Gonarthrose : la douleur n’empêche pas de marcher !

Les poussées évolutives de la gonarthrose sont entrainent douleur et inconfort. Le plus souvent, le patient tend à restreindre ses déplacements pour éviter les stimuli douloureux, dans le secret espoir de mettre un terme à cette phase évolutive et, de ce fait, le nombre de pas accomplis chaque jour tend à diminuer. Même en dehors de ces phases douloureuses, la crainte de majorer les symptômes, même quand ils restent légers ou modérés, n’inciterait guère le sujet à se dépenser physiquement. Cette prime à la sédentarité est-elle justifiée ? La question est d’autant plus légitime que l’immobilité ne peut qu’accentuer une surcharge pondérable préjudiciable à l’évolution à long terme de la maladie articulaire. Autre question : la douleur est-elle le principal facteur limitant l’activité physique en cas de gonarthrose ou d’autres barrières sont-elles potentiellement en cause ?

Une étude d’observation avec un suivi de trois ans

Cette dernière question est le point de départ d’une étude d’observation  longitudinale qui a recherché une relation entre la gonalgie et le niveau d’activité physique chez 59 patients (dont 48 femmes ; âge moyen = 61,1 ± 6,4 ans ; indice de masse corporelle moyen = 28,1 ± 5,6 kg/m2) atteints d’une gonarthrose dont les avec des  symptômes légers ou du modérés. Les données ont été collectées tous les trois mois pendant une longue période qui, dans certains cas, a atteint trois ans. L’activité physique a été mesurée au travers du nombre quotidien de pas déterminé au moyen d’un podomètre. A chaque estimation, une moyenne était calculée à partir des valeurs obtenues pendant au moins trois jours consécutifs. La douleur, pour sa part, a été évaluée à l’aide de deux questionnaires remplis par le participant : respectivement la sous-échelle « douleur » du KOOS (Knee injury and Osteoarthritis Outcome Score) et l’échelle dite P4-pain (P4 pain scale). Les associations entre gonalgie et niveau d’activité physique ont été étudiées au moyen de modèles à effets mixtes.

Motiver avec un podomètre

Les covariables suivantes se sont avérées prédictives de l’activité physique : âge  (β = -3,65; p<0,001), indice de masse corporelle  (β = -3,06 ; p < 0,001), saison (printemps/automne β = -6,91; p=0,002, hiver β = -14,92 ; p < 0,001.) En revanche, aucun des scores aux échelles utilisées n’a eu d’impact significatif sur le nombre de pas, qu’il s’agisse de la KOOS (β=0,04 ; p = 0,717) ou de la P4-pain (β = -0,37; p = 0,264).

La gonarthrose symptomatique n’aurait donc que peu d’effet sur le niveau d’activité physique, du moins quand elle est légère ou modérée comme dans cette étude. Les symptômes ne seraient donc pas le facteur limitant le nombre de pas quotidiens, contrairement à toute attente. Dans ces conditions, si l’on veut lutter contre la sédentarité, c’est vers les autres barrières ou freins qu’il faut se tourner, la douleur, pour peu qu’elle soit tolérable et contrôlable, n’étant pas la coupable principale… la motivation qui fluctue au gré des saisons et diminue avec l’âge est certainement l’élément sur laquelle il convient de jouer. Le podomètre peut être un bon outil pour encourager le patient à augmenter progressivement le nombre de pas accomplis chaque jour.

Dr Philippe Tellier

Référence
Brisson NM et coll. : Pain Is Not Associated with Steps per Day in Persons with Mild-to-Moderate, Symptomatic Knee Osteoarthritis - A Mixed Models Analysis of Multiple Measurements over 3 Years. Arthritis Care Res (Hoboken). 2019 : publication avancée en ligne le 6 mars.

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