Hépatite C : l’accès universel aux traitements recommandé par la Haute autorité de Santé

Paris, le mercredi 14 décembre 2016 – A l’occasion de la Paris Hepatitis Conference organisée au tout début du mois de janvier 2016, le professeur Patrick Marcellin avait fait le vœu que l'année 2016 « soit celle du traitement pour tous en France, afin de (…) rejoindre l’Allemagne, le Portugal et la Géorgie, l’Australie… qui ont fait savoir que tous les patients atteints d’hépatite C seraient traités ». Il semble que le vœu du spécialiste soit en passe de se réaliser.

Un accès universel par étape

Alors que la mobilisation des associations a été sans faille, notamment pour mettre en évidence comment les recommandations restreignant l’accès aux traitements aux cas les plus graves conduisaient les malades à se tourner vers l’étranger, le ministre de la Santé a fait part au mois de mai de son souhait d’organiser l’accès universel aux traitements. Ceci n’a cependant pas entraîné un changement immédiat. Rapidement, un premier arrêté a confirmé que les nouveaux antiviraux à action directe (AAD) étaient désormais pris en charge pour toute prescription à un patient présentant un stade de fibrose hépatique F2, et tous stades confondus aux patients greffés ou en attente de greffe, à ceux en hémodialyse, à ceux présentant des manifestations extra-hépatiques, à ceux infectés par un virus de génotype 3 et à ceux co-infectés par un autre virus d'hépatite.

Les personnes en situation vulnérable étaient également concernées.

Risque de réactivation du virus de l’hépatite B

Il était alors promis que le sort des autres malades (fibrose hépatique F1 ou F0 et ceux dont la situation n’était pas considérée comme vulnérable, parmi lesquels les patients contaminés par voie transfusionnelle) serait l’objet de recommandations de la Haute autorité de Santé (HAS) en septembre. Avec deux mois de retard, ces prescriptions de la HAS sont enfin connues.

Si l’accès universel aux AAD, en raison de leur efficacité et de leur promesse d’éradication du virus, est soutenu par la majorité des experts, quelques freins existent néanmoins. Il s’agit du risque de résistance et de réactivation du virus de l’hépatite B. De très rares cas (une trentaine) de réactivation ont en effet été recensés et ont conduit très récemment l’Autorité européenne du médicament à imposer l’ajout d’un avertissement dans la notice des produits concernés. Ces éléments ne sont cependant pas de nature à repousser l’objectif d’un accès universel aux traitements, estime la HAS.

Des prix en baisse

L’autorité considère cependant que différentes conditions doivent être observées. Elle souligne notamment l’importance de transmettre une information complète aux patients, notamment en ce qui concerne les effets secondaires. « Ceci doit leur permettre d’être associés de manière éclairée à la décision d’instauration du traitement qui les concerne » précise la HAS. Cette dernière souhaite également un suivi rigoureux des patients au stade fibrose F0 ou F1, afin de pouvoir compléter les informations disponibles sur la tolérance et l’efficacité du traitement. La HAS juge par ailleurs nécessaire d’obtenir de nouvelles baisses des prix des traitements, en raison du coût supplémentaire qu’entraînera l’élargissement de l’indication. Dans ce cadre, la récente annonce par le ministère de l’obtention après une négociation qualifiée de « ferme » d’un prix très inférieur aux autres AAD pour Zepatier (MSD) s’inscrit dans cette dynamique. Zepatier (28 732 euros pour un traitement de douze semaines) sera commercialisé à un prix « inférieur de près de 38 % à celui des autres médicaments contre l’hépatite C». Il est également inférieur de 60 % au médicament actuellement le plus prescrit.

Un dépistage à renforcer

La HAS indique enfin qu’elle présentera prochainement de nouvelles recommandations concernant le dépistage de l’hépatite C. La forte proportion de patients s’ignorant (que certains estiment à la moitié des porteurs du virus) a en effet pu constituer un argument pour retarder l’accès universel aux traitements, beaucoup jugeant que l’objectif d’éradication rendu possible par les AAD était compromis par le nombre important de malades méconnaissant leur statut sérologique.

Ces recommandations très attendues satisfont les associations, qui espèrent cependant que l’arrêté découlant de ces prescriptions ne se fera pas trop attendre.

Un cadeau de Noël ?

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article