Infections mortelles en Haïti

Il avait été envoyé par sa confrérie, à 63 ans, pour aider les victimes du tremblement de terre, et il en est mort le 30 janvier dernier. Son but, c’était de construire un abri temporaire pour héberger quelques petits orphelins. A l’hôpital de Santo Domingo, en République Dominicaine, où il était admis dès le lendemain de son retour, on n’a rien pu faire pour lui : méningite fulminante à méningocoque. A son départ, une semaine plus tôt, on lui avait bien ordonné un traitement prophylactique contre le paludisme et un vaccin contre le tétanos, mais rien pour la méningite. Un cas dramatique, et qui illustre le risque infectieux majeur qu’affrontent, parfois sans le savoir, les survivants, urgentistes et bénévoles du plus spectaculaire tremblement de terre de ce siècle. Qu’en est-il exactement aujourd’hui ? On dispose, grâce à l’UN Health Cluster [The Global Health Cluster, sous l’égide de l’OMS], des données collectées par une trentaine d’organisations humanitaires internationales plus quelques autres sources sélectionnées pour leur fiabilité. Voilà les principales menaces qui, pour eux, planent aujourd’hui sur l’île désolée d’Haïti : 

-Maladies diarrhéiques. Forte tendance à la hausse dans les camps internes de personnes déplacées (CIPD), et qui pourrait encore s’aggraver ces prochaines semaines, y compris et surtout à Port au Prince où le ruissellement des pluies prévues pour le mois de mars devrait compromettre gravement la qualité des quelques fontaines d’eau potable de la ville.

-Grippe H1N1. Le virus circule-t-il en Haïti ? Difficile à savoir avec certitude, mais il est clair  que les infections respiratoires font des ravages dans les CIPD. Plusieurs notes rapportent l’importance du problème, particulièrement pour les plus petits, et le manque criant de moyens pour y faire face.

-Anthrax (charbon). Le risque est difficile à évaluer pour l’instant ; les organisations l’évoquent parce que la vallée de l’Artibonite présente un risque particulier, avec un pic de cas humain en mai- juin.

-Dengue. Risque modéré avec les pluies soutenues prévues pour bientôt. Les gîtes à moustiques vont se multiplier, et le potentiel épidémique de l’infection suivra jusqu’à atteindre un maximum un peu plus tard dans l’année. L’approvisionnement des CIPD en moustiquaires ne semble pas prévu.

-Tuberculose. Haïti avait déjà le plus fort taux de tuberculose des Amériques, avec 30 000 nouveaux cas par an, en faisant selon l’OMS la deuxième tueuse du pays après le SIDA. Il n’y avait qu’un sanatorium dans le pays, et les plusieurs centaines de tuberculeux qu’il hébergeait s’en sont enfuis pour rejoindre les tentes-abris surpeuplées dans lesquelles s’entassent des milliers de réfugiés, devenus de ce fait à fort risque de contagion. Les médicaments ne sont plus distribués aux malades, et donc les traitements sont en rupture. Ajoutons qu’il est quasiment impossible de diagnostiquer cliniquement l’infection (sueurs nocturnes, toux et pertes de poids étant le lot commun) et on comprendra l’extrême inquiétude des spécialistes, qui redoutent évidemment avant tout l’émergence d’une tuberculose MDR ou XDR.

D’autres infections guettent évidemment : sepsis divers, gangrènes, typhoïde etc. Les pédiatres souffrent plus que d’autres du manque de moyens médicaux adaptés et craignent les mois à venir, où des maladies aussi simples à prendre en charge que les diarrhées pourraient causer des centaines de décès. Ils redoutent les infections listées dans ce résumé, mais pas seulement. Le sempiternel paludisme, par exemple, ne pourrait-il pas profiter des circonstances pour exploser à son tour ?

Dr Jack Breuil

Références
Global Health Cluster : in: http://www.humanitarianreform.org/humanitarianreform/ Default.aspx?tabid=75
ProMed. Tuberculosis – Haiti : post- hearthquake. 5 Feb 2010, archive number 20100207.0409

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