correspondaient à un grade de Kellgren-Lawrence ≥2. Des antécédents de traumatisme du genou ou d’intervention chirurgicale portant sur le genou constituaient l’un des principaux critères d’exclusion. L’exposition à divers médicaments au cours des 30 jours précédant l’inclusion a été prise en compte. La largeur de l’interligne fémorotibial interne a été mesurée tous les ans sur des clichés radiographiques à l’état basal et à long terme (jusqu’à 96 mois de suivi). L’association entre l’exposition aux médicaments et les variations de cet interligne articulaire a été étudiée au moyen d’une analyse multivariée par régression, les non exposés formant le groupe témoin.

L’ombre d’un doute

Au total, l’analyse des données a porté sur 2003 participants (âge moyen 63,3 ± 8,98 ans ; femmes : 55,7 %). Parmi les sept classes thérapeutiques figurant sur les prescriptions à l’état basal, les antalgiques étaient les plus utilisés 14,7 %, devant les antihistaminiques (10,4 %). Les médicaments les plus fréquemment consommés en cas de comorbidités étaient les suivants : statines (27,4 %), antihypertenseurs (15,0 %), antidépresseurs/anxiolytiques/psychotropes (14,0 %), anti-ostéoporotiques et apparentés (10,9 %), ainsi qu’antidiabétiques (6,9 %). L’exposition aux AINS a été associée à une diminution significative de la largeur de l’interligne fémorotibial interne (b = -0,042, intervalle de confiance à 95 % IC 95% -0,08, -0,0004) mais probablement sans conséquence cliniquement. Aucune autre association n’a été établie.

Cette étude suggère un effet des AINS sur l’évolution de la gonarthrose. A long terme, ils favoriseraient la détérioration de l’espace articulaire : une hypothèse plus qu’une certitude compte tenu de la méthodologie qui n’en fait pas moins planer comme l’ombre d’un début de doute. Cependant les auteurs reconnaissent eux-mêmes les limitations de leur étude : il est difficile de faire la part entre les effets d’un médicament et ceux de la maladie sous-jacente. Une tentative a été faite pour ajuster la sévérité de l’arthrose à l’état basal mais il reste impossible de faire des ajustements sur la rapidité de la progression de la gonarthrose. Or il est hautement probable que les patients dont l’arthrose évolue le plus vite sont aussi ceux qui ont le plus besoin d’analgésique de type AINS…

Dr Philippe Tellier

Référence
Perry TA et coll. : Association between current medication use and progression of radiographic knee osteoarthritis: data from the osteoarthritis initiative. Rheumatology (Oxford). 2021 ; 60(10): 4624–4632.doi: 10.1093/rheumatology/keab059.

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