Il fait plus froid que tu ne le penses : mais au fait qu’est-ce que la température ressentie ?

Paris, le mardi 27 février 2018 – Qui n’est jamais sorti de chez soi (notamment en période de températures glaciales) en maudissant les météorologistes (et les journalistes qui relaient leurs données) quant au défaut de pertinence de leur prévision en matière de température ? Qui en effet n’a jamais considéré qu’il faisait bien plus froid que les degrés annoncés en ayant le sentiment qu’il ne s’agissait pas uniquement d’une mauvaise appréciation de ce que recouvrent les fameux chiffres ou d’une mauvaise tolérance au froid ? Cette distorsion entre le "chiffre" et le "ressenti" a semblé trouver une réponse depuis quelques années en France. Petit à petit, sur toutes les chaînes de télévision, les journalistes ne se sont en effet plus contentés d’indiquer la température atmosphérique mesurée avec un thermomètre à 1,5 mètres au-dessus du sol et sous abri mais également d’évoquer la "température ressentie", souvent plus basse en hiver (et parfois plus chaude en été). La popularité dont cette précision a rapidement bénéficié dans un monde où chacun se passionne pour le temps qu’il fait a quelque peu éludé le fait qu’elle était le fruit d’une véritable formule mathématique et pas une notion subjective ou invention de présentateurs météo avides de satisfaire leurs téléspectateurs.

Pourquoi cet indice ?

Mesurer avec précision l’effet du froid sur les organismes vivants est essentiel pour appréhender les conséquences sanitaires de ces températures extrêmes. Il s’agit de pouvoir mettre en place de la manière la plus appropriée possible les mesures d’alerte et de prévention, notamment pour les populations les plus à risque. Dans les pays où les vagues de froid sont fréquentes, le besoin s'est fait sentir de disposer d’évaluations plus pertinentes dès le début du XXème siècle. L’objectif était d’évaluer la « sensation de froid produite par le vent sur un organisme qui dégage de la chaleur ». L’objet de la recherche s’est ainsi concentré notamment sur l’action du vent sur la couche protectrice d’air, réchauffée par le corps et humidifiée par évaporation de la peau qui permet de nous protéger.

Une idée venue des expéditions en Antarctique

Parmi les premiers à s’être intéressés au sujet, Paul Siple était chercheur de l’United States Antartic Serve Expedition entre 1939 et 1941. Alors que certaines observations avaient révélé que des engelures pouvaient survenir à des températures pourtant considérées comme à faible risque, la mise à disposition d’outils de mesure plus précis est rapidement apparue essentielle dans le cadre d’expéditions polaires. Pour déterminer le « refroidissement éolien », Paul Siple a donc imaginé avec son assistant Chalers Passel, une expérience consistant à mesurer le refroidissement d’un volume d’eau dans un cylindre et son temps de glaciation en fonction de différentes températures et expositions au vent. Bien qu’imparfait, ce que Paul Siple avait baptisé dans son mémoire le « Windchill factor » a été utilisé jusqu’au début des années 2000. A cette époque, de nouvelles évaluations ont été réalisées par des experts scientifiques et médicaux canadiens et américains. En utilisant des volontaires et des capteurs, ils ont pu mesurer les taux de perte de chaleur des parties exposées au froid et au vent (le visage), en cas de peau sèche et mouillée. Un nouvel "indice" était alors créé et est utilisé depuis.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la température ressentie sans jamais oser le demander

Cet indice répond à une formule savante disponible sur internet et notamment Wikipedia : RC = 13,12 + 0,6125TC + (0,3965TC - 11,37) x Vkm/h0,16*. Si cette équation ne sera pas compréhensible par tous, des tableaux de correspondance ont été mis en place, notamment par les services canadiens. Ainsi, une température de 0°C et un vent de 10 km/h correspondent à une température ressentie de -3, tandis qu’une température de -5°C et une vitesse du vent de 30 km/h à une température ressentie de -12 (contrairement aux températures sous abri ces températures ressenties ne sont pas exprimées en degré). « Pour déclencher une vigilance froid, il suffit d’un seul jour sous certains seuils de refroidissement éolien (-10 pour la vigilance jaune et -18 pour l’orange) » explique Météo France.

Tout sauf une température et tout sauf un ressenti !

Bien que plus fine que la température atmosphérique brute, la température ressentie n’offre cependant qu’une appréciation très partielle de la sensation pour chaque individu, qui répond à de nombreux autres paramètres (et ne correspond donc pas à la température que nous ressentons individuellement !) Outre le niveau de protection des vêtements, le métabolisme, le fait d’avoir mangé, le niveau d’hydratation, la corpulence de chacun, la couleur de peau et la pilosité ont en effet une incidence sur la température ressentie. Autant d’éléments qui doivent inciter à rappeler quel que soit l’outil de mesure utilisé les mesures de précaution qui s’imposent à tous et notamment aux populations vulnérables : limiter les déplacements, bien se couvrir, changer de vêtements lorsqu’ils sont humides, bien s’alimenter (en privilégiant les féculents) et éviter de penser qu’un peu d’alcool vous réchauffera efficacement.

Une fois encore, il ne s’agit que d’un ressenti !

*La formule en Fahrenheit et en mile par heure est disponible sur simple demande.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Questions

    Le 27 février 2018

    Qu'en est t-il de l'hygrométrie de l'air ambiant ? De la la température radiante ? De la loi de Missenard ?

    Dominique Ha

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