Infirmières : demain, la grève

Paris, le mercredi 30 septembre 2015 – Le secteur libéral n’est pas seul à se mobiliser cet automne contre les différents projets du gouvernement. A l’hôpital, le malaise de l’ensemble des professionnels atteint désormais un niveau inquiétant. Si les trois milliards d’euros d’économie attendus des établissements hospitaliers, déjà sous tension financière, cristallisent le mécontentement, le projet de loi de santé suscite également la défiance. L’avènement des groupements hospitaliers de territoire (GHT) notamment mobilise un nombre croissant de professionnels et ils seront, ce jeudi 1er octobre, au cœur de la journée de mobilisation générale sonnée dans la fonction publique hospitalière par la majorité des syndicats (même si leurs revendications et messages diffèrent parfois quelque peu). A ce refus de "l’hostérité", au rejet des GHT, s’ajoutent par ailleurs la défense des accords sur l’organisation du temps de travail et l’appel à un moratoire concernant les fermetures de lits.

A ou B : même pénibilité

Les infirmières devraient sans doute être particulièrement mobilisées ce 1er octobre, en raison de la multiplication des appels à la grève de leurs organisations. Outre les centrales syndicales, le syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), la Coordination nationale infirmière (CNI) et le Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA) appellent  en effet à la mobilisation demain. Le mot d’ordre n’est pas unique, mais les revendications défendues et le malaise qu’elles évoquent se rejoignent.

Du côté du SNPI, on revient tout d’abord sur les inégalités entre les infirmières ayant choisi la catégorie A et celles demeurées en catégorie B. « Que l’on soit en catégorie A ou B, dans le public ou dans le privé, les conditions de travail sont les mêmes. Le SNPI CFE-CGC, syndicat des infirmières salariées, estime qu’il est aberrant que pour un même métier coexistent des âges de départ à la retraite différents. La pénibilité de l’exercice est un fait objectif » rappelle l’organisation, qui souligne que l’espérance de vie des infirmières ne dépasse pas 78 ans (contre 85 ans pour l’ensemble des femmes françaises). Aussi, le SNPI appelle une reconnaissance de la pénibilité par un départ anticipé en retraite. La seconde revendication majeure du SNPI concerne les revalorisations salariales. Là encore les différences entre les catégories sont dénoncées et d’une manière générale, l’organisation juge que les salaires devraient tenir compte du « niveau de responsabilité des professionnels infirmiers ».

Infirmier spécialisé en santé mentale : un manque prégnant

Le SNPI s’intéresse par ailleurs aux infirmières spécialisées, regrettant la stagnation des discussions sur la réingénierie des diplômes des infirmières de bloc ou des puéricultrices et réclamant la création d’une spécialisation en santé mentale, pour pallier à la disparition des infirmières en psychiatrie (en raison de la suppression du diplôme en 1992). Enfin, le SNPI souhaite que le gouvernement abroge l’article 51 de la loi Hôpital patient santé territoire, concernant les transferts de compétence, considérant que les protocoles permis par ce dispositif n’apportent aucune garantie de qualité pour les patients.

Des revendications multiples, un même malaise

Du côté de la Coordination nationale infirmière (CNI), c’est davantage les conditions de travail dans les hôpitaux qui est sont cœur des préoccupations. Ainsi, le syndicat appelle au « respect des protocoles locaux sur les 35 heures », à « l’arrêt des suppressions de postes et de lits dans les hôpitaux » et à l’abandon de l’article instaurant les GHT au sein du projet de loi de santé. L’organisation milite par ailleurs pour une refonte du système de DPC (développement professionnel continu) et pour la confirmation de la reconnaissance de l’expertise paramédicale à travers la création d’un master en pratiques avancées.

Si on le voit, les revendications dénotent des sujets d’inquiétude parfois différents, ces appels à la mobilisation évoquent l’existence d’un même malaise au sein de la fonction publique hospitalière et plus encore chez les infirmières. Malaise que le gouvernement ne semble pas aujourd’hui disposé à entendre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Travailler en Suisse ou au Canada

    Le 30 septembre 2015

    Elles ont raison de se rebeller.
    Leur salaire est bas, et leur retraite minable.
    Elles ne sont pas assez nombreuses dans les services, une infirmière pour 30 lits !
    Leurs études sont longues, elles sont très bien formées, et mal reconnues par le système hospitalier.
    Heureuses sont celles qui peuvent aller travailler en Suisse ou au Canada.

    Dr Patrick Gadras

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