HBP : l’embolisation de l’artère prostatique, une technique prometteuse qui fait ses preuves au quotidien

L’embolisation des artères prostatiques représente une nouvelle approche de la prise en charge de l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) car elle permet une réduction par ischémie du volume prostatique. Cette technique a connu une belle progression, notamment parce que les complications sont réduites par rapport aux techniques classiques (par exemple le risque d’éjaculation rétrograde notamment). Réalisée sous anesthésie locale, elle permet aussi au patient de quitter rapidement l’hôpital et de ne pas devoir décaler ou arrêter la prise d’anticoagulants. Certains patients peuvent cependant présenter des douleurs et une difficulté temporaire à uriner que les antidouleurs et les alpha bloquants permettent de juguler sans problème. Cette technique est donc intéressante à la fois pour les patients jeunes sexuellement actifs, et les patients très âgés, ou avec comorbidités, pour lesquels la chirurgie classique est contre-indiquée.

La limite de l’embolisation reste l’état des artères fémorales qui doit être suffisamment « correct » pour y introduire un cathéter.

L’étude italienne suivie de l’étude espagnole

Une étude prospective monocentrique italienne a étudié cette technique sur un échantillon de 278 patients qui présentaient des risques chirurgicaux locaux ou généraux, ou qui portaient un cathéter urinaire à demeure (n =118), ou qui étaient réfractaires aux traitements, ou qui étaient sexuellement actifs et souhaitaient éviter le risque d’éjaculation antérograde, ou encore qui avaient des saignements récurrents. L’embolisation a été réalisée avec des microcathéters hydrophiles et des particules de polyvinyl alcoolique.

Il en ressort que la durée d’intervention médiane était de 140,58 minutes sans complications intra- ou péri-opératoire (tous les patients ayant pu quitter l’hôpital le jour de la procédure.
Par ailleurs, 79,8 % des patients se sont plaints d’une brûlure urétrale au cours des 48 heures qui ont suivi la procédure et 0,7 % ont mentionné un inconfort rectal. Parmi les patients non-porteurs d’un cathéter, 1,4 % ont rapporté une hémospermie, spontanément résolutive en deux mois environ) et 29,5 % des urgences urinaires durant 10 jours en moyenne. Aucune dysfonction érectile n’a été mentionnée.

Quant aux patients porteurs d’un cathéter, celui-ci a pu être retiré dans 76,1 % des cas après 15 jours tandis que 4,3 % ont eu une infection urinaire dans le mois qui a suivi le retrait du cathéter. Tous les patients ont vu une amélioration de leur score d’incontinence (-7,5 points à l’IPSS) et du score de qualité de vie (3,1 points) ainsi que du flux urinaire maximal (Qmax) (5,3 ml/s) et du résidu postmictionnel (-66,9 ml).

Cette procédure qui doit être réalisée par des radiologues expérimentés demande cependant l’implication de l’urologue pour la sélection des patients. Très sûre, elle devrait encore être comparée à la prostatectomie transurétrale en termes d’efficacité à long terme pour en faire le traitement de première intention, ont conclu les auteurs (1).

Et, c’est précisément ce qu’a réalisé une équipe espagnole dans une étude prospective, randomisée, de non-infériorité sur 60 patients avec HBP. Ces derniers avaient des symptômes modérés à sévères du bas appareil urinaire (LUTS) réfractaires à un traitement médical depuis 6 mois au moins, avec un Qmax <10ml/sec. et ils étaient candidats à une résection transurétrale de la prostate. Les résultats ont été à la hauteur des espérances, avec une amélioration significative du score IPSS (p = 0,020), de la qualité de vie (p = 0,002), du volume prostatique (44,7 contre -20,5)(p < 0,001) et du PSA (p = 0,013), et avec moins d’effets secondaires (12 contre 32). Ces résultats encourageants devraient inciter à la réalisation d’études de plus grande envergure (2). A suivre…

Dr Chloe Vaneeren

Références
Secco S et coll. : Is prostate artery embolization (PAE) the future for the treatment of lower urinary tract symptoms secondary to benign prostatic hypertrophy ?
Giral-Villalta P et coll. : Prostatic artery embolization versus transurethral resection of the prostate in the treatment of benign prostatic hyperplasia: 12 month results of a clinical trial.
European Association of Urology (EAU) congress 2019 (Barcelone) : 15-19 mars 2019.

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