Homosexualité : déception après les dernières déclarations du pape

Rome, le lundi 27 août 2018 - Ayant enfin rompu avec ses traditions belliqueuses, l’Église catholique n’est plus celle qui condamne aux plus lourdes sentences. Elle se risque également de moins en moins à prôner l’exclusion. Elle préfère toujours que son discours soit animé par le message de tolérance et d’acceptation porté par les Évangiles. Néanmoins, l’Église catholique ne peut abandonner son rôle de défense de la famille et des traditions. Cette conjonction peut favoriser les désillusions, les quiproquos, le sentiment d’un revirement.

Le recours à la psychiatrie

Ainsi, les déclarations du pape François concernant l’appréhension de l’homosexualité depuis son élection ont suscité une certaine circonspection. Alors que ses premières observations soulignant l’impossibilité de rejeter les homosexuels présentant une foi sincère avaient été saluées comme la marque d’une évolution sensible de l’Église, certains n’avaient pas compris que le souverain pontife ne puisse pas aller plus loin en défendant le mariage homosexuel, qu’il a sévèrement condamné. Ses déclarations d’hier dans l’avion qui le ramenait à Rome suscitent la même perplexité. Interrogé par un journaliste sur l’attitude que devaient adopter des parents dont l’enfant révélerait son homosexualité, le pape a insisté sur l’importance de ne pas rejeter ce fils ou cette fille, de lui parler et de l’aimer. Une telle recommandation contraste sans nul doute avec des imprécations passées bien plus violentes émanant de l’Église (et par la position aujourd’hui soutenue par de nombreux groupes religieux). Mais le pape François a également déçu certains en estimant que la « psychiatrie » pouvait face aux cas révélés dans l’enfance être une alliée précieuse. Que le chef du Vatican ait ici voulu évoquer les soins psychiatriques ou psychanalytiques (ce que défendent certains "spécialistes" du pape qui rappellent qu’il a lui-même fait une psychanalyse) cette assimilation de l’homosexualité à une maladie devant être soignée ne peut que choquer. Elle renvoie à une conception aujourd’hui abandonnée par l’ensemble des pays occidentaux démocratiques.

Des jeunes homosexuels toujours en danger

Plutôt que la poursuite d’une évolution de la parole de l’Église vis-à-vis de l’homosexualité, beaucoup voient dans ces déclarations une position archaïque. Elle est de fait potentiellement dangereuse. Face à une telle position du pape, les jeunes homosexuels catholiques pourraient en effet continuer à cacher leur orientation sexuelle et à vivre dans la culpabilité, redoutant que leur famille, même si elle ne les rejette pas, les inscrive dans un processus thérapeutique inutile et délétère et vivant avec le sentiment que leur communauté les considère comme atteints d’une maladie qu’ils refusent de soigner.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Homosexualité vue par le pape

    Le 27 août 2018

    Une fois de plus l'église catholique se montre ouverte et en phase avec la société : psychiatrisation de l'homosexualité, après rejet de la capote, abstinence jusqu'au mariage, condamnation du mariage pour tous, etc...

    Heureusement que chacun peut vivre sa propre religion sans tenir compte des ratiocinations de chef spirituel dépassé.

    Dr Philippe Dieu

  • Chacun son métier

    Le 27 août 2018

    Mme Haroche, votre jugement concernant les déclarations d'un dirigeant religieux me semblent déplacé. Aucun argument scientifique dans cet article, aucun fait sérieusement établi, ni de référence théologique que ce soit. A moins que vous n'ayez étudié la théologie, appris le grec ancien et l'hébreux biblique, je suggère que vous vous en teniez à votre domaine. Cela évite de répéter des poncifs concernant le pontife.

    Julien Métais

  • Etes vous une bigote Mme Haroche ?

    Le 28 août 2018

    Cet article est digne de "golias" ou de "la croix", mais pas d'une revue qui se veut médicale.
    Historiquement, la persécution, très violente, des homosexuels, était étrangère à la civilisation gréco latine (les seules vraies "racines" de l'Europe), et ne date que des empereurs chrétiens, en particulier les Théodose.

    Cette persécution est allée bien entendu de pair avec celle de la pensée grecque, concrétisée par l'édit de Justinien au VIe siècle.
    La datation de cette persécution par le christianisme primitif remonte à Paul de Tarse, dont les écrits et les actes rapportés témoignent de la haine anti homosexuelle (et au passage anti juive), que seul un homosexuel refoulé peut porter à une telle intensité .

    Dr YD

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