Hémodialyse : fausse alerte sur les risques liés au dialysat au citrate

Paris, le jeudi 7 novembre 2019 – Faut-il considérer que la diffusion de fausses alertes constitue une conséquence inévitable mais acceptable d’une société pleinement et légitiment engagée dans la maîtrise des risques et la prévention des dérives liées aux conflits d’intérêts ? Ou au contraire faut-il s’inquiéter que sous prétexte d’une volonté de limiter les risques et de se défier de tout type éventuel (même hypothétique) de liens d’intérêt, des fausses alertes sont lancées régulièrement et représentent dans certains cas une menace (par exemple pour la sécurité des soins) et une entrave à une information raisonnée ?

Des réactions trop rapides

L’exemple du dialysat au citrate donnera peut-être des pistes pour éclairer ce dilemme. Aujourd’hui, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), après plusieurs études concordantes, a affirmé que toutes les investigations réalisées « confirment l’absence de risque de surmortalité liée à l’utilisation du dialysat au citrate ». L’affaire remonte au mois de décembre 2018. Le Monde publiait alors un article inquiétant évoquant un possible risque de surmortalité associé à un type de produit (le dialysat au citrate) utilisé pour les hémodialyses. Selon le quotidien qui se référait à des données préliminaires présentées deux mois plus tôt par le docteur Lucile Mercalat au congrès de la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT), le dialysat au citrate pourrait entraîner un « risque accru de 40 % de décéder prématurément ».

Immédiatement après la publication de cet article, et également alertée par une association représentant des insuffisants rénaux, Renaloo (très favorable à la greffe et prompte à dénoncer l’intérêt que les néphrologues auraient dans la perpétuation de la dialyse), l’ANSM convoquait une réunion en urgence et diligentait différentes investigations.

Bien que très vite, l’agence pris ses distances avec le caractère inquiétant de l’alerte, les conséquences étaient déjà en œuvre. Sur les forums d’insuffisants rénaux, l’inquiétude était clairement affichée et un grand nombre de patients choisirent de demander la modification de leur protocole de dialyse, alors qu’une telle décision n’est pourtant pas sans risque. Ainsi, bien que l’ANSM n’ait nullement préconisé une telle démarche, 4 000 patients parmi les 15 000 dialysés pour lesquels le dialysat au citrate était utilisé ont vu leur protocole modifié. D’autres associations de patients se sont alarmées de cette situation et du climat délétère engendré par la diffusion non maîtrisée de cette alerte, contribuant à créer un sentiment de défiance alors que l’insuffisance rénale chronique nécessite un lien solide entre soignants et patients. Ainsi, l’association Ligue et Rein observait peu après que des données rassurantes ont été présentées : « A la lecture des conclusions de la SFNDT (…) donc de la non contre-indication du dialysat, nous ne pouvons que regretter amèrement la promptitude de certaines personnes à réagir avec si peu de fondements ».

Pas de risque de surmortalité

Aujourd’hui, le rapport de l’Agence de biomédecine, se basant sur des études concernant l’impact des différents types de dialysat sur les taux de mortalité en hémodialyse qui regroupent 100 000 patients traités entre janvier 2010 et décembre 2017 conclut que « l’utilisation de l’acide citrique dans les dialysats ne présente pas de risque de surmortalité pour les patients ». Si on peut se réjouir de l’absence de surmortalité, on peut néanmoins s’interroger sur les conséquences néfastes indirectes de cette alerte.

Aurélie Haroche

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