Homéopathie : la parole est à la défense

Paris, le vendredi 6 octobre 2017 - L'EASAC (European Academies Science Advisory Council) a récemment publié un rapport  pointant l’inefficacité et même la nocivité (en ce qu’elle retarde une prise en charge efficace) de l’homéopathie. Les académies de sciences européennes proposaient également dans ce document de nouvelles réglementations concernant la commercialisation de ces produits ainsi que leur déremboursement. Le leader mondial de la spécialité, les laboratoires Boiron ainsi que  le syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) ont tenu à répondre à ces accusations.

Analyse de l’EASAC : ni fait, ni à faire ?

En premier lieu, la SNMHF accuse l’EASAC d’avoir délibérément basé ses conclusions sur des études aux méthodologies contestables alors même que « les conclusions de quatre méta-analyses (…) étaient positives » et que l’une d’entre elles, publiée par Klaus Linde dans le Lancet en 1997 concluait que « l'homéopathie est significativement plus efficace que le placebo ». L’organisation rappelle en outre que la grande qualité de cet article avait été saluée par la prestigieuse revue.

Aux accusations de nocivité, le SNMHF rétorque qu’un scientifique ouvertement opposé à l’homéopathie, Edzard Ernst « n'a trouvé que 4 décès susceptibles d'avoir un rapport potentiel avec l'homéopathie dans la littérature mondiale sur une période de 34 années » alors que l'EMA (European Union agency) estime que « les effets indésirables des médicaments classiques provoquent le décès d’environ 200 000 habitants de l’Union Européenne chaque année ».

Concernant les « problèmes potentiels de sécurité par la mauvaise surveillance des méthodes de production » dénoncés par l’EASAC, le SNMHF souligne que « l’ensemble des fabricants européens travaillent en réalité selon les normes de qualité les plus élevées (…) que l’AMM (autorisation de mise sur le marché) européenne d’un médicament homéopathique est réglementée (…) De même [que] l’emballage et l’étiquetage des médicaments homéopathiques ».

Quant au déremboursement, le SNMHF avance qu’il ne représente que 0,29 % des dépenses de santé dans notre pays.

Boiron met en avant les résultats d’EPI 3

Les laboratoires Boiron ont quant à eux remis en avant les résultats d’EPI 3, une recherche lancée à la demande des autorités de santé, financée par Boiron mais réalisée par un cabinet indépendant  qui a donné lieu à diverses publications entre 2011 et 2016.

Ces travaux ont inclus 8 559 patients de 825 médecins de 2005 à 2012 et se sont intéressés à trois indications : les infections des voies aériennes supérieures, les douleurs musculo-squelettiques et les troubles anxio-dépressifs et du sommeil.

Ils avaient conclu que dans ces trois pathologies, les patients soignés par homéopathie présentent la même évolution clinique et le même taux de complications que les patients soignés de manière conventionnelle mais que « la patientèle des médecins homéopathes présente généralement une meilleure santé ».

Gageons qu’aucun point final ne sera mis à cette polémique vieille de deux siècles !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (7)

  • Quelle formation ?

    Le 06 octobre 2017

    Tout au long de ma carriere j'ai reçu des propositions de formation en homéopathie. Ces formations consistait en 7 WE durant 4 ans "dans" les locaux de la Faculté de Médecine de Paris. Plus clairement, 2 jours x par 7 x par 4 = 56 jours de formation et pas "à" la Fac mais "dans les locaux" de la Fac qui les loue le WE.

    La majorité des homéopathes font payer leur consultations au tarif spécialiste qu'ils ne sont pas. En effet la majorité sont des généralistes qui s'attribuent la qualité de spécialistes après 56 jours de formation. Rappelons qu'une spécialité s'acquiert après 4 ans de formations théoriques et pratiques.

    Dr Lucien Duclaud

  • Formation homéopathie

    Le 07 octobre 2017

    La formation sérieuse d'un médecin homéopathe se fait le plus souvent par le biais d'un D.U ou D.I.U en 3 années. C'est une formation théorique de base qui permet de comprendre la méthode et de l'utiliser. La véritable formation d'un médecin homéopathe s'effectue tout au long de son exercice par l'apprentissage permanent, l'observation et l'expérience...
    Ce qui devrait d'ailleurs être le cas pour toute forme d'exercice de la médecine.

    Dr Christine Bertin Belot

  • Causalité

    Le 08 octobre 2017

    Bref la conclusion d'EPI3 n'est pas causale mais observationnelle. Le patient BPCO en exacerbation chaque année a peut-être opté pour la médecine conventionnelle et du coup la "santé moyenne" d'une patientèle d'un médecin conventionnel s'en retrouve abaissée (sur une échelle de qualité de vie disons). Mais le patient BPCO qui aurait opté pour la médecine homéopathique est peut-être déjà décédé... ce qui amène la encore une santé moyenne moins bonne pour le médecin conventionnel.
    4 méta-analyses montrent une efficacité de l'homéopathie supérieure au placebo, combien montrent l'inverse ? Il est par ailleurs étonnant de prendre l'homéopathie dans son ensemble si on la prend au sérieux, mais on devrait se prononcer sur tel traitement dans telle situation. Je n'ai vu nul part "la vaccination dans son ensemble est supérieure au placebo" mais tel vaccin ou tel autre l'est.
    Selon cet auteur, 90% des études sur l'homéopathie sont à jeter par manque de solidité ; mais si nous avions fait des méta-analyses tout de même dessus, leur résultat aurait pu être poisitif. Homeopathy: meta-analyses of pooled clinical data.
    Hahn RG1.

    Dr PS

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