Intelligence artificielle : les patients ne sont pas prêts !

Paris, le samedi 29 juin 2019 – La multiplication des études mettant en évidence la supériorité des algorithmes dans le dépistage de différentes pathologies et la confirmation depuis de nombreuses années de l’augmentation de la précision de certains gestes techniques et chirurgicaux quand ils sont réalisés par des robots suggèrent que ces outils continueront dans l’avenir à jouer un rôle de plus en plus déterminant en médecine. Les patients sont déjà nombreux à bénéficier des atouts de ces technologies, mais ne le perçoivent pas nécessairement. Ils demeurent très attachés à une conception de la médecine où l’humain joue un rôle central, sans mesurer que dans de nombreuses situations les réponses des "machines" ont été essentielles au médecin pour établir son diagnostic. Dans ce contexte, peu étonnant qu’ils perçoivent avec inquiétude la "révolution" annoncée de l’intelligence artificielle.

Seul un patient sur deux ont une vision positive des objets connectés santé

Ainsi, les résultats d’une étude menée à partir de la cohorte ComPaRe (Communauté de Patients pour la Recherche) mise en place par l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, récemment publiés dans la revue Nature Digital Medicine signalent la très grande défiance des patients vis-à-vis de l’automatisation et de la numérisation des soins. Quelques 1 200 patients suivis dans toute la France pour des maladies chroniques ont répondu à un questionnaire concernant leurs « perceptions des outils basés sur l’intelligence artificielle » indique un communiqué de l’AFP. Le formulaire proposait notamment des « cas concrets » présentés sous forme de vignettes. On observe que moins de la moitié seulement des patients (47 %) ont une vision positive de l’intelligence artificielle et des objets connectés, dont ils estiment qu’ils peuvent être des véritables atouts pour leur santé. Si les autres personnes interrogées se montrent plus dubitatives, 11 % vont même jusqu’à considérer ces systèmes comme des dangers, liés notamment au risque de mauvaise utilisation des données.

Automatisation totale : rejet franc

Les participants devaient ensuite se prononcer sur leur adhésion à quatre outils : les algorithmes de détection des mélanomes (à partir d’analyses de photographies), les capteurs permettant de mesurer des paramètres de surveillance d’évolution des maladies chroniques, les chemises connectées pour administrer des soins de kinésithérapie et les robots conversationnels pour orienter le patient dans son parcours de soins. Seuls 3 % des personnes interrogées ont indiqué qu’elles seraient susceptibles d’accepter l’ensemble de ces dispositifs. La présence obligatoire d’un humain a été par ailleurs jugée indispensable pour 41 % des patients et seuls 22 % des sujets seraient prêts à adhérer à des dispositifs excluant la présence d’un soignant. Ainsi, les auteurs concluent que « trois patients sur quatre refusent d’adopter des outils basés sur l’intelligence artificielle et complétement automatisés ». Rendez-vous en 2050 pour mesurer si cette opposition a pu être respectée.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • "Là, y'a comme un défaut !" (F. Raynaud)

    Le 05 juillet 2019

    Comment s'étonner de cette résistance au concept "d'intelligence artificielle"? Comment s'étonner que la population n'y croit et ne l'accepte que modérément?
    Depuis combien d'années les "boutonneux prépubères" de toutes les "Silicone Valleys" associés à autant de Professeurs Nimbus ou Tournesol tentent de nous vendre leur monde de science fiction jusqu'à la nausée. La moindre expérimentation, même aux résultats hasardeux, se doit d'être médiatisée à cause des sponsors financiers et l'on peut aussi bien apprendre quelque temps après que l'opération a fait naufrage. Etc.....Etc....

    Qu'on ne s'y trompe pas, il est bon que le grand public qui n'est nullement insensible aux avancées scientifiques et/ou technologiques qui percent régulièrement, garde une certaine distance, une certaine réserve vis-à-vis de ces annonces fracassantes et futuristes. Cela s'appelle depuis très longtemps "la sagesse populaire", cette vertu collective aux frontières mal définies où le citoyen Lambda finit par rejoindre le Philosophe, celui qui nous dit, vivant pourtant au sein du monde universitaire: "N'oublions jamais que pour concevoir et inventer le concept d'Intelligence Artificielle, il a fallu le plus souvent quelques "Imbéciles naturels".
    N'oublions pas, non plus, que Philippe Meyer, quand il "sévissait" à France Inter, nous rappelait chaque jour: "Nous vivons une époque Moderne, le futur ne manque pas d'avenir".

    H. Tilly

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