Importance du microbiote dans la diarrhée infectieuse

Les diarrhées infectieuses représentent un défi sanitaire mondial. Elles sont le plus souvent d’origine alimentaire et peuvent être dues à plus de 200 agents pathogènes différents. Le déclenchement de la diarrhée dépend de nombreux facteurs, liés à l’agent lui-même mais aussi à l’hôte dont le tube digestif possède plusieurs mécanismes de protection contre le risque infectieux : barrière physique constituée par la muqueuse digestive et les mucines, hyperacidité gastrique, péristaltisme intestinal, réponses immunitaires locale et systémique, probable susceptibilité génétique.

Le microbiote intestinal pour sa part confère à l’organisme une résistance à la colonisation par les germes environnementaux, comme en témoignent les modèles de souris génétiquement dépourvues de flore dont le risque d’infections intestinales est augmenté. Les éléments en faveur de l’importance du microbiote sont nombreux : inhibition de la croissance de certains pathogènes par les acides gras à chaînes courtes issus de son catabolisme (butyrate), production de peptides à large spectre antibactérien, compétition avec les pathogènes pour les nutriments et pour les sites d'adhésion,… Chez l’homme, 2 entités cliniques montrent clairement l’importance du microbiote intestinal : la diarrhée liée aux antibiotiques et la diarrhée à Clostridium difficile.

La diarrhée liée aux antibiotiques s’accompagne d’une réduction de la diversité de la flore intestinale, et en particulier des espèces productrices de butyrate. Le microbiote se normalise en quelques semaines après l’arrêt des antibiotiques et de nombreuses études ont montré l’efficacité préventive des 2 probiotiques, S. boulardii et Lactobacillus GG, chez l’adulte et chez l’enfant.

La diarrhée à Clostridium difficile est déclenchée par les perturbations de la flore après antibiothérapie qui permettent la pullulation de cette bactérie et la sécrétion des toxines A et B responsables de lésions coliques. Une souche particulièrement virulente de C. difficile est responsable depuis le début des années 2000 d’épidémies avec augmentation des cas de colite pseudomembraneuse nécessitant une colectomie, et des taux de décès. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés : sujets âgés (dont le microbiote est modifié), comorbidités (maladie intestinale inflammatoire, cirrhose), inhibiteurs de la pompe à protons (mais les résultats sont discordants).

L’infection à Clostridium difficile répond habituellement bien au métronidazole ou à la vancomycine mais elle devient récidivante dans 20 à 30 % des cas, probablement parce que la prise d’antibiotiques s’oppose à la normalisation de la flore intestinale. L’effet bénéfique de S. boulardii comme traitement adjuvant montre que la normalisation du microbiote intestinal parvient à briser le cercle vicieux de l’infection récidivante à Clostridium difficile.

Dr Odile Biechler

Référence
Surawicz CM : Microbiota and infectious diarrhea. “The intestinal microbiota, equilibrum et disorders” (Barcelone) : 2 octobre 2009. International Workshop organisé par Biocodex.

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Vos réactions (1)

  • Dommage

    Le 31 octobre 2009

    Depuis fort longtemps l'Ultra-Levure, le Bactisubtil etc. ne sont plus remboursés par la S.S. et c'est fort fort fort...dommage.

    Dr Maurice Prevot

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