Grand débat : des médecins sensibilisés et mobilisés sur le JIM

Paris, le samedi 6 avril 2019 – L’organisation par le gouvernement d’un Grand débat ayant pris pendant plusieurs semaines des formes diverses a suscité quelques réticences. D’ordre pratiques tout d’abord : comment réaliser l’analyse et la synthèse de l’ensemble des contributions et leur offrir une réponse pertinente et satisfaisante. Les questions étaient également politiques et philosophiques. Comment éviter l’instrumentalisation et la manipulation, comment empêcher que le Grand débat se limite à un exercice marketing de reconquête de l’opinion publique par le Président de la République ? Enfin, certains se sont interrogés sur la pertinence de vouloir recueillir sur tous les sujets l’opinion des citoyens. En effet, cette démarche n’est pas sans signaler une certaine défiance vis-à-vis des experts, défiance qui peut dans différents domaines se révéler dangereuse et contre-productive.

Légitimité de ceux qui connaissent le terrain

Cependant, en dépit de ces différentes réserves, le JIM a voulu participer au Grand débat en sollicitant l’opinion des médecins, mais, pour éviter certains des écueils de ce type de consultation, en limitant notre champ de réflexion à la santé et à l’organisation des soins à propos desquels nous considérons que l’expertise des professionnels de santé est pertinente. Cette sollicitation a rencontré un écho important auprès de nos lecteurs : plus d’une cinquantaine de contributions ont en effet été reçues, souvent détaillées.

Si les praticiens ont été sur le JIM nombreux à vouloir s’exprimer, c’est qu’ils paraissent partager une position qui a été en partie le point de départ du grand débat national : le sentiment d’un mépris pour les acteurs de terrain. Cette idée a ainsi été mise en avant par plusieurs de nos lecteurs. Le Docteur Bertrand Hashalter estime notamment que l’une des premières clés est « tout simplement [de] demander, enfin, à chaque médecin généraliste exerçant en libéral ses idées et ses moyens permettant de faire des économies "sur le terrain" et ne plus s'adresser aux "penseurs" de la sécu ou autre administration de réfléchir pour nous ». Beaucoup lui font écho et sur des thèmes divers. Il est ainsi nécessaire de « ne pas confier la santé publique aux seuls fonctionnaires mais y adjoindre les acteurs de terrain » écrit le docteur Yves Daniélou.

Un dialogue rompu

S’ils sont nombreux à être convaincus de la légitimité de ceux qui connaissent les patients, leurs besoins et les défauts de l’organisation des soins pour proposer des solutions concrètes, cette conviction se double d’un constat amer concernant l’état du dialogue avec les pouvoirs publics. « Comment peut-on encore faire des propositions pour améliorer les prises en charge sans aucune écoute ? (…) On piétine notre temps alors que les propositions sont faites par le terrain depuis bientôt 30 ans » écrit par exemple une infirmière.

Eloge de l’Allemagne…

Refusant cependant de céder au pessimisme de cet état des lieux, beaucoup formulent des propositions très concrètes. On observera que nombreuses sont inspirées de modèles étrangers, notamment de l’Allemagne. « Pourquoi pas des MEDIBUS comme en Allemagne, un cabinet médical itinérant. On peut faire aussi la même chose avec le scanner et l'IRM comme cela est réalisé aux USA » écrit par exemple le docteur J.P. Laroche, alors que cette idée des MEDIBUS est plébiscitée par plusieurs lecteurs. « En Allemagne les revenus des praticiens sont au moins de 50 % (voire plus élevés) que les nôtres. Et pourtant, pour les assurés, tout ce qui est fait et prescrit est payé en tiers payant trimestriel aussi bien aux praticiens qu'aux pharmaciens, sans aucun abattement ni aucune restriction » décrit de son côté avec admiration le docteur Jean Doremieux.

… et plus encore de la simplicité !

Outre l’évocation d’exemples étrangers qui rompent avec la présentation encore fréquente par les responsables publics d’une France qui serait dotée du meilleur système de santé possible, de nombreux messages sont animés par un souci de simplification. Alors qu’évoquant la complexification de la rémunération aujourd’hui, de nombreux professionnels témoignent des errances de la situation actuelle, certains redoutent que le pire soit à venir. « Une usine à gaz est devant nous » écrit par exemple le docteur Doremieux. Allant à l’inverse de cette tendance regrettable, les médecins prônent une simplification sur tous les fronts. « Les généralistes doivent se regrouper et soit avoir des honoraires plus élevés soit avoir un salaire conséquent. La médecine libérale généraliste ou spécialiste doit effectuer impérativement, avec un honoraire particulier, des tours de garde. L'hôpital doit avoir uniquement des médecins salariés avec disparition du secteur privé mais les salaires doivent donc être augmentés » énonce de manière limpide le Dr Jean-René Hannequin. De son côté le pharmacien Alain Cros préconise : « Un seul tarif conventionnel pour tous les médecins ce qui signifie également une remise à niveau de la tarification des consultations en médecine libérale ». Cette aspiration à la simplification est fortement liée à un plébiscite pour le paiement à l’acte et la limitation des forfaits et autres rémunérations sur objectif de santé publique (ROSP), une tendance qui a également été constatée par la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) à travers sa propre consultation. « Je pense que le paiement à l’acte doit être la norme. Il est nécessaire à la relation de confiance entre le médecin et le malade » écrit le Dr Philippe Peu du Vallon.

La fin des mutuelles souhaitée par beaucoup

Mais ce souci d’un schéma plus lisible ne se limite pas aux questions en lien avec la rémunération des médecins, il vise également les patients, qui doivent être remis au centre de l’organisation, insistent de nombreux lecteurs. Il concerne également la gestion des dépenses de santé. Sur ce point, plusieurs professionnels de santé plaident pour une disparition des mutuelles au profit d’un système simple qui verrait la Sécurité sociale gérer l’ensemble du dispositif. « Je revendique le droit de donner mes cotisations volontaires au régime général pour qui j’ai travaillé trente ans de ma vie. Je pense que de nombreux français ont la même idée » écrit par exemple le Docteur Charles Communal. De fait, cette position rejoint une vision assez largement défendue sur le site national de consultation publique où la disparition des mutuelles était fréquemment présentée comme une solution aux problèmes de régulation des dépenses. Si sur ce point, médecins et citoyens se rejoignent, sur d’autres thématiques, les écarts sont plus certains. Ainsi, tant le grand débat numérique que les réunions publiques ont pu mettre en évidence que les Français sont nombreux à être favorables à une coercition à l’installation. Sur le JIM, cette idée est très loin de faire recette, même si un pharmacien, V-J. Garret remarque : « Les jeunes médecins ne veulent plus s'installer en libéral, mettons en place leur installation obligatoire, au moins pour un temps limité (5, 10 ans ?), installation codifiée pour un maillage uniforme du territoire comme les pharmacies ! Leurs études sont financées en grande partie par les impôts, il est juste qu'ils aient une contrepartie à rendre ! Et sélectionnons des étudiants motivés par le métier, pas par le statut... ». Une idée loin d’être plébiscitée.

Médecines alternatives : des médecins moins accrocs que les Français

Autre sujet sur lequel professionnels de santé et Français s’éloignent : la place des médecines alternatives. Sur le site ouvert par le Président de la République, de nombreux messages défendaient l’homéopathie et d’autres pratiques non prouvées par la science. Les messages de ce type sont beaucoup moins nombreux sur le JIM, même si quelques contributions ont pu aller dans ce sens. « Inclure la naturopathie, la psychologie et tout moyen auquel le patient est susceptible de donner foi... soigner est un art, pas une technique...avec le "tout allopathique" on dégomme un bobo à coup de grenade, avec dégâts collatéraux » estime ainsi Mirelle Coulon, kinésithérapeute.

Sur la même ligne que leurs confrères

Si les divergences entre les professionnels de santé et les Français ne sont pas rares, on retrouve a contrario (ce qui n’est guère surprenant) beaucoup des thématiques privilégiées par les médecins ayant participé au grand débat de la CSMF ou par les infirmières ayant pris part à celui de la FNI dans les propositions de nos lecteurs. Qu’il s’agisse de la limitation de la rémunération au forfait (Dr Nicolas Chabert), de la diminution des tâches administratives, de la mise en place de dispositifs pour favoriser le cumul emploi/retraite, nos lecteurs qui sont également peu nombreux à vouloir croire en la solution du salariat, rejoignent les praticiens ayant répondu à la sollicitation de la CSMF. De la même manière, la reconnaissance du rôle des infirmiers est une revendication claire de nos lecteurs exerçant cette profession, qui a également été observée par la FNI. Si l’on note une convergence de nombreux thèmes, on relèvera cependant quelques contributions plus isolées mais néanmoins parfois partagées concernant la sécurité des médicaments (et l’insuffisance de nos systèmes de surveillance) et notamment des génériques.

Et maintenant ?

Ainsi, en dépit des limites d’un tel exercice, les professionnels de santé ont souhaité répondre avec pertinence et souvent sincérité à l’exercice du grand débat sur notre site et au-delà on le sait en répondant à la sollicitation de leurs syndicats, élus et autres médias. Reste à connaître désormais les réponses qui seront apportées par les pouvoirs publics à ces multiples contributions, dont il n’est pas impossible de tirer quelques lignes directrices (pour notre part nous n’avons reçu aucune réponse à notre envoi au ministère de la santé des contributions de nos lecteurs).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Fin des mutuelles, mais pour simplifier et ameliorer !

    Le 09 avril 2019

    Votre résumé et surtout votre titre un peu simpliste peuvent choquer, à juste titre. Si nous demandons qu'il soit tenu compte de la generalisation quasi obligatoire des Assurances Complémentaires , ce n'est pas pour les faire disparaitre, mais pour enteriner la demande de protection meilleure exprimée par la population, par son adhesion massive à ces organismes au travail desquels il faut rendre hommage. La Secu incomplète et qui recule à chaque plan d'économies, avec les complémentaires qui avancent aussitôt pour compenser, c'est fini. Les Français veulent le 100% pour tous, c'est evident.A moins cher,et en moins compliqué, si possible, et c'est le cas. Avec une adhesion possible pour tous à la CMU-C au tarif moyen actuel des complémentaires.

    Maignan, pharmacien

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