Il était une fois la maladie de Parkinson

Pendant plusieurs décennies, les étudiants ont tous appris que la maladie de Parkinson était en rapport avec une dégénérescence de la voie nigrostriée responsable d’une déficience dopaminergique.  Cependant, tous les cliniciens ont remarqué l’existence de nombreux signes non moteurs ou non sensibles à la DOPA. Les explications proposées étaient le plus souvent confuses jusqu’à la publication originale de Braak en 2003.

Ce célèbre neuropathologiste qui avait notamment déjà précisé la progression des dégénérescences neurofibrillaires dans la maladie d’Alzheimer a proposé une hypothèse particulièrement séduisante pour relier toutes ces données. Il a en effet réalisé une étude neuropathologique de cerveaux de patients parkinsoniens, à différents stades, et de sujets non parkinsoniens, en utilisant un marqueur particulier, l’alpha-synucléine composant majeur du corps de Lewy. Il a mis en évidence que tous les sujets parkinsoniens avaient un marquage évidemment de la substance noire, mais aussi du lobe olfactif et de certaines régions du bulbe rachidien rendant compte de l’anosmie et des troubles du comportement en sommeil paradoxal. Fait plus intéressant, chez certains sujets dépourvus de signes moteurs, ces dernières anomalies étaient présentes.

Cet auteur a ainsi défini 6 stades : stades 1 et 2 : localisation bulbaire et olfactive ; stades 3 et 4 : atteinte méso-diencéphalique et mésocorticale ; stades 5 et 6 : atteinte néocorticale expliquant ainsi les troubles cognitifs au stade tardif. La boucle semblait bouclée et le puzzle enfin complété !

Malheureusement, ce schéma original est menacé par d’autres travaux qui ont fait l’objet d’une revue récente dans les Annals of Neurology par RE Burke et coll. Ceux-ci sont d’accord avec ce schéma pour la maladie de Parkinson mais considèrent qu’il ne peut s’appliquer au cas du complexe démence à corps de Lewy (DCL)/démence Parkinsonienne. En effet, plusieurs études neuropathologique ont montré que l’atteinte bulbaire et olfactive était absente dans 28 % des DCL cliniques et 16 % des DCL « fortuites ».

Finalement, l’alpha-synucléine est-il un bon marqueur puisque certains parkinsons génétiques (mutation LRRK2) n’ont pas de corps de Lewy ? Enfin, il existe des observations de patients stade 2 avec des signes moteurs et de patients stade 6 sans signes moteurs !

En conclusion, le schéma de Braak est applicable à la plupart des maladies de Parkinson. Par contre, il existe de nombreuses exceptions chez le sujet âgé et les patients DCL suggérant d’autres mécanismes physiopathologiques.

Dr Christian Geny

Référence
Burke RE et coll. : A Critical Evaluation of the Braak Staging Scheme for Parkinson’s Disease. Ann Neurol 2008 ; 64 : 485– 491.

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