HTA réfractaire chez un patient noir, chercher le SAOS !

La prévalence de l’hypertension artérielle, et en particulier des formes non contrôlées, étant élevée chez les sujets noirs, la question pouvait se poser d’un lien avec la présence méconnue de syndromes d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) dans cette population. Pour répondre à cette interrogation, les auteurs se sont penchés sur les données de la Jackson Heart Sleep Study, la plus grande étude monocentrique destinée à explorer les facteurs environnementaux et génétiques associés aux maladies cardiovasculaires chez les Afro-Américains.

Entre 2012 et 2016, 913 participants ont bénéficié d’un bilan qui a inclus une recherche de SAOS à domicile, des mesures répétées de la PA en consultation et une évaluation anthropométrique. Un SAOS modéré ou sévère était défini par un index d’évènements respiratoires ≥15.

L’hypoxémie nocturne a été quantifiée en tenant compte du pourcentage de sommeil passé avec une SaO2 < 90 %.

L’HTA a été caractérisée par : (1) une PA systolique ≥ 130 mm Hg ou une PA diastolique > 80mm Hg ; (2) l’existence d’un traitement antihypertenseur ; (3) un diagnostic rapporté par le participant lui-même. Cette HTA était considérée comme contrôlée avec une PA systolique < 130 mm Hg et une PA diastolique < 80 mm Hg. Elle était considérée comme non contrôlée face à une PA systolique ≥ 130 mm Hg ou diastolique ≥ 80 mm Hg en dépit du recours à une ou deux classes d’antihypertenseurs. Enfin, les formes réfractaires ont été définies par une PA systolique ≥ 130 mm Hg ou diastolique ≥ 80 mm Hg malgré le recours à ≥ 3 classes d’antihypertenseurs (dont un diurétique) ou ≥ 4 classes, dans ce cas quel que soit le niveau de la PA. Une analyse par régression logistique multinomiale a recherché une association entre la sévérité du SAOS et les formes non contrôlés ou réfractaires de l’HTA (versus PA contrôlée) après ajustement multivarié.

Un risque doublé

L’âge moyen des patients hypertendus (n = 664) était de 64,0 ± 10,6 ans. Il y avait davantage de femmes au sein de cette cohorte (69,1 %) et l’obésité était fréquente (58,6 %). Un SAOS a été détecté chez plus d’un sujet sur quatre (25,7 %). Le plus souvent (94 %), ce SAOS n’était pas traité.

Globalement, la prévalence de l’HTA non contrôlée était de 48 % et celle de l’HTA réfractaire de 14 %.

Après ajustement selon les facteurs de confusion potentiels, le risque d’HTA réfractaire s’est avéré 2 fois plus élevé en cas de SAOS modéré ou sévère, l’odds ratio ajusté (ORa) étant en effet de 2,0 (intervalle de confiance à 95 % [IC], 1,14-3,67). L’augmentation de la durée de l’hypoxémie nocturne (SaO2 < 90 %) d’une déviation standard a été associée à un ORa d’HTA réfractaire de 1,25 (IC 95 % 1,01-1,55). Aucune association de ce type n’a été établie avec l’HTA non contrôlée.

Chez le sujet noir, un SAOS modéré ou sévère non traité semble augmenter le risque d’HTA réfractaire. Une association mystérieuse qui mérite confirmation sur une plus grande échelle et ailleurs qu’aux Etats-Unis au sein de cohortes plus fournies en sujets du sexe masculin. Le lien de causalité reste par ailleurs à établir, tant les facteurs de confusion potentiels sont nombreux…

Dr Catherine Watkins

Référence
Johnson DA et coll. : Association Between Sleep Apnea and Blood Pressure Control Among Blacks. Circulation. 2019 ;139 : 1275-1284.

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