H1N1 : un portage parfois plus long

Trouve t-on du virus H1N1 ailleurs qu’au niveau du tractus respiratoire, et si c’est le cas avec quelle charge virale (CV) ? Voilà une question à laquelle, sans doute, peu nombreux seront ceux qui pourront répondre, fussent-ils spécialistes de la grippe. La réponse est positive, comme le montrent les résultats d’une étude proposée le mois dernier dans le Journal of Medical Virology, concernant des profils de CV de l’épidémie actuelle, un travail chinois que les auteurs s’empressent de présenter comme très novateur. Leur but était, en l’occurrence, de déterminer les CV sur différents sites corporels par la technique maintenant habituelle de RT PCR, et de répéter l’examen plusieurs jours de suite pour les prélèvements respiratoires. En incluant 22 cas de grippe H1N1 et 44 de saisonnière, ils ont pu établir que les CV à l’inclusion étaient de 1,84 108 copies/mL pour les premiers et de 3,28 108 copies pour les seconds (p= 0.085), et que le pic survenait le jour même de l’apparition des symptômes cliniques pour décliner ensuite régulièrement, le virus devenant indétectable à J8 en RT PCR alors qu’il n’était déjà plus cultivable à J5 (sauf pour un patient). Plus fort : le virus était détectable dans les urines de  1/14  patients et dans les fèces de 4/9, la culture s’avérant même possible dans ce dernier cas pour le malade présentant la plus forte CV respiratoire ! Les sujets les plus jeunes, enfin, semblaient porteurs (au niveau respiratoire) plus longtemps, avec des CV plus élevées dans les fèces.            .

On ne sait décidément pas tout du virus H1N1, et même des données apparemment aussi simples que la durée de portage peuvent réserver des surprises.

Une autre communication, constituée de deux case-reports rapportés par les virologues de l’Université Pellegrin de Bordeaux, illustre ce mois-ci ce même phénomène. Il s’agit, pour le coup, de l’observation de deux cas de portages prolongés sur 14 et 28 jours de patients traités par inhibiteur de la neuraminidase ; un évènement certes déjà décrit chez des immunodéprimés, mais ce n’était pas le cas ici, et qui en outre s’est produit sans apparition de la mutation H275Y associée à la résistance à l’oseltamivir. Les auteurs, qui regrettent de n’avoir pu réaliser que des RT PCR sans culture, soulignent dans leur texte qu’il s’agissait de deux formes assez graves de grippe, sans évidemment pouvoir établir un véritable lien de causalité…

Comme l’écrivent les auteurs chinois, il faudra bien tenir compte de tout ce qu’on sait du portage pour élaborer les meilleures stratégies de prévention contre la grippe à H1N1. Ce que prouvent ces deux articles, c’est que ce ne sera pas si facile : portage à durée variable, possibilité d’atteintes multi sites, le nouveau variant épidémique est décidément un adversaire bien retors.

Dr Jack Breuil

Références
Kk T et coll. : Viral load in patients infected with pandemic H1N1 2009 influenza A virus.
J Med Virol. 2009; 82 : 1-7.
Fleury H et coll. : Prolonged shedding of influenza A (H1N1)v virus: two reports from France 2009. Euro Surveill. 2009; 14(49):pii=19434.

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