Hypertrophie bénigne de la prostate : choisir l’α-bloqueur en fonction de l’activité sexuelle

Les troubles urinaires du bas appareil (TUBA) et les dysfonctionnements érectiles (DE) sont fréquents chez les hommes âgés et volontiers rapportés à une hypertrophie bénigne de la prostate. Le traitement des TUBA par certains α1-bloqueurs (αB) peut améliorer les DE par … contrecoup, alors que d’autres αB ont au contraire des effets pernicieux sur l’éjaculation.

Une équipe japonaise a comparé trois αB chez 136 sujets de 50 à 80 ans, porteurs de TUBA. Ces 136 hommes ont été tirés au sort pour recevoir, soit de la silodosine, 8 mg/j (groupe S), soit du naftopidil 50 mg/j (groupe N), soit de la tamsulosine 0,2 mg/j  (groupe T) pendant 12 semaines. La silodosine et le naftopidil ont une sélectivité 162 et 10 fois supérieure à celle de la tamsulosine, c’est à dire qu’ils affectent 162 et 10 fois moins les récepteurs adrénergiques α1B (cardiovasculaires) que les récepteurs α1A, situés dans la prostate, lesquels provoquent un relâchement musculaire lisse réduisant la résistance à l’évacuation vésicale. Il y a eu 45 sujets dans les groupes S et T, 46 dans le groupe N. Les hommes ont été examinés avant traitement, puis après 1 et 3 mois (14 ont été perdus de vue).

Les améliorations du score IPSS (score international des symptômes de prostatisme) et du débit maximum ont été nettes et comparables dans les 3 groupes ; le score érectile n’a marqué une franche amélioration que dans le groupe N. La réduction du résidu vésical post-mictionnel n’a été, elle, sensible que dans les groupes N et S.

Parmi les 49 hommes qui conservaient une activité sexuelle avant traitement, un certain nombre se sont plaints d’une réduction de leur éjaculat : 1 sur 15 (7 %) dans le groupe N, 1 sur 12 (8,3 %) dans le groupe T mais 10 sur 11 (91 %) dans le groupe S.

Par ailleurs, quelques effets indésirables (troubles du sommeil dans le groupe T, étourdissements dans le groupe S, troubles hépatiques dans le groupe N) ont amené à interrompre le traitement.
Ces différences d’effet sur les fonctions érectiles et sur le volume de l’éjaculat doivent être prises en compte avant de prescrire un α-bloqueur chez des patients se plaignant de troubles vésico-prostatiques et qui poursuivent leur vie sexuelle.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Yokohama T et coll. : Effects of three types of alpha-1 adrenoceptor blocker on lower urinary tract symptoms and sexual function in males with benign prostatic hyperplasia.

Int J Urol., 2011;18:225-230.

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