Insuline contre Alzheimer

L’insulinothérapie par voie intranasale donne des résultats encourageants chez les patients atteints d’une maladie d’Alzheimer (MA) et d’un trouble cognitif léger de type amnésique (aMCI), d’après les résultats, tout juste rendus publics, d’un essai clinique pilote.

Selon des observations précédentes, la dysrégulation de l’insuline contribuerait à la physiopathologie de la MA, où l’on a mis en évidence une activité et des taux réduits d’insuline. L’insuline module aussi les niveaux de peptide amyloïde β et peut protéger contre les effets nuisibles des oligomères de Aβ sur les synapses.

Un essai clinique d'administration quotidienne intranasale d'insuline pendant 3 semaines s’est avéré positif pour l'état fonctionnel d’un groupe de malades atteints de MA et de sujets aMCI, condition qui représente dans la plupart des cas le stade prodromal de la MA.

Sont aujourd’hui publiés les effets à plus long terme de cette administration d’insuline. Soixante quatorze participants sont traités par insuline intranasale deux fois par jour (20 UI ou 40 UI) pendant 4 mois, et 30 par un placebo. Ils sont tous les deux mois soumis à des tests de mémorisation et à un questionnaire spécifique sur la sévérité de la démence (DSRS) mesurant l’évolution cognitive, sociale, et fonctionnelle. Le score ADAS-cog et l’échelle ADCS-ADL permettent de quantifier les fonctions cognitives, et l’autonomie dans les activités de la vie quotidienne. La dernière évaluation a lieu deux mois après le traitement.

Une amélioration de la mémoire est observée pour les participants sous 20 UI d'insuline. Les scores au DSRS sont préservés dans les deux groupes de traitement. Les capacités à l’échelle ADCS/ADL se maintiennent sous insuline. De même la cognition générale au score ADAS-cog est protégée, un effet plus prononcé chez les patients les plus jeunes, qui connaissent un déclin cognitif plus important.

Dans des analyses exploratoires, des changements des biomarqueurs du LCR (taux de Aβ42 et rapport protéine tau/Aβ42) sont associés à des modifications des paramètres cognitifs et fonctionnels chez les sujets sous insuline, et la tomographie par émission de positons au fluorodéoxyglucose révèle une stabilisation du métabolisme cérébral du glucose sous insuline.

Les effets observés restent faibles en valeur absolue, comme on s’y attend d’une intervention relativement brève, donc la signification clinique à plus long terme est incertaine. En conclusion, aucun effet indésirable grave n’étant observé, les résultats prometteurs de cet essai pilote sur site unique sont à confirmer et à étendre par de futurs essais multi-sites de plus longue durée et des études mécanistiques du rôle de l'insuline dans la pathogenèse de la MA.

Dominique Monnier

Référence
Craft S et coll. : Intranasal insulin therapy for Alzheimer disease and amnestic mild cognitive Impairment. Arch Neurol., 2011. Publication avancée en ligne le 12 septembre. doi:10.1001/archneurol.2011.233.

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