Infirmière et vaccination, pourquoi ce désamour ?

Alors que la France connaît un pic d’épidémie de grippe et que notre ministre de la santé réfléchit à l’instauration d’une obligation vaccinale contre la grippe pour les soignants, une étude sur le sujet vient de paraitre dans le dernier numéro de la revue International journal of nursing studies. Menée par une équipe de « recherche infirmière »  chinoise, cette étude s’est penchée en 2012 sur les freins et les facteurs prédictifs d’adhésion aux campagnes de vaccination pour les infirmières exerçant dans différents secteurs de soins de neuf hôpitaux chinois.

Au total, 921 infirmières ont répondu à un questionnaire diffusé par les chercheurs auprès du personnel infirmier. Sur le nombre total de réponses, 895 questionnaires ont pu être exploités. L’analyse des données sociodémographiques montre une expérience professionnelle moyenne de 8 ans et la majorité des participantes exerçaient en service de médecine (312) et chirurgie (348).

Seules 8,8 % de celles qui ont répondu avaient reçu le vaccin  antigrippal au cours de la saison précédente et dans l’ensemble les infirmières déclaraient avoir reçu environ 0,38 ± 0,71 vaccins durant les 5 dernières épidémies de grippe.

Se protéger ou protéger les autres ?

Des scores de perception des risques (1-12) et de connaissances (0-22) ont été dégagés et montrent que les éléments prédictifs concernant le statut vaccinal sont la spécialité d’exercice, les connaissances à propos de la grippe  (Odds ratio ajusté [ORa] 1,166 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] 1,083-1,255, p=0.003), la perception de sa propre santé (ORa 0,910 ; IC95 0,845-0,980, p = 0,013), l’estimation du risque d’être contaminé (ORa 1,075 ; IC95 1,023-1,130), p = 0,004), et d’autres opinions diverses (ORa 1,166 ; IC95 1,083-1,255,  p < 0,001).

Par ailleurs, on remarque que les infirmières interrogées expliquent se faire vacciner « pour se protéger » dans 98,4 % des cas alors que 27,6 % le font « pour protéger les autres ». Une petite partie a recours à la vaccination parce que convaincue de l’efficacité du vaccin antigrippal (24 %).

Quant aux infirmières ne se faisant pas vacciner, 39,7 % avancent le fait « qu’elles n’en ont pas besoin », 36,2 % le refusent par « choix personnel » alors que 33,7 % évoquent la crainte des effets secondaires possibles. En outre, 30,1 % des infirmières pensent que le vaccin est un élément favorisant la contamination par le virus de la grippe alors que 24 % affirment que la vaccination provoque de graves effets secondaires. Cette étude, bien que très localisée, souligne donc les fausses-croyances entourant encore la vaccination et le virus de la grippe en lui-même.

Alors qu’émergent de véritables campagnes anti-vaccination sur notre territoire, il serait intéressant de transposer cette étude au personnel soignant français afin d’investiguer les freins à la vaccination des soignants sur notre sol et amener ainsi des réponses adéquates à cette problématique.

Maxime Sassalle

Référence
Kan T et coll. : Predictors of seasonal influenza vaccination behaviour among nurses and implications for interventions ti increase vaccination uptake : A cross-sectional survey. Int J nurs stud., 2018; 79: 137-144. doi: 10.1016/j.ijnurstu.2017.12.003.

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Vos réactions (2)

  • Rôle des campagnes anti-vaccins

    Le 28 janvier 2018

    Les campagnes anti-vaccins n'émergent pas, elles sont toujours là, plus ou moins amplifiées au gré des news (fake) relayées sans analyse par de nombreux médias ; et l'investigation concernant l'attitude et les connaissances des professionnels de santé vis à vis des vaccins a été faite plusieurs fois, notamment par Santé Publique France en 2011
    http://invs.santepubliquefrance.fr/pmb/invs/(id)/PMB_9831
    ...on comprend pourquoi la pédagogie doit d'abord être faite auprès des acteurs de santé eux-mêmes.

    Dr Blandine Courtot







  • Evaluation du vaccin antigrippal

    Le 30 janvier 2018

    Il n'est pas très populaire chez les infirmières françaises non plus, qui voient les syndromes grippaux frapper indistinctement les sujets vaccinés ou non. Dans les Ehpad, la très grosse majorité des résidents sont vaccinés, comme l'étaient mes deux derniers syndromes grippaux.

    Lorsque l'on cherche à se renseigner sur l'évaluation de ce vaccin, on constate qu'elle n'est pas très documentée, et que la littérature consacrée revue par Tom Jefferson, de la collaboration Cochrane, ne rend pas très optimiste sur son efficacité, notamment en ce qui concerne la vaccination des personnels intervenant en institutions pour personnes âgées.
    https://www.researchgate.net/publication/251569761_Influenza_Vaccination_for_Healthcare_Workers_Who_Care_for_People_Aged_60_Or_Older_Living_in_Long-Term_Care_Institutions

    Catherine Harris

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