H1N1 : la pandémie passe et les mauvaises habitudes reviennent

Août 2009. L’hiver bat son plein, et la pandémie aussi. Les messages se succèdent à la télévision et sont repris dans tous les medias, soutenus par les recommandations de l’OMS pour qui le lavage des mains devrait être pratiqué en routine, fortement encouragé par des messages adéquats […] et facilité par l’installation de nombreux points d’eau. Les hôpitaux, de leur côté, organisent un peu partout des séances de démonstration ouvertes à tous où on apprend à utiliser largement et correctement des solutions hydro alcooliques largement distribuées. Avec quels résultats ? Ce Grand Public dont on espère tout et dont on croit encore qu’il se précipitera sur les millions de doses de vaccins qu’on lui proposera bientôt va-t-il suivre ? Pour le savoir, les néo Zélandais de l’université d’Otago, Wellington, ont réalisé une intéressante (et amusante) étude de surveillance des comportements : après avoir installé un point de lavage des mains et l’avoir largement signalé grâce à une bannière "Please CLEANSE your hands when entering and leaving" à l’entrée principale de leur hôpital, ils se sont cachés dans un coin pour épier les comportements de leurs concitoyens, entrants et sortants. Et qu’ont-ils pu noter ? Que sur 2 941 individus, 449 (soit 18 %) avaient utilisé le système ; essentiellement ceux qui arrivaient, et significativement plus souvent les adultes que les enfants et teenagers, sans différence de sexe
ni d’horaire. Des résultats que les auteurs qualifient de « sub optimaux » et auxquels ils proposent quelques explications plus ou moins convaincantes…

Décembre 2009. C’est le plein été, en Nouvelle Zélande, et l’épidémie est maintenant derrière. L’attention s’est détournée de la grippe, qui n’est plus au centre des préoccupations ou des discussions. Cependant « le point lavage » est toujours là, et l’affiche aussi. Les auteurs de l’étude hivernale s’interrogent : avec un peu de retard, ils se sont aperçu qu’une des limites de leur travail était qu’ils n’avaient pas d’idée de la façon dont les gens auraient réagi à l’incitation avant la pandémie. Pas de ligne de base, en quelque sorte… Ce qui serait utile, dans ces conditions, c’est de disposer de quelques données post pandémiques ; au moins voir s’il reste quelque chose de ces nombreux mois de messages de santé publique ininterrompus. Les gens ont-ils enfin compris et modifié durablement leurs attitudes ? Répétition de l’enquête, donc, dans des conditions globalement similaires. D’où il est apparu que les lavabos n’étaient plus utilisés que par 8,2 % d’individus c’est à dire très significativement moins qu’au début ; et que cette fois les enfants et les teenagers étaient beaucoup plus compliants, les femmes y avaient recours davantage que les hommes et plus souvent le matin. Des différences difficiles à interpréter, et qui encouragent l’équipe à renouveler encore l’opération.

Toute déception mise à part, il semble clair que dès qu’une campagne de sensibilisation s’interrompt, les mauvaises habitudes reprennent. Les autorités de Santé publique devraient en tenir compte, elles pour qui une deuxième vague paraît toujours possible, sinon vraisemblable. S’il faut profiter de ce qui n’est peut-être qu’une période d’accalmie pour se faire vacciner, ne faudrait-il pas, aussi, continuer à se laver les mains pour en minimiser l’impact futur ?

Dr Jack Breuil

Référence
Manning S et coll. Update: follow up study showing post-pandemic decline in hand sinitiser use, New Zealand, December 2009. Eurosurveillance 2010; 15: Article Id=19466

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