Il y aurait 3 fois plus de cryptorchidie chez les fils des femmes exposées aux pesticides pendant leur grossesse

De nombreux agents chimiques identifiés comme perturbateurs endocriniens sont des pesticides, et plusieurs études ont rapporté une augmentation de la prévalence de la cryptorchidie chez les fils de jardiniers et ceux de familles vivant dans des exploitations agricoles où des pesticides avaient été utilisés. Ces observations ont incité des auteurs danois à évaluer les effets de l’exposition professionnelle aux pesticides, au cours de la grossesse, sur le développement de l’appareil de reproduction des garçons.

L’étude, prospective, menée au Danemark, a recruté, entre juillet 1996 et octobre 2000, 289 mères travaillant dans des serres, affectées pour la plupart à l’emballage, à la mise en pots des plantes et aux boutures, 17 % ayant rapporté avoir manipulé des pesticides, et a inclus 113 paires mères-fils.

Les mères ont été réparties, selon l’exposition aux pesticides pendant la grossesse, en deux groupes : le  premier comprenait les mères professionnellement exposées (91 fils), le second les mères non exposées (22 fils). Les informations intéressant les conditions de travail, la manipulation de pesticides, le port de protection ont été détaillées, ainsi que celles relatives aux antécédents maternels en terme de grossesses antérieures, contraception, délai avant obtention d’une grossesse, aux antécédents médicaux des deux parents, au mode de vie, à l’éducation, aux habitudes tabagiques et à la consommation d’alcool. L’exposition extraprofessionnelle aux pesticides (usage domestique pour les animaux familiers et le jardinage) et l’exposition professionnelle du partenaire ont été estimées.
L’examen clinique et échographique des fils, à l’âge de 3 mois, a précisé la position et le volume des testicules, la longueur du pénis, la position de l’orifice urétral, et les concentrations sériques de FSH, LH, SHBG (sex hormone-binding globulin), testostérone, inhibine B ont été mesurées.

La prévalence de la cryptorchidie chez les fils dont la mère travaillait dans les serres, était, à 3 mois, de 6,2 % (IC à 95 % : 3,0-12,4), significativement  plus élevée que celle observée chez les garçons danois nés en zone urbaine dans la région de Copenhague (1,9 % IC à 95 % :1,2-3,0).

Chez les fils de mères exposées professionnellement aux pesticides, la prévalence de la cryptorchidie était de 7,7 % (IC à 95 % : 3,7-15,3). Par ailleurs, on observait dans ce groupe une diminution de la longueur du pénis, du volume testiculaire, des concentrations sériques de testostérone et d’inhibine B, et une augmentation des concentrations de SHG, de FSH et du rapport LH/testostérone, en comparaison des garçons dont la mère n’avait pas été exposée aux pesticides. À l’analyse séparée, seule la réduction de la longueur du pénis s’est avérée statistiquement significative, mais les auteurs insistent sur le fait que les autres effets observés allaient dans le sens attendu.

Cette étude menée chez des femmes travaillant dans des serres danoises, retrouve donc, en cas d’exposition au cours de la grossesse à 21 pesticides parmi les plus utilisés dans ce cadre professionnels (dont 14 ont des effets endocriniens), une prévalence de la cryptorchidie chez les enfants, plus de 3 fois plus élevée que dans la population urbaine de la région de Copenhague. D’autres effets délétères sur les organes de reproduction sont également observés, suggérant, selon les auteurs, une action nocive des pesticides sur les cellules de Leydig et de Sertoli au cours du développement testiculaire.

Dr Claudine Goldgewicht

Références
Andersen HR et coll. Impaired reproductive development in sons of women occupationally exposed to pesticides during pregnancy. Environ Health Perspect, Publication avancée en ligne, 22 janvier 2008.

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Vos réactions (2)

  • Il y aurait 3 fois plus de cryptorchidie chez les fils des femmes exposées aux pesticides pendant leur grossesse

    Le 12 février 2008

    Comme trop souvent (est-ce la faute des auteurs ou du commentateur ?) le terme "pesticide" est employé sans autre précision. Ce terme franglais couvre tout et le reste, des antifongiques aux insecticides en passant par les désherbants sélectifs, produits qui n'ont en commun que leur utilisation en agriculture. Pour qu'un article de ce type ait une signification, il faudrait que le ou les produits en cause, ou au minimum leur catégorie technique et chimique, soient déterminés. En attendant, il est sans conséquence pratique, sinon de stimuler les fantasmes "écolos".

    Jean-François Foncin

  • définition et méthodologie

    Le 21 février 2008

    Soit la traduction est mauvaise soit les auteurs ne connaissent pas la pathologie. Le terme de cryptorchidie est réservée aux testicules non palpés (en position intra adbominale ou dans le canal inguinal) et ne représente qu'une toute petite partie des testicules mal descendus ou "ectopiques" (trés loin des 6 ou 7% annoncés).
    Quand à l'appréciation echographique des testicules elle est tout à fait mauvaise car elle ne fait pas la distinction entre les testicules réellement ectopiques et les testicules "oscillants" ou "ascenseurs" c'est à dire des testicules dont le trajet et le cordon sont normaux mais qui remontent lors des contractions du crémaster et qui se mettront spontanément en place à la puberté, n'étant donc pas un état pathologique mais physiologique.

    Michel Juricic

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