Grossir à moindre coût : un plaisir de plus en plus menacé !

Paris, le lundi 29 septembre 2008 – Puisqu’il n’est plus aucune étude qui n’aborde pas la fameuse question du « pouvoir d’achat », la fédération Familles Rurales y était allée cet été de son petit commentaire. Se promenant sur les marchés de France, elle a constaté la forte augmentation des prix des fruits et des légumes qui ont enregistré une hausse de 14 % entre août 2007 et août 2008. Un tel luxe se révèle de plus en plus inabordable pour les familles françaises dont les revenus ne dépassent pas le SMIC, incapables d’entendre les bonnes recommandations sanitaires quotidiennement répétées. Un mois plus tard, ce fut au tour du Secours populaire de pointer du doigt la difficulté des Français les plus modestes à remplir leurs paniers de cinq fruits et légumes par jour. Selon une enquête IPSOS commandée par l’organisation et publiée la semaine dernière : près d’un de nos compatriotes sur trois « n’a pas les moyens de s’offrir une alimentation saine et équilibrée, cette proportion monte à 39 % chez les employés et à 42 % chez les ouvriers » note l’institut de sondage. Ce sont évidement les personnes dont les revenus sont les plus faibles qui connaissent les plus grandes difficultés : l’impossible accès à une alimentation équilibrée est signalée par 46 % des foyers gagnant moins de 1 200 euros nets par mois et par seulement 12 % des foyers où les revenus oscillent autour de 3 000 euros nets par mois. La cherté des produits les plus sains oriente de nombreux Français vers des aliments diététiquement peu recommandables : la pauvreté est en effet l’un des facteurs favorisant l’obésité. 

Quelle efficacité ?

C’est pratiquement au lendemain de la publication de cette enquête que resurgit l’idée d’instaurer pour lutter contre l’obésité une taxe sur les aliments gras et sucrés. La proposition qui n’est pas neuve et qui suscite des polémiques systématiques est portée par le rapport de la Mission parlementaire d’information sur la prévention de l’obésité qui doit être rendu officiellement demain. Parmi les 80 propositions qui composent le rapport, figure celle de faire progressivement passer la TVA sur les aliments gras de 5,5 % à 19,6 %. Pour autant, la présidente de la mission parlementaire, le député UMP Valérie Boyer reconnaît que cette transition n’est pas facile. « Il ne s’agit pas de sortir un gadget, mais de réfléchir vraiment sur la structure de la taxation et de la détaxation » a-t-elle ainsi commenté, avant de lancer plus abruptement : « Est-ce qu’il est normal qu’un kilo de pommes soit taxé comme une pâte à tartiner ? ». Le raisonnement du député des Bouches du Rhône ne devrait cependant pas réussir à séduire ni ses collègues, ni les membres du gouvernement. Ces derniers redoutent qu’en pleine crise économique, seule l’augmentation des taxes soit perçue par les Français et non le possible bénéfice pour leur santé. Déjà l’efficacité d’un tel dispositif a été mis en doute par le ministre des Solidarités, Xavier Bertrand, invité du rendez-vous politique d’Europe 1 hier : « L’idée d’une nouvelle taxe, je n’y suis pas favorable, parce que vous savez ce qui se passerait ? Ca augmenterait les prix, et je ne suis pas sûr que ça change les comportements ». L’ancien ministre de la Santé voit sa position confortée sur ce point par certains nutritionnistes, tel le professeur Patrick Tounian, de l’hôpital Trousseau à Paris, qui interrogé par le Parisien affirme : « Les barres chocolatées ne sont pas à l’origine de l’obésité chez l’enfant. C’est une prédisposition. Diaboliser ainsi des aliments ne réglera par les problèmes de surpoids ». Pour en avoir le cœur net, les résultats dans quelques temps des expériences étrangères pourraient être instructifs : le Canada et dix huit états américains ont instauré une « tax fat ».

Quid de la publicité ?

Parmi les autres mesures qui devraient être proposées par la mission parlementaire figure l’instauration de l’obésité en tant que « grande cause nationale », la promotion de l’allaitement maternel, des mesures incitatives pour doper la consommation de fruits et légumes, la création d’un métier de conseillers nutritionnel et l’examen par la HALDE des différentes discriminations liées à l’obésité. On indique par ailleurs que des mesures concernant les « médias » pourraient être prônées, mais on ignore si la mission permettra de faire enfin bouger le débat sur l’interdiction de la publicité pour les aliments gras pendant les programmes pour enfant, qui semble encore au point mort. Enfin, soulignons que parmi les autres informations révélées par le sondage IPSOS, a été mis en évidence le fait que « deux Français sur cinq ont déjà retardé ou renoncé à des soins à cause de leur coût ».

A.H.

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