Infatigable

Brive-la-Gaillarde, le samedi 29 juin 2019 – La clinique des Cèdres à Brive-la-Gaillarde compte depuis quelques jours un nouveau médecin spécialiste parmi ses collaborateurs. Ce dernier devrait permettre de développer une consultation en dermatologie au sein de l’établissement. Jusqu’à aujourd’hui en effet, aucun dermatologue ne proposait de consultations générales. Cette innovation est d’autant plus attendue que le secteur souffre d’une importante désertification médicale, notamment dans certaines spécialités, dont la dermatologie. En quelques jours, l’agenda du praticien s’est rempli. Et l’âge du nouveau venu n’a semble-t-il nullement dissuadé les patients. Le nouveau praticien de la clinique des Cèdres a en effet 80 ans.

Sacrifice

Les médecins retraités représentent, on le sait, une part de plus en plus importante des médecins en activité aujourd’hui. Dans certains territoires, sans la poursuite de leur exercice par les plus âgés, la permanence des soins ne serait que très difficilement assurée. Aussi, ces médecins sont-ils perçus comme des sauveurs. Leur portrait tend le plus souvent à insister sur la dimension sacrificielle de leur situation et sur l’abnégation dont ils font preuve en acceptant de différer l’heure du repos. En filigrane, on ne cesse de dénoncer le scandale qui oblige de pauvres médecins contraints d’oublier la joie des vacances auprès de leurs petits-enfants pour répondre encore une fois présent à l’appel de la santé publique.

Tourbillon médiatique

La réalité est cependant un peu différente de cette imagerie hagiographique. Le médecin retraité est en réalité souvent un médecin heureux. Un médecin qui ne redoute rien de plus que de raccrocher la blouse. « Je me sens en pleine forme. Honnêtement, à la retraite, je m'ennuyais », raconte ainsi le petit nouveau de la clinique des Cèdres. Mais son âge n’est pas le seul élément marquant de la personnalité de ce nouveau venu. Sa réputation le précède également : il s’agit du professeur Jean-Paul Escande. Il y a 45 ans, alors âgé de 35 ans, le praticien devenait professeur des universités en dermatologie. Le natif de Brive était arrivé à Paris une quinzaine d’années auparavant guidé par la recommandation de son père : « Travaille bien à l’école et sois interne à la capitale ». Jean-Paul Escande a parfaitement su satisfaire son père. A la capitale, il est demeuré pendant plusieurs décennies, se partageant entre l’hôpital Cochin-Tarnier où il arrivait parfois à 6 heures du matin, ses activités de recherche et son goût pour le tourbillon médiatique. Le médecin s’est en effet fait connaître tout à la fois pour son rôle de pionnier dans la prise en charge des patients touchés par le SIDA et pour son désir entêtant d’être un vulgarisateur de la médecine. Si ses prises de position ont parfois été raillés par ses confrères (qu’il a parfois malmenés) et s’il n’a pas évité quelques dérapages (quand il a par exemple osé affirmer dès 1989, soit un peu trop tôt, que l’épidémie de Sida était enrayée en France), Jean-Paul Escande est demeuré un infatigable curieux et un enthousiaste conteur. Ce sont ces qualités déterminantes qui l’ont notamment poussé à dépasser le champ de la médecine pour travailler avec le biologiste René Dubos, le physicien Gilbert Chauvet et le mathématicien René Thom autour du cancer.

La place des vieux dans la société

A 67 ans, le médecin renommé ne se résout pas à la retraite qu’on lui impose et multiplie les remplacements et les vacations dans des centres de soins. Il y a quatre ans cependant, il quitte Paris pour se retirer à Brive où son père vient de mourir (à l’âge de 105 ans) et dont il vient d’hériter d’un appartement familial qui l’a vu naître. Jean-Paul Escande pense se consacrer à l’écriture, mais cette activité ne lui suffit pas. Il prend contact avec différents établissements et parvient sans difficulté à séduire la clinique des Cèdres. « J’ai bien l’intention de me replonger dans la dermato » a-t-il confié au Quotidien du médecin, tandis qu’il a rappelé aux journalistes du Parisien : « En plus, on manque de dermatologues. À Brive, il y a trois mois d'attente pour un rendez-vous ». Le praticien pourrait-il être rejoint par d’autres octogénaires désireux de reprendre du service. Le médecin en est convaincu : « J'ai des copains qui rêvent de reprendre le boulot eux aussi. Les vieux, ils veulent avoir une place dans la société. Arrêtons pour une fois de les considérer… comme des vieux ! »

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article