Homéopathie : le chant du cygne

Paris, le jeudi 13 juin 2019 – La journée d’hier représentait l’ultime chance pour les défenseurs de l’homéopathie de plaider les thèses d’Hahnemann devant la Haute autorité de santé (HAS).

Ainsi, après l’avis favorable au déremboursement rendu par cette institution, les laboratoires du secteur avaient la possibilité de demander à être auditionnés, ce qu’ils ont logiquement fait.

L’occasion de marteler de nouveau que le mode d'évaluation de l'homéopathie, dont dépendra son éventuel déremboursement, n'est « pas adaptée ». Ainsi, après cette audition, l’un des trois professionnels missionnés par les laboratoires pour défendre leur cause, le docteur Jean-Lionel Bagot a expliqué : « J'ai eu l'impression que nous n'étions pas devant la bonne commission (...), cette audition n'était pas du tout adaptée à notre pratique ».

« Nous ne venions pas défendre un médicament mais une stratégie thérapeutique qui s'adapte à chaque patient », a aussi argumenté le Dr Bernard Poitevin. Or, « on nous a enfermés dans une discussion concernant des médicaments ». En effet, pour émettre son avis, la HAS doit évaluer le « service médical rendu » par cette famille de produits. Or, les thuriféraires de l'homéopathie prétendent que ces produits ne peuvent pas être évalués comme des médicaments conventionnels, car pour une même maladie, le traitement peut être différent en fonction des caractéristiques des patients.

Livre blanc

Cette ultime plaidoirie a été précédée par plusieurs semaines de campagne médiatique et de tentatives de mobiliser les patients, avec la pétition « Mon homéo, mon choix » qui revendique, à ce jour, près d'un million de signatures.

Point d’orgue de cette campagne, la présentation, hier, d’un livre blanc intitulé « Quelle place pour l'homéopathie dans l'offre de soins ? » dans lequel quatorze syndicats, sociétés savantes, fédérations de patients et collectifs de défense de l'homéopathie réaffirment « la place de l'homéopathie dans le système de santé ».

Le document fait plusieurs propositions pour « pérenniser l'accès à l'homéopathie pour tous les patients dans le cadre d'une prise en charge de qualité » : la reconnaissance du statut médical des professionnels, le maintien et la consolidation des formations, ainsi que le soutien à la recherche dans ce domaine. Pour éviter « les risques de dérives et de mésusage des traitements », ils en appellent aussi à la création d'une « commission éthique de l'homéopathie ». Et, ils réclament, bien entendu, le maintien du remboursement.

La commission doit maintenant se réunir le 26 juin pour adopter son avis définitif qui sera annoncé deux jours plus tard. Après cet avis, la décision finale reviendra au gouvernement, qui, songerait à opter pour une diminution du taux de remboursement plutôt qu’une suppression pure et simple.

F.H.

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Vos réactions (6)

  • La seule question posée

    Le 14 juin 2019

    On demande seulement si le remboursement des médications homéopathiques est conforme aux principes de la pharmacopée. La réponse est évidemment non : tous les produits mis sur le marché dans un but thérapeutique doivent être logés à la même enseigne.
    Il semble même qu'une application inéquitable de la réglementation en faveur des produits homéopathiques aurait dû (depuis belle lurette) faire l'objet d'une censure du Conseil constitutionnel.
    Quant au procès de l'homéopathie, puisque les homéopathes semblent l'appeler de leurs voeux, il sera toujours temps de le faire. Il ne sera sûrement pas inutile, mais c'est une tout autre question.
    Pierre Rimbaud

  • La mémoire de l’eau

    Le 16 juin 2019

    Rien que la dilution du principe actif est une grosse blague non ?
    La mémoire de l’eau 🤣🤣🤣🤣🤣🤣tout le monde le sait l’eau a une mémoire d’éléphant .

    EG

  • Le choix des mots

    Le 16 juin 2019

    Je m’amuse régulièrement à relever dans des articles de presse la façon dont le jugement du lecteur peut-être orienté par le rédacteur par un simple choix de termes (au delà de l’analyse sur le fond).

    En écrivant "les thuriféraires de l'homéopathie prétendent que" plutôt que le factuel "les défenseurs de l’homeopathie affirment que", le journaliste s’est prêté à cet exercice de manipulation.

    Dr Jean-Yves Marandon

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