Hémiasomatognosie du Système de Santé

Aux yeux de très nombreux professionnels la crise du Covid-19 se comporte comme un révélateur. Révélateur des dysfonctionnements de notre système de santé qu'il soit hospitalier ou libéral et du gap qui se creuse entre l'hôpital et la ville. Il suffit pour s'en convaincre d'échanger avec un confrère ou de parcourir les réactions qui fleurissent sur les sites médicaux et tout particulièrement sur le JIM.

L'"affaire" des masques chirurgicaux ou FFP2 à propos desquels la communication des autorités sanitaires a été plus que chaotique et dont l'approvisionnement des professionnels libéraux est encore homéopathique a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Sur cette crise de confiance majeure des libéraux due selon lui à une hémiasomatognosie, le Dr Gilles Bouquerel nous livre son point de vue désabusé. Sans oublier de rappeler que malgré tout, malgré les risques aggravés par la pénurie (relative) des moyens de protection en ville, les libéraux (comme les hospitaliers) feront bien sûr leur devoir.  

Par le Dr Gilles Bouquerel

L'épidémie à venir, déjà à nos portes, souligne l'incohérence de la réaction du système de santé à une menace dépistée voici en effet six semaines au moins.

Comme à son habitude, les autorités et les sommités, toutes parties du pôle étatique-hospitalier, n'ont pensé qu'à ce qu'il considèrent comme le "vrai" service public de santé, l’hôpital et ses dépendances, oubliant, ou plutôt n'ayant aucune conscience des nécessités qui viennent avec leur bottes de sept lieues. Que devra-t-on faire avec 1000, 10000, 100000, 1000000 personnes atteintes de covidite 19, dont on nous annonce certes 80 % de formes plutôt bénignes. Ce n'est pas du tout le système hospitalo-étatique qui pourra s'en occuper, trop pris par la gestion des 20 % de formes sévères, et totalement submergé.

Alors, qui va s'y coller pour aller voir pépé et mémé (j'ai 70 années au compteur) quand ils se sentiront pas bien ou même un peu plus mal ? Le système ambulatoire de premier recours a été ravagé par l'attentive politique de santé sur 4 décennies, est-ce sur lui qu'on compte pour aller au front de première intention, pour aller prescrire (MDR) les masques chirurgicaux sensés contenir la contagiosité, et du reste, qui ira les chercher à la pharmacie, les envirés eux même sans doute ?

Les généralistes qui ne sont pas assez bien pour avoir des bons masques FFP2 qui (puisqu'ils ne servent à rien !) vont équiper les "bons" soignants", ceux de la maison de l’État, les seuls qui comptent.

Ce qui va advenir va servir d'analyseur de la terrible faille du système des soins français, l'hémiasomatognosie de son corps vivant, puisqu'une seule de ses parties est connue, reconnue, ressentie, bien qu'on l'ait traitée cette partie, l’Hôpital, avec le mépris assuré des sachants de l’État, nos hauteurs inamovibles et omniscientes qui font le seul bien possible, puisque TINA , There Is No Alternative, comme le disait si bien Mme Thatcher.

Pourquoi évoquer ce point qui peut paraître secondaire ? Selon moi, cette cécité psychique gauchit entièrement le système de soins qui ne peut être dès lors pensé comme un tout, mais comme un raboutage de segments, alors qu'une épreuve, celle du Covid 19, ou celle des stress tests maintenant si habituels qui le parcourent convulsivement, le fait dysfonctionner.

Plus généralement la construction du système est bancale quand sa partie la plus cruciale, la consultation et la première réponse ambulatoire ne peut pas être pensée sur le même plan je dirais plus moral que matériel, que le monde de l'hôpital, simplement parce que ce dernier est d'essence étatique, ce qui le place ipso jure dans le cercle de confiance de l'État, quand l'ambulatoire est d'essence impure (aka le privé, le libéral) et en sera de ce seul fait toujours exclu. Il y aurait aussi tant à dire sur cet hémicorps ignoré qui finit bien entendu par s'accommoder à cet état de fait, dans un retrait boudeur, une passivité blessée ou simplement l'exploitation des failles rentables du système.

Mais, plus grave, cette fissure conceptuelle a tant gagné les routines des esprits que cette hemiasomatognosie n'est ni perçue, ni même recherchée, car " c'est comme ça en France" où les places et les rôles sont bien plus conçu comme émanant d'une appartenance à une sorte d'ordre étatique, que provenant d'un mérite ou d'une utilité. Et on a fini par s’y habituer en intégrant au passage l’autocensure de toute pensée systémique citoyenne qui n’émanerait donc pas des cercles étatiques.

TINA ? La seule alternative n'est rien moins, en ce qui concerne le seul système de santé, que de penser l'existence d'une instance régulatrice unique faisant abstraction des appartenances des différents segments nécessaires le composant, une couche d’abstraction assurant à leur gestion une neutralité idéologique vis à vis du biais étatique.

En attendant, alors que les Hauteurs rêvent toujours à leur tout hôpital, on est si bien entre soi, ce sont bien les inconnus du système qui iront se coltiner la misère du monde, sans casque, sans masque, sans reconnaissance, sans gel, sans médicament, avec le 15 injoignable en cas de pépin.

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Vos réactions (21)

  • Ville vs hôpital

    Le 12 mars 2020

    Certains points relevés dans cet article sont peut-être vrais, mais l'événement pour l'illustrer est mal choisi : cette épidémie, là où on a déjà du recul, est un non événement pour la médecine de ville, alors qu'elle est une catastrophe hospitalière.

    En effet en ville ce sera ni plus ni moins qu'une épidémie de grippe de plus. À l'exception de certains malades de ville qui deviendront oxygeno requerents, et qui vont rapidement s'accumuler à l'hôpital, au risque de dépasser ses capacités d'accueil. Au point d'avoir, en 2020 en France, à choisir qui on soigne et qui on laisse mourir, faute de matériel.

    C'est là le seul vrai problème à venir. Espérons seulement que nous allons l'éviter ou du moins l'attenuer.
    Le reste n'est que littérature.

    PS : je suis Urgentiste hospitalier en chu, et je n'ai pas accès au ffp2 (et ça m'est égal).

  • Un cas concret

    Le 12 mars 2020

    L'épidémie va se développer comme en Italie parce qu'on n'est pas bon.
    Jai une patiente en EHPAD qui a été prélevée hier en milieu de matinée et ce soir 18h toujours pas de résultat !
    Deux équipes de soignants dans la nature sans masques, autant d'éventuelles propagations ...
    Quelle tristesse !

    Dr Dominique Adelving

  • Les ARS ont tout fait pour évincer les établissements privés

    Le 12 mars 2020

    Que dire de plus, sinon que nos instances dirigeantes seront bien contentes de pouvoir réquisitionner les respirateurs et les lits de nos établissements privés quand le public sera saturé...ce qui ne devrait pas tarder au train où vont les choses. Encore merci aux gens de l’ARS qui ont tout fait pour évincer les établissements privés des autorisations d’ouverture de services de porte…

    Installé comme ORL en 1985, retraité en 2017, j’ai assisté pendant 30 ans au démantèlement de l’exercice libéral... toujours plus de charges et de contraintes avec des actes techniques de plus en plus dévalorisés…

    Dr Alain Champemond

  • Retraités réquisitionnés et caisses de retraite

    Le 12 mars 2020

    Et si vous êtes retraité réquisitionné, sans dédommagement, sans RCP, sans complémentaire, sans capital dc, malgré le risque majoré du à l'âge: ils veulent vraiment réduire le montant des retraites servies.

    Dr Serge Legrand

  • Mieux qu'en Italie

    Le 12 mars 2020

    Je suis bien d'accord pour dire que tout ne va pas bien en France, mais regardons déjà ce qui va bien! Notre système va tout de même mieux que celui de l'Italie, et sans doute aussi que celui d'autres pays d'Europe. Les hôpitaux sont en première ligne, et ils devront gérer une masse de personnes très âgées polypathologiques, avec souvent un Alzheimer en sus. Je leur souhaite bon courage. Les médecins de ville doivent trouver leur place, et je ne vous vois pas en force de proposition, cher confère, plutôty en "Y a qu'à faut qu'on".

    Que dire des 30% d'Américains qui n'ont pas ou que très peu d'accès aux soins?
    Que dire des Malgaches des campagnes que je vais aller soigner bientôt et qui n'ont rien, mais alors rien du tout, et pour lesquels un sachet de Smecta est déjà un luxe? Et ceux d'autres pays africains qui aimeraient bien avoir ne serait-ce qu'un dixième de nos avantages?

    Quel est votre intérêt à hurler aux loups maintenant alors que la grande masse des médecins est restée très "sobre" jusqu'à présent ?
    Que dit l'Ordre des Médecins de tout ça ? Des liens vers des sites gouvernementaux… C'est bien peu…

    Dr Anna Mazuy

  • Covidite, bien plus qu'une virose

    Le 12 mars 2020

    Bien trouvé la covidite, je l'utiliserai.
    Cependant l'histoire virale, la plus évidente, en cours est en train de signer l'échec de tout notre système culturel mondialisé.
    Pour arriver à une telle cata, nous avons dû louper une marche dans notre connaissance de la réalité.

    Et comme plus rien ne sera comme avant, du temps où nous pensions tout savoir et dominer, nous voici obligé de trouver en nous ce qui nous manque. Sinon ? la planète est condamnée.
    Scénario cependant improbable pour qui a lu et compris La physique de la conscience du physicien du CNRS Philippe Guillemant.

    Dr François-Marie Michaut

  • Aigris et insatisfaits

    Le 12 mars 2020

    (…) A lire régulièrement les commentaires je prends conscience que le monde médical déverse ses rancoeurs dans les réactions du JIM: que de râleurs et de complexes et surtout tous les gouvernements sont nuls! Vraiment la majorité des commentaires font penser que vous êtes aigris et insatisfaits par votre "beau" metier.

    Dr Jean-Pierre Lamagnere

  • Le seul médecin traitant cette hémiasomatognosie, c'est l'hospitalier !

    Le 12 mars 2020

    Le syndrome d'hémiasomatognosie que vous évoquez est en réalité chronique, et ceci bien que nous ayons les mêmes employeurs (je suis hospitalier)...ne l'oubliez pas. J'ai décelé depuis longtemps les symptômes conduisant au même diagnostic que vous :

    1. fermeture des cabinets médicaux de MG vers 19 heres ...au mieux (j'habite un village de 4800 habitants et 6 médecins) : le répondeur après fermeture du commerce dit appeler le 15 (cet horrible numéro étatique).

    2. plus de garde de nuit : quel est le seul endroit éclairé la nuit quand papy ou mamy fait la bronchopneumopathie (et le samedi et le dimanche et les jours fériés).

    3. secteur 2 ? Comment peut on être reçu par un MG parisien au tarif normal ?

    4. qui sont les vertueux qui ne reçoivent pas les bénéficiaires de la CMU (ou au choix les viets, les arabes...les blacks...) avec la bénédiction du Conseil de l'ordre, garant de la morale et de la probité (c'est écrit, cela ne s'invente pas) ?

    Réponse : le seul médecin traitant cette hémiasomatognosie, c'est l'hospitalier (pardon l'étatique) et l'hémiballisme qui vous atteint n'y change rien.

    Dr Eric Viel

  • Un hospitalier agacé @Dr Gilles Bouquerel

    Le 12 mars 2020

    "Les généralistes qui ne sont pas assez bien pour avoir des bons masques FFP2 qui (puisqu'ils ne servent à rien !) vont équiper les "bons" soignants", ceux de la maison de l’État, les seuls qui comptent."
    Les bons soignants (ceux qui prennent en charge, de jour, de nuit, les weekends et les jours fériés, avec ou sans carte vitale...) les patients qui sont tombés sur un répondeur qui leur demande de faire le 15), vous remercient mais ils utilisent également des masques chirurgicaux dont l'efficacité a été prouvée comparable à celle des masques FFP2 s'agissant du risque de contamination par gouttelettes. (Par contre pour le risque contamination "air" c'est dire par particules, comme dans de cas de la tuberculose, le masque FFP2 reste indiqué).

    J Sartre

  • A quoi cela sert-il ?

    Le 12 mars 2020

    A quoi servent ces longues litanies?
    Presque 25 ans d'exercice libéral en campagne, plus de 10 ans d'exercice hospitalier: les joies et les misères, les mérites et les lacunes sont les mêmes.
    Pas plus de masque FFP2 à l'hôpital qu'en ville (et pas d'intérêt en routine pour les "précautions gouttelettes" si nous n'effectuons pas de manœuvre à risque comme la kiné respiratoire: donc pas besoin d'un usage généralisé).

    Ecrivons simplement, ne nous regardons pas écrire et ne nous écoutons pas parler.
    Si cette épidémie prend de l'ampleur, elle sera difficile en ville comme à l'hôpital, à l'hôpital comme en ville, pour des raisons différentes.
    Je ne dirai pas "tenons nous la main", d'abord parce que cela paraitrait un peu mièvre, ensuite car il ne faut plus le faire, mais le cœur y est.

    Dr Emmanuel Bochet

  • Un manque de considération évident

    Le 12 mars 2020

    Je suis jeune médecin généraliste, dans un gros cabinet à forte influence.

    A titre personnel, j'ai été particulièrement marqué, désolé, par le manque de transparence, et le manque d'information qu'on nous a délivré depuis un mois.

    Tout a très vite été shunté par le 15 qui fait ce qu'il peut, et me semble t-il par les ARS en mode Kommandantur, très sérieuses comme à leur habitude, mais aux horaires de fonctionnaires, absolument pas prêtes et naviguant à vue, et ne faisant que très peu d'effort d'informations ou souvent datées de deux à trois jours, on à quand même senti le surmenage.

    En ville nous sommes des gens intelligents aussi, on peut comprendre, on peut s'adapter, on peut faire des sacrifices s'il faut.

    Nous n'avons pas de FFP2, okay de toutes façons il n'y en a pas (perso j'ai fait mon stock bien avant que cela arrive en Europe, la situation actuelle semblait évidente, et puis après je ferais sans, à la guerre comme à la guerre).

    Il aurait fallut prendre des décisions bien plus restrictives dès le debut, mais décisions politiques coercitives, qui ne correspondent pas à notre culture française, et qui n'aurait pas été comprises par nos bien aimés.

    Dr Gregory Cuffel

  • Complémentaires

    Le 12 mars 2020

    Pourquoi toujours ce complexe d'infériorité -supériorité entre médecins de ville et médecins hospitaliers? Tous les deux sont aussi importants et complémentaires.

    Dr Marc Besson-Leaud

  • Cher collègue urgentiste hospitalier

    Le 13 mars 2020

    Cher collègue urgentiste hospitalier,
    Vous avez lu l'article de notre collègue, fort bien écrit et qui vous ennuie.
    Il faut qu'il vous ennuie bien fort pour que vous osiez qualifier l'épidémie et ses conséquences pour "la médecine de ville" de "non-évènement".
    Même pas honte. Vous illustrez à merveille ce que dit notre collègue : l'arrogance hospitalière, la certitude d'avoir raison, et d'être le seul au front.
    Pour avoir été hospitalo-universitaire pendant 36 ans et libéral encore plus longtemps (44 ans), je comprends vos propos à tous les deux et je vous dis : vous avez tort.

    Je vous conseille de poursuivre votre carrière en administratif ou en chef de cabinet. Vous avez le cynisme qu'il faut pour cela.
    Pendant ce temps-là, les autres feront le travail pour vous et vous ferez des tableaux Excel en distribuant les bons et les mauvais points. Un métier d'avenir, à ce qu'il parait.

    Dr Jean-François Michel

  • Si cette épidémie permettait de revoir notre système de financement

    Le 13 mars 2020

    Quelle tristesse de lire encore cette querelle entre hospitalier et libéral ! Ayant pratiqué les deux modes d'exercice et ayant assumé des gardes de nuit, de week end dans les deux systèmes je regrette de lire encore ces oppositions tellement basses. Les médecins "de ville" sont et seront encore en première ligne face aux patients. Bien avant que les malades "saturent" les services de réanimation hospitaliers. Ne rentrons pas dans ce jeu politique qui consiste à dresser encore et encore les uns contre les autres comme si la santé était aussi hémiplégique sans savoir de quel côté.

    Que dire par contre de cette annonce de tests praticables en privé mais avec un reste à payer de 30% . Est-on face à une épidémie mettant en cause la santé nationale qui mérite mieux que ces petits calculs économiques alors que ces tests sont à la charge de la collectivité nationale lorsqu'ils sont réalisés à l'hopital.
    Et si cette épidémie permettait de revoir notre système de financement au lieu de cloisonner des dépenses dans des cases bien opaques et incompréhensibles pour le citoyen lambda.

    Et je n'évoque pas la réserve sanitaire qui mériterait elle aussi un article !

    Dr Yann Yves Bonnet

  • Responsable et coupable

    Le 13 mars 2020

    Ce scandale sanitaire est hallucinant ! Et le psychiatre qui signe ces lignes sait de quoi il parle !
    Même Mme Bachelot avait fait mieux... Après 6 semaines d'une épidémie dont l'évolution était prévisible, aucun professionnel libéral (médecin, infirmier, kiné) n'a été approvisionné en sol. hydro-alcoolique, en masque ou en gant ! Alors même que l'on sait que les patients vont refluer vers les médecins de ville, l'hôpital étant déjà quasiment saturé.

    On se croirait dans un pays du tiers monde. Seule compte la com qui est faite tous les jours en prévision des élections municipales, pour tenter de sauver la face.
    Que font donc nos représentants syndicaux et ordinaux ?

    Dr Jean-Marc Limare

  • Un immense malaise, une immense colère (les réponses du Dr Bouquerel)

    Le 13 mars 2020

    Merci beaucoup pour toutes ces réactions, quel qu'en soit les contenus contrastés.
    Je ne voulais nullement enfourcher les chevaux de bataille cent, mille fois ressassés, de la querelle entre les hospitaliers et les libéraux, qui est sans intérêt, ni dans le sens d’une idéalisation que dans celui d’une dépréciation.

    Un système de soins (mais savoir s'il existe même en France peut se poser) se compose de divers compartiments fonctionnels (la consultation et les premiers recours ambulatoires, l’hôpital, la dispensation des remèdes, etc) qui ont chacun un ou des rôles et une ou des utilités. Son architecture est parfois due à l'action de forces contradictoires, par exemple des forces d'un marché, comme aux USA, soit pensée et fortement organisée, par exemple le NHS britannique.

    Il existe une architecture proprement française, et ce sont ses implicites que je voulais interroger, pour en montrer les désordres, que chacun peut constater habituellement dans tous ses compartiments.

    Chaque soignant a un point de vue, au sens où il a l’expérience de tel ou tel compartiment. Je comprends parfaitement ceux qui défendent le monde hospitalier, que je n'ai pas voulu attaquer, vu que je lui dois la vie, lors d'une expérience point trop lointaine. Ce monde n'a nullement démérité, et subit des pressions et des stress particulièrement inquiétants, hors tout coronavirus.

    Mais nous parlons d'une crise subite, où la part d'inédit et de mystérieux domine. Comment les autorités publiques ont-elles utilisées le système de santé français, et en quoi les premières mesures explicitent-elles les présupposés qui ont cours en ses hautes sphères et qui, à l’action depuis des décennies, rendent compte des impasses actuelles fort nombreuses.

    Je serais paradoxalement presque d’accord avec le Dr Eric Viel, je suis plus près du mouvement coulé de l’athétose que de l’hémiballisme, dans ses constatations d’un collapsus de la couverture ambulatoire, en temps, en répartition géographique, en continuité, avec la reprise progressive de ces fonctions pas l’hôpital, ce qui aboutit par exemple à la crise des urgences. Mais mon confrère ne s’interroge pas vraiment sur l’histoire de cet affaissement, qui a bien des causes, et a mis bien des années, et ne saura prescrire un traitement curatif. C’est bien la conduite du système des soins, depuis 4 décennies au moins, qui ont eu raison de ce maillon essentiel qu’est la consultation et la première réponse ambulatoires largement disponibles à un coût abordable, en tous temps et tous lieux. On peut dire qu’effectivement, cette gestion du système a rendu impossible la persistance de ce qui avait existé, et n’existe plus.

    J’avance mon explication qui porte sur l’asymétrie identitaire des deux compartiments en cause, l’hôpital, le plus souvent public, et le système des professionnels auto-entrepreneurs, terme que je préfère à celui de libéral, et combien cette asymétrie identitaire l’emporte sur toutes les considérations d’ordre technique, par exemple l’importance primordiale de particulièrement soigner la consultation et le premier recours ambulatoire.

    Le terme de considération (Dr Gregory Cuffel) est particulièrement bien choisi. Les deux compartiments, au-delà de leurs mérites ou leurs problèmes effectifs, sont autrement considérés par les gestionnaires du système, et je crois souvent à leur insu du reste, parce qu’ils pensent que l’un est de leur maison (qu’ils aiment quitte à s’illusionner sur ses possibilités, chacun, je l’ai dit, ayant un point de vue), et l’autre pas, et ne pourra jamais l’être, ce qui, par exemple fait qu’il y a un service public hospitalier et pas de service public ambulatoire, ni même de service d’intérêt général ambulatoire. Or il faudrait pour qu’existe un véritable service public unifié, un vrai système de santé, que ces divers compartiments puissent être, en ce qui concerne leur direction, leur gestion, l’objet d’une considération identique, pour que les arbitrages indispensables, évoluant sans cesse au gré des nécessités et des changements politiques, puissent avoir lieu de façon principalement non idéologique, et plus certainement techniques, bien que ce système puisse être pensé différemment selon les alternances, et être l’objet d’une politique. Bien entendu, cette même considération implique un cadre commun d’exigences, de contraintes, et une rémunération finale comparable, compte tenu de la pénibilité.

    Cela demande un courage supérieur à celui de caresser chacun dans le sens du poil qu’on leur présuppose, un vrai courage politique, de ne pas toujours s’en remettre aux routines, aux tics de langage, aux œillères qui ne permettent pas de voir un tout continu là où il est nécessaire (consultation et soins ambulatoires, hôpital, etc) mais seulement des corporations insatiables qu’on domine en les affamant et les assoiffant par un politique de volumes et de coûts contenus, sans se préoccuper de leur contenu qualitatif effectif, ni de leur interaction et continuités.

    Je ne divinise ni ne diabolise aucun des soignants d’aucun compartiment, dont le comportement répond la plupart du temps à la simple résultante des contraintes s’exerçant sur lui comme agent économique. Mais toutes les rancœurs qui s’expriment traduisent bien un immense malaise, une immense colère, partout. Penser le système et ses possibles évolution est donc indispensable, le voir comme un tout sensé plus que comme des morceaux disparates est avantageux.

    Je crois à la nécessité d'un système de soins accessibles à tous, partout, pour un coût abordable. Ce n'est pas ce que je vois.
    En attendant, papy s’auscultera anxieusement et prendra son doliprane s’il est fébrile. S’il perd le souffle, alors à dieu vat, quel docteur lui tiendra la main lors du grand passage, celui du 15 ?

    Dr Gilles Bouquerel

  • Trop d'idéologie

    Le 14 mars 2020

    Dommage de se servir de ce moment et de son autorité médicale pour un combat idéologique. N'occupez pas les soignants en cet instant avec ces bavardages. L'heure n'est pas à la polémique.

    Denn Ague (IDE)

  • Mise en route de tous les moyens

    Le 14 mars 2020

    Pourquoi on ne parle jamais du Service de Santé des Armées avec son savoir faire inestimable des epidemies "africaines et des fievres hemorragiques"et de la disponibilité des Hopitaux d'instructionqu'on ferme petit à petit (comme Robert Picqué à Bordeaux avec son reservoir de lits…).

    Dr Philippe Griffet

  • Pourquoi ne parle-t-on pas ?

    Le 16 mars 2020

    Pour répondre à la question du Dr Griffet : parce que les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne ? Par ce que l'exposé fort intéressant du Dr Bouquerel plein de bon sens et de logique politique (une politique, une vraie, pas la politique politicarde où l'on parle pour faire plaisir aux électeurs au moment des votes, pour aller dans les sens du poil de tous (ça sent déjà l'arnaque), sans honte de se contredire ensuite, dans le but d'avoir la plus grosse part du gâteau des émoluments ou de devenir détenteur du titre ronflant n’est malheureusement en cette heure qu'une utopie.

    Post Guerre, c'était le tout hôpital. A cause des infections. Puis avec l'avènement des antibiotiques, 2000 et 2016 ont vu fleurir deux lois parlant enfin de la prévention et du développement d'une médecine de ville comme une véritable alternative à l'hospitalisation. Alors on a fermé des lits d'hôpitaux sans donner les moyens à l'extrahospitalier de fonctionner. Pire on a même vu sortir à un moment, des quotas de soins à ne pas dépasser pour les IDE libéraux ! On a reporté sur la médecine de ville, tout ce qui était reportable comme la surveillance de la chirurgie ambulatoire, l'allègement des méthodes opératoires le permettant. Les progrès de la médecine avançant, on a créé notre population vulnérable, première sacrifiée aux épidémies. Elle est, quelle que soit la bonne volonté de l’acteur en santé, inexorablement une cible facile pour l’infiniment petit. On vit de plus en plus longtemps avec de plus en plus de maladies chroniques, fragilisés en même temps par les traitements pris pour lui survivre.

    Cette proposition devrait aussi inclure la dé-médicalisation de ce qui n’a pas besoin de l’être et la participation des acteurs paramédicaux. Il ne faut pas vouloir être partout et responsable de tout pour se plaindre ensuite de ne pas y arriver.
    Mais la cécité constitutionnelle psychique de notre mortalité humaine nous fait voir la population comme étant une et en bonne santé.

    L’ampleur que prend cette épidémie dans les discours du monde médical m’étonne un peu : c’est prévisible ! Alors on découvre que les chiffres sont faux : ça c’est grave dans notre culture dite scientifique. On aurait presque envie de poser la question « A qui profite le crime ? ». Et le profiteur n’est pas forcément dans le monde médical… regarder les mesures qui sont prises par ailleurs sans que les gilets jaunes puissent protester, interdiction de rassembelemtn de plus de 100 personnes oblige, y compris à l'extérieur.

    La santé est un sujet bien plus consommateur d’énergie psychique pour notre capacité de penser : elle nous confronte à notre finitude, notre mortalité que nous cherchons à oublier tous les jours et par tous les moyens. Ce coronavirus est insupportable...

    Une autre réflexion est à mener pour rebondir sur ce qu’a écrit J. Sartre « …S ils utilisent également des masques chirurgicaux dont l'efficacité a été prouvée comparable à celle des masques FFP2 s'agissant du risque de contamination par gouttelettes. […] Par contre pour le risque contamination "air" c'est dire par particules, comme dans de cas de la tuberculose, le masque FFP2 reste indiqué. ».

    Santé publique France dit « transmis lors de contacts étroits par l’inhalation de gouttelettes infectieuses émises lors d’éternuements ou de toux par le patient ou après un contact avec des surfaces fraîchement contaminées par ces secrétions. Les coronavirus survivent quelques heures dans le milieu extérieur, sur des surfaces inertes sèches. En milieu aqueux, ces virus peuvent survivre plusieurs jours ».

    Laissez donc les masque FFP2 pour la tuberculose maladie aussi grave quand elle n‘est pas soignée. Les CLAT sont en pénurie. Sa contagiosité est réelle car elle se transmet par l’air, uniquement et simplement par l’air. Et si l’on dépistait les infections tuberculeuses latentes en France, on aurait peur des résultats. Mais on dit aussi que parler à quelqu'un de contagieux à l'extérieur ne comporte pas de risque de transmission... On va sortir les lits des malades dehors pour protéger les soignants.

    Les consultations hospitalières externes étant fermées, la prise en charge de ces ITL deviennent vraiment problématiques pour les personnes dont les CLAT départementaux ne sont pas hospitaliers. Que cette épidémie au coronavirus ne laisse pas sur le bas-côté de la route des soins, les autres malades tout aussi importants à prendre en charge ; car on se prépare sinon à une autre catastrophe sanitaire, polymorphe celle-là. Car depuis 2000, l'infiniment petit se défand avec l'antibiorésistance. Ne déshabillons pas Paul pour habiller Jacques. Il faut raison garder.

    C. Durand

  • Jusque-là, tout va bien

    Le 17 mars 2020

    Il y a dans cette épidémie plusieurs sujets, mettons un sujet médical (une maladie nouvellement apparue, signes, diagnostic traitement et plus si affinités), un sujet sociétal et économique, (la mondialisation, la poly bougeotte, l'économie capitaliste avancée), un sujet politique (que faire, comment, avec qui).
    Le système de santé se trouve activé dans ce dernier cadre.

    La première phase, celle de la menace lointaine est suivie de celle des clusters. Le système de santé est activé dans sa branche hospitalière dans une visée très régalienne (isoler et surveiller), concurremment à d'autres mesures de confinement (Carry le Rouet etc).

    La digue ayant cédé, on se trouve confronté à une épidémie qui a des effets très éparpillés, des malades contagieux, beaucoup paucisymptomatiques, d'autres symptomatiques de manière modérée, d'autres enfin dont la détresse vitale rend nécessaire des soins intensifs, selon des formules cliniques qui se dégagent, je le suppose, au fur et à mesure de l'expérience. Leur grand nombre, dans le dernier cas, est le problème particulier.

    Le système de santé se trouve alors interrogé dans tous ses compartiments par la force des choses. Ses parties vermoulues ou détruites sont activées sans réponse efficace possible quel que soit le dévouement des personnels, d'autres tiennent encore. Pourvu que ça dure.....

    Quelle organisation ambulatoire et hospitalière serait optimale dans ces circonstances sera une question à poser après, qui permettra, la fois suivante à faire front plus efficacement.
    L'étude de l'organisation intime du système ne sera alors ni impossible ni vaine. Pour ma part de petit vieillard enrhumé les échéances sont autres puisque, comme chacun, je vois midi à ma porte close.

    Depuis longtemps maintenant je n'ai plus de position active, étant retraité, mais jadis j'ai vu, agi, pensé, beaucoup pensé dans l'insatisfaction que ces pensées étaient inutiles, quoi que j'en dise ou n'écrive, puisque, au fond, le defaut majeur de la régulation réelle actuelle du système de santé est qu'elle est une forteresse emplie d'omniscients brevetés qui ont la vie éternelle devant eux, n'étant soumis à aucune alternance, avec peu de portes que seuls les quelques courtisans de l'heure peuvent franchir.

    Et c'est tout le problème, c'est plus politiquement, le problème de notre pays, de la solution qu'il a trouvé voici plus de deux siècles pour construire progressivement l'État des nouveaux régimes succédant, le long du temps, à l'ancien, y compris à l'heure de la mondialisation furieuse et du libéralisme déchaîné et ses montagnes d'or fictif qui s'envolent en fumée.
    D'ici là, laissons la place à ceux qui agissent, et bonne chance à tous.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Covid 19 et prévention

    Le 17 mars 2020

    Je suis un soignant d'un simple service de Cardiologie. Nous avons une secrétaire contaminée à l'extérieur par des personnes sans signes cliniques. Dans le service, malgré le contact prolongé et proche avec des patients BPCO, en surcharge pulmonaire ou "enrhumés", le port du masque est quasiment proscrit (pour le chirurgical) et réservé aux malades Covid 19 avérés pour les FFP2.
    Nous n'avons pas de masques anti projection puisque nous n'avons pas d'intubés. Les tests Covid sont réservés aux personnes malades et donc aucun contrôle possible pour les personnes présentes au sein du service, qu'elles soient soignantes, hospitalisées et visiteuses. Comment va t-on éviter l'extension des contaminations dans ce cas. Comment va t-on protéger la santé et l'état opérationnel des soignants si ils sont confrontés tout les jours à une charge virale. Surement modérée puisque les contacts ne sont pas avec des malades avérés mais répétés et multipliés ? De nombreux pays invitent les soignants à une protection faciale systématique type chirurgicale à minima et FFP2 face à tout patient ayant une toux, et lors d’aérosol thérapie.

    Où trouver une documentation fiable pour avoir un comportement prophylactique sûr dans la durée de l'épidémie ? Il nous faudra à priori êtres sous "tension" 2 mois et actifs aussi ensuite…

    Ivan Mogouliko (IDE)

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