Hypercholestérolémie familiale et dyslipidémies sévères insuffisamment traitées aux Etats-Unis ?

L’hypercholestérolémie familiale (HCF) et les dyslipidémies sévères avec élévation extrême des taux plasmatiques de LDL-cholestérol (LDL-C) augmentent considérablement le risque de maladie cardiovasculaire (MCV) au travers d’une athéromatose accélérée. Si leur dépistage est effectué avec succès, encore faut-il que le traitement suive en termes de fréquence et d’intensité. Aux États-Unis, les autorités s’interrogent sur l’efficacité des mesures de prévention primaire chez ces patients à très haut risque cardiovasculaire. Les données recueillies entre 1999 et 2014, dans le cadre de la National Health and Nutrition Examination Survey semblent bien leur donner raison.

L’objectif a été de préciser la prévalence du dépistage systématique de ces dyslipidémies et la fréquence du recours à des statines adaptées par leur profil pharmacodynamique et leur puissance. Au total, l’enquête a porté sur un échantillon de 42 471 sujets représentatifs de la population générale atteints ou non d’une HCF (Dutch Lipid Clinic criteria) ou d’une dyslipidémie sévère (≥190 mg/dl). Une analyse par régression logistique a recherché une association entre les variables précédemment définies.

Un recours plus que mesuré aux statines…

La prévalence de l’HCF certaine ou probable aux États-Unis a été estimée, à partir de cet échantillon, à 0,47 % (+/-0,03 %) et celle des dyslipidémies sévères à 6,6 % (+/-0,2 %). La fréquence du dépistage et de la sensibilisation à la problématique s’est avérée élevée (> 80 %) dans les deux cas de figure précédents, mais le recours aux statines, pour sa part, a été uniformément faible, contrairement à toute attente, qu’il s’agisse de l’HCF certaine ou probable  (52,3 +/- 8,2 %] chez l’adulte ou encore des dyslipidémies sévères (37,6 +/-1,2 %). Moins d’un patient sur trois (30,3 %) atteint d’une HCF recevait une statine puissante. En cas de dyslipidémie sévère, la prévalence du recours aux statines a augmenté avec le temps (de 29,4 % à 47,7 %), mais à un rythme qui est celui observé dans la population générale (de 5,7 % à 17,6 %). La prescription de ces hypolipémiants a été positivement associée à certaines situations cliniques ou sociodémographiques : âge élevé, statut d’assuré, suivi médical régulier, diabète,  hypertension artérielle ou encore antécédents de MCV athéromateuse.

Le dépistage de l’hypercholestérolémie et la sensibilisation aux dyslipidémies sont à un niveau élevé aux États-Unis. Paradoxalement, le recours aux statines les plus puissantes dans des indications apparemment légitimes apparaît plus que mesuré : à titre d’exemple, pas plus de 50 % des adultes atteints d’une HCF certaine ou probable. Les patients jeunes et mal assurés sont ceux qui sont les plus exposés à un dépistage et un traitement insuffisants, ce qui s’explique en partie par les particularités du système de santé étatsunien.

Dr Philippe Tellier

Référence
Bucholz EM et coll. : Prevalence and Predictors of Cholesterol Screening, Awareness, and Statin Treatment Among US Adults With Familial Hypercholesterolemia or Other Forms of Severe Dyslipidemia (1999-2014). Circulation 2018 ; 137 (21) : 2218-2230.

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