Grandir en maladie

Paris, le samedi 22 octobre 2016 – Le point commun c’est l’envie. Les destins seront différents. Il y aura la mort, il y aura l’envol, il y aura peut-être l’amour. Mais au centre, il y a l’envie. C’est elle qui empêche de sombrer dans le néant, dans le piège du désespoir. Pourtant si facile. Agathe était toute vibrante d’envie. Envie d’amitiés, de connaître le monde, de savoir les choses. Alors son enfance, son adolescence, sa jeune vie d’adulte ont des allures de normalité. Il y a l’école, les promenades en famille, le sable d’Oléron. C’est la plume de son père qui nous la dessine, joyeuse et légère, Agathe. Mais Agathe est morte, avant l’âge de vingt-trois ans, emportée par la mucoviscidose. Dans ce beau livre, cette lettre à l’aimée, Didier Pourquery ne fait pas le récit du deuil, un peu celui du sentiment de la culpabilité et de l’injustice, mais surtout le portrait de la belle Agathe. L’envie ne veut pas dire l’inconscience. La jeune fille sait qu’elle va mourir et s’y prépare. Mais elle vit, une vie pleine, exaltée et curieuse.

Ne crains rien

L’envie est celle de s’envoler. C’est la même jeunesse. Le même malgré tout, malgré le handicap, la maladie, qui s’installe comme un poison dans la croissance, dans le grandir. Le personnage de Timeo, un adolescent, refuse que son fauteuil roulant lui interdise de réaliser son rêve : devenir acrobate. La comédie musicale présentée depuis la rentrée au Casino de Paris n’échappe sans doute pas à quelques clichés et bons sentiments (habituels du genre), mais elle est cependant une démonstration de force de l’invisibilité de certains obstacles pour ceux qui font de leur désir le principal des moteurs. Porté par deux jeunes acteurs également handicapés (qui se relaient), le spectacle séduira les amateurs de sensations fortes.

Ne retiens rien

S’il n’y avait pas eu l’envie, elle serait peut-être morte. Ou serait restée clouée dans un fauteuil, le handicap en moins. Du plus loin qu’elle s’en souvienne, la narratrice a toujours été ainsi. Incapable de rien sans tout vérifier. Dix fois, cent fois. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à être paralysée. On a cru d’elle qu’elle était sourde, ou insomniaque, ou juste une enquiquineuse. Avant de découvrir qu’elle souffrait de troubles obsessionnels compulsifs. Dans La vie verticale, Lou Sarabadzic décrit avec précision mais sans pathos la maladie qui l’a accompagnée toute son adolescence , toute sa vie, jusqu’à ne plus faire qu’un avec elle. Mais pourtant, derrière les rituels, les répétitions, les souffrances, l’envie de sortir du labyrinthe demeure. Et prend bientôt vie sous la forme d’un jeune homme. L’espoir enfin de grandir. Ailleurs qu’en maladie.

Livres :

L’été d’Agathe, Didier Pourquery, Grasset, 198 pages, 17 euros

La vie verticale, Lou Sarabadzic, Publie.net, 23 euros

Spectacle :

Timéo, mis en scène par Alex Goude, comédie musicale, Comédie de Paris, 16 Rue de Clichy, 75009 Paris

Aurélie Haroche

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