Insécurité alimentaire : la Chine prise au piège de son propre jeu

Paris, le lundi 15 septembre 2008 – Résine animée, très recherchée pour son impressionnante résistance à la chaleur, à la lumière et à l’abrasion au feu, la mélamine (ou formaldéhyde de mélamine) était utilisée dans les années cinquante par certains producteurs américains, européens et soviétiques, qui n’hésitaient pas à la donner au bétail en guise de complément alimentaire. Cependant, le danger pour la santé humaine fut bientôt mis en évidence et l’utilisation de cette molécule dans l’industrie alimentaire fut totalement abandonnée dans les pays occidentaux. Premier producteur au monde de mélamine, la Chine n’a pour sa part pas interdit son utilisation dans l’alimentation du bétail ou dans la fabrication des biscuits. Surtout, la mélanine est très recherchée par ceux qui souhaitent augmenter facilement et artificiellement le volume de leur production. C’est ainsi qu’un fabricant chinois d’aliments pour animaux domestiques n’avait pas hésité à l’employer, condamnant à mort des dizaines de chiens et de chats américains et canadiens. Le scandale avait fait grand bruit il y a près d’un an mais n’avait nullement conduit les responsables chinois à quelques séances édifiantes de mea culpa. On se souvient au contraire de la publication en août 2007 du communiqué du ministre chinois du commerce qui avait affirmé : « Plus de 99 % des produits exportés par la Chine sont bons et sont sûrs. Nous espérons que les parties concernées considéreront les produits chinois avec objectivité, en étant justes et raisonnables ». Surtout, face à la multiplication des procédures de rappel, qui concernèrent jouets, raviolis et lots d’héparine, la Chine avait clairement manifesté sa volonté de ne pas faire profil bas : elle avait ainsi à la suite d’analyses rondement menées, classé comme « dangereux » plusieurs produits américains présents sur son territoire.

Une affaire qui connaît des précédents

Cependant, les premières victimes de l’insécurité alimentaire et chimique qui prévaut en Chine, liée à un développement économique anarchique, sont les chinois eux-mêmes. L’attention grandissante que suscite la Chine empêche de plus en plus souvent le gouvernement de masquer aux yeux du monde les scandales qui la secouent, surtout lorsqu’ils connaissent l’ampleur de l’affaire du lait maternité Sanlu. Ce fabricant de lait en poudre destiné aux nourrissons a récemment rappelé 700 tonnes de lait en raison de sa contamination par de la mélamine. La présence de la molécule a entraîné des complications rénales chez au moins 400 enfants, tandis que l’un d’entre eux est mort. Le traitement de la situation par la Chine témoigne une nouvelle fois du long chemin qui lui reste encore à suivre pour atteindre une véritable transparence. Alors que les responsables de la firme ne se sont nullement exprimés et que seule la version officielle de l’affaire paraît devoir circuler sur le net, le gouvernement affiche sa volonté d’élucider rapidement le scandale. Il a en effet indiqué qu’une enquête à l’échelon national était ouverte. Soulignons qu’une affaire similaire a déjà secoué la Chine, il y a quelques années : treize nouveau-né nourris avec un lait infantile dont la valeur nutritionnelle s’était avérée totalement nulle avaient trouvé la mort. Un haut fonctionnaire dont la corruption avait permis cet incident et différentes autres affaires d’intoxication alimentaire a été condamné à mort en mai dernier.

M.P.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article