Hyperactivité : mythe ou réalité ?

L’hyperactivité (ADHD : attention deficit hyperactivity disorder, troubles de l’attention avec agitation) suscite l’intérêt permanent de la presse psychiatrique anglophone. Question de fond : ce syndrome a-t-il une existence réelle ou est-il plutôt un artefact de notre culture occidentale ? Si certaines publications lui dénient toute réalité, d’autres travaux (évoqués dans l’American Journal of Psychiatry) plaident au contraire pour son existence effective. Sa prévalence serait à peu près constante (de l’ordre de 5 %), après correction du biais éventuel lié au recueil des données cliniques selon des critères nosographiques différents : DSM-IV, ICD-10…

Cette conclusion repose sur une méta-analyse d’études recouvrant 21 pays. Une telle diversité géographique et culturelle (Afrique, Amérique du Sud, Europe, Japon…) affaiblit a priori l’argument classique sur l’ « américanisation » croissante de la nosographie et le reproche adressé aux praticiens des États-Unis : avoir fabriqué de novo une maladie arbitraire pour élargir leur clientèle, les dépenses liées à l’ADHD étant évaluées à 1000 $ par an et par enfant. Mais casser le thermomètre ne dissipe pas la fièvre : « une moindre cupidité des psychiatres américains ou un autre regard culturel ne feront pas disparaître l’ADHD » écrivent les auteurs. Ceux-ci rapprochent les travaux sur l’ADHD (où l’on recherche un éclairage étiologique dans d’éventuelles disparités géographiques) de la première étude épidémiologique, réalisée en Angleterre lors de l’épidémie de choléra de 1854 : faisant « parler les statistiques », John Snow avait montré que les cas se concentraient autour d’un certain point d’eau, et que le choléra devait donc procéder d’une transmission hydrique.

Mais cette démarche épidémiologique n’apporte encore aucune certitude irréfragable en matière d’ADHD, excepté son caractère apparemment universel. Le débat reste donc ouvert, à nourrir par une meilleure convergence des critères diagnostiques, attendue dans les futures moutures des corpus de référence (DSM-V et ICD-11).

Dr Alain Cohen

Référence
Moffitt T et coll. : “Why does the worldwide prevalence of childhood attention deficit hyperactivity disorder matter ?” Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 856-858).

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