Hypersensibilité électromagnétique : l’ANSES dévoile ses conclusions

Paris, le mardi 27 mars 2018 - A l’issue de trois ans de travaux (revue de la littérature, auditions et consultation en ligne), l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) publie son avis sur « l’hypersensibilité électromagnétique (EHS) ou intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques (IEI-CEM) ». Pour son étude, l’agence a repris les définitions que fait l’OMS (Organisation mondiale de la santé) de ces troubles*.

Sur le plan épidémiologique, l’ANSES estime « qu’une évaluation de la prévalence de l’EHS reste très difficile à faire ; les données scientifiques sur le pourcentage de personnes se déclarant EHS dans la population en France et à l’international ne sont pas fiables, elles sont comprises entre 0,7 et 13,3 %. Toutefois, les données les plus récentes (sept articles publiés entre 2008 et 2013) donnent des résultats plus resserrés, autour de 5 % (entre 1,2 % et 8,8 %) et ne semblent pas confirmer la perspective d’une augmentation progressive de la prévalence de l’EHS qui avait été suggérée par certaines études plus anciennes ».

Au total, le rapport, de près de 400 pages, s’est évertué à répondre à un certain nombre de questionnements que nous résumons ici. 

L’être humain est-il capable de percevoir les champs électromagnétiques ?

Concernant cette interrogation centrale, l’ANSES conclut qu’aucune « étude n’a mis en évidence une capacité des personnes se déclarant EHS à percevoir des champs électromagnétiques radiofréquences dans des conditions d’exposition environnementale ».

Ainsi,  elle a estimé que n’étaient pas robustes les études qui ont pu évoquer des modifications de l’activité électrique du système nerveux « sur des enregistrements de l’électroencéphalogramme (EEG) chez des personnes non-EHS lors d’une exposition à un signal magnétique 60 Hz », celles qui ont avancé « des différences entre des personnes se déclarant EHS et des témoins exposés à des champs électromagnétiques basses fréquences 50 Hz dans leur capacité à distinguer les expositions réelles des expositions factices » ou encore celles qui ont considéré avoir mis en évidence « un abaissement du seuil de perception du courant électrique basses fréquences chez certaines personnes se déclarant EHS ».

L’ANSES observe que « les résultats de ces études doivent être interprétés avec précaution et mériteraient de faire l’objet d’études de réplication ».

Y a-t-il une relation causale entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes des personnes se déclarant EHS ?

Là encore, l’Agence, après avoir rappelé que « les études de provocation sont souvent considérées comme le meilleur moyen de démontrer, en laboratoire, l’existence d’un lien de causalité entre les expositions aux champs électromagnétiques d’une part, et la survenue et la persistance des symptômes d’autre part » conclut que « les études de provocation analysées (une quarantaine) n’ont pas permis de mettre en évidence, de manière fiable et reproductible, l’apparition de symptômes ou d’anomalies biologiques ou physiologiques spécifiques à l’EHS pendant ou après une exposition (aux basses fréquences ou aux radiofréquences) ».

Une étude des hypothèses avancées pour interpréter les symptômes des personnes se déclarant EHS

Dans un premier temps, le groupe de travail a cherché à savoir s’il existait des biomarqueurs caractéristiques de l’EHS, mais il est apparu qu’il n’existe aucune donnée scientifique concluante en faveur de ces hypothèses.
Ensuite, il a étudié l’activité du système nerveux autonome (SNA) des personnes se déclarant EHS. En la matière, l’Agence est réservée : « en l’état actuel des connaissances, l’hypothèse selon laquelle les personnes se déclarant EHS souffriraient d’un dysfonctionnement basal du système nerveux autonome ne peut être ni validée ni exclue ».

En effet, certaines études, qu’elle estime bien menées « semblent mettre en évidence un phénotype différent en ce qui concerne l’activité du SNA au niveau basal (c’est-à-dire en l’absence d’exposition) entre les personnes se déclarant EHS et les témoins. L’origine de cette différence serait un déséquilibre de la balance ortho/parasympathique, qui se manifesterait, selon les études, par une augmentation de la composante orthosympathique, une tachycardie et / ou une augmentation de la conductance cutanée. Cependant, ces modifications pourraient aussi traduire un effet du stress lié aux conditions expérimentales ».

D’autre part, elle a estimé que les articles scientifiques disponibles qui ont avancé que « l’exposition à des champs électromagnétiques amplifierait les altérations de la barrière hémato-encéphalique » ou que les ondes électromagnétiques provoqueraient des perturbations dans la production de neurotransmetteurs ne pouvaient être validés à ce jour.

Alors qu’est-ce qui peut expliquer ce phénomène ?

Trois explications possible de ces symptômes sont mises en avant par les auteurs.

Premièrement, l’existence d’un terrain migraineux chez les personnes se déclarant EHS a particulièrement retenu l’attention du groupe de travail.

« En effet, les maux de tête sont l’un des symptômes les plus fréquemment rapportés par celles-ci et les résultats obtenus par un médecin chez certaines d’entre elles, qu’il a traitées comme des migraineux, sont apparus intéressants ».

Une éventuelle dysrégulation du cycle veille-sommeil ou de l’horloge circadienne chez les personnes se déclarant EHS a également été considérée comme crédible par le groupe de travail.

Enfin, pour l’ANSES, le concept d’"hypersensibilité", comme « trait de caractère » serait une explication plausible.

Elle rappelle que « ce concept est d’abord apparu en psychologie pour être étayé ensuite par des études éthologiques (chez plus de 100 espèces animales), neurobiologiques et génétiques. Il fournit une piste de réflexion sur un possible facteur commun à plusieurs syndromes (syndrome d’intolérance aux odeurs chimiques et fibromyalgie principalement), qui mériterait d’être approfondie ».

Une conclusion et des recommandations

Au terme de ces travaux, l’ANSES estime qu’il « n’existe pas de preuve expérimentale solide permettant d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par les personnes se déclarant EHS ». L’Agence souligne toutefois la nécessité  de former les professionnels de santé à l’écoute de ces patients et de poursuivre les travaux de recherche.

* perception par les sujets de symptômes fonctionnels divers non spécifiques ; absence d’évidences clinique et biologique permettant d’expliquer ces symptômes ; attribution, par les sujets eux-mêmes, de ces symptômes à une exposition à des champs électromagnétiques, eux-mêmes diversifiés.

Frédéric Haroche

Référence
https://www.anses.fr/fr/content/hypersensibilit%C3%A9-aux-ondes-%C3%A9lectromagn%C3%A9tiques-amplifier-l%E2%80%99effort-de-recherche-et-adapter-la

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Vos réactions (2)

  • Affections de la thyroïde ?

    Le 28 mars 2018

    Est-ce que, parmi ces patient(e)s, on n'en trouve pas qui prennent du Lévothyrox et qui présentent les graves troubles décrits avec la nouvelle formulation ?

    Dr Guy Roche

  • Il est trop tôt pour conclure

    Le 05 avril 2018

    Je viens de compulser les 380 pages du rapport de l'ANSES. Dans cette somme exhaustive, aride mais passionnante, on trouve quelques pépites:
    - dans une étude menée par l'ANSES, des rats placés 5 semaines dans la Wi-Fi voient leur temps d'endormissement augmenté et leur temps de sommeil paradoxal raccourci. Ils recherchent pour dormir la partie la plus éloignée possible de la source émettrice.

    - après 3 heures d'exposition à un signal GSM, tous les participants, "normaux" comme EHS, réagissent comme les rats ci-dessus. Manque de chance, l'hygrométrie et la température de la chambre n'ont pas été mesurées, donc l'étude n'est pas retenue.

    - une équipe chinoise démontre qu'une altération de la barrière hémato-encéphalique ne commence à être mesurable qu'après 14 jours d'exposition (3h/j) et devient objectivable au bout de 28 jours.

    - compte-tenu de l'expérience ci-dessus il est intéressant de noter que l'énorme majorité des études consiste en expériences de provocation de symptômes après des expositions à des puissances diverses ne dépassant pas 20 à 30 mn. Dans ces conditions, on constate qu'on ne constate rien, il y a même des EHS qui réfléchissent mieux avec une exposition réelle plutôt que simulée.

    Amusons nous à transposer ce type d'expériences dans le domaine de la pollution de l'air: vous placez 50 parisiens dans un air pollué pendant 30 mn, puis vous comparez divers paramètre avec un groupe témoin de 50 parisiens qui sont restés dans la pièce d'à côté: aucune différence n'est objectivable, ce qui démontre que la pollution de l'air n'impacte pas la santé!

    On peut se demander si ce type d'expériences, scientifiquement irréprochables par ailleurs, n'a pas été conçu pour ne rien démontrer...
    En tous cas, l'ANSES, avec prudence, en conclut qu'il est trop tôt pour conclure. On ne peut que l'approuver.

    Dr Jean-Jacques Perret

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