Héraut

Paris, le samedi 21 mars 2020 – « Uniques détenteurs de l'inviolabilité diplomatique, symbolisée par leur kerykeion (c’est-à-dire leur caducée, ndrl), les hérauts sont appelés à remplir les fonctions d'émissaires en période d'hostilités ». Ces premières lignes du chapitre consacré aux « hérauts et la violence » dans la mythologie grecque de Catherine Goblot-Cahen (dans les Cahiers du Centre Gustave Glotz, 1999) pourraient avoir été écrites pour décrire la mission du Professeur Jérôme Salomon. Le directeur général de la Santé (DGS) est en effet devenu en quelques soirs ce héraut singulier, ce passeur de message en période de conflit ; ainsi certains l’ont surnommé le « François Molins du Covid-19 » tant il s’apparente par son rôle dans cette période si particulière et par sa figure apparemment si imperturbable au Procureur de la République qui a transmis toujours avec sérieux et dignité de multiples informations macabres au cours de la vague d’attentats qui a secoué la France.

Discrétion et humour

Si le propos de Catherine Goblot-Cahen est de mettre en évidence que certains hérauts peuvent faire preuve de violence, dans ses observations liminaires, elle remarque : « On s'attendrait a priori à un comportement empreint d'une prudente réserve ». Or, ces caractéristiques semblent particulièrement bien s’appliquer au directeur général de la Santé. La plupart de ses proches insistent en effet sur sa discrétion et sur sa réserve. « A ses débuts, il était presque trop discret. Il fallait le pousser à se mettre en avant. Avec le temps, il a surmonté cette timidité », remarque cité par l’Obs Didier Tabuteau, conseiller d’Etat et ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner (Jérôme Salomon fait partie de ceux que l’on surnomme Les Kouchner boys). Cette attitude ne l’empêche pas de cultiver un grand sens de l’humour et de l’autodérision. « C'était le petit dernier de la bande, il était extrêmement brillant et avait l'air plus sérieux que les autres, un vrai pince-sans-rire! » décrit Bernard Kouchner dans Les Echos.

Héritage

Ces observations se retrouvent toutes entières dans l’anecdote que Jérôme Salomon aime à raconter et qu’il n’hésitait pas encore à évoquer au moment de sa nomination comme DGS  en 2018. Quand il décida d’opter pour la santé publique, son doyen avait ironisé sur un tel choix quand son classement à l’internat lui permettait de prétendre à d’autres ambitions. La santé publique et la lutte contre les maladies infectieuses ont cependant toujours été des vocations pour Jérôme Salomon, sans doute inspiré par sa filiation : il compte en effet dans son arbre généalogique le docteur Pierre-Paul Lévy, l'un des découvreurs du vaccin contre la diphtérie, dont il garde une ordonnance libellée de sa main dans la vitrine de son bureau.

Proche d’Emmanuel Macron

Né en 1969, à Paris, Jérôme Salomon, a vu sa carrière le conduire rapidement sous les ors de la République (dans les équipes de Bernard Kouchner et de Marisol Touraine), avec un détour par l’Institut Pasteur (dont il fut le responsable des relations internationales). Proche d’Emmanuel Macron, avec lequel il partage une même passion pour le piano, dont il fut le principal architecte du programme santé (il avait d’ailleurs à ce titre répondu aux questions du JIM pendant la campagne électorale), il avait été un temps pressenti pour devenir ministre de la Santé. Si Agnès Buzyn lui fut préférée, il demeura toujours proche du Président de la République, lui soufflant notamment l’idée de la création du service sanitaire.

Anticipation : objectif manqué

Beaucoup remarquent aujourd’hui que sa connaissance des épidémies et des menaces sanitaires, couplée à une rigueur remarquée et à une impression de force tranquille jamais ébranlée font de lui une figure probablement idéale pour affronter la crise actuelle. De fait, après avoir conduit sa thèse sur les maladies à prions, Jérôme Salomon a été l’auteur en collaboration avec le virologue et professeur Bruno Lina d’un ouvrage sur l’épidémie de grippe H1N1 s’intéressant à ses différents aspects. Peu après sa nomination, le praticien affirmait d’ailleurs vouloir se concentrer sur « l’anticipation, l’évaluation quantitative des risques sanitaires et les capacités de gestion et de communication ». Face aux nombreuses insuffisances et erreurs que l’on ne peut manquer de constater dans la gestion de la crise actuelle, on peut regretter qu’en dépit du sérieux avec lequel il accomplit sa mission de messager, le directeur général de la Santé n’a pas réussi à réaliser certains de ses objectifs, pourtant si pertinents.  

Aurélie Haroche

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